
Conakry, Hamdalaye en feu : les effigies de Doumbouya ne passent pas, la colère explose
Conakry, quartier Hamdalaye – fief historique de l’opposition. Ce mardi, la tension est montée d’un cran, transformant les rues en champ de bataille. En cause : les effigies du général Mamadi Doumbouya, imposées de force dans les espaces publics, arrachées une nouvelle fois par des jeunes en colère, déclenchant une violente riposte des forces de l’ordre.
Les images parlent d’elles-mêmes : grenades lacrymogènes contre pierres, véhicules blindés face à des jeunes à mains nues, affrontements dans les ruelles, barricades érigées à la hâte. Et au centre du brasier : un symbole imposé d’un pouvoir rejeté.
Hamdalaye dit non à la propagande visuelle
Ce n’est pas la première fois que les effigies du chef de la junte sont arrachées, brûlées ou piétinées dans les bastions de l’opposition. Mais à Hamdalaye, la colère est plus profonde, plus politique, plus symbolique.
Ici, on n’oublie ni les arrestations arbitraires, ni les partis suspendus, ni les procès bidon, ni les morts des manifestations. Alors imposer le visage de Mamadi Doumbouya à chaque carrefour, sur des murs, des banderoles, des portails de bâtiments publics… c’est jeter du sel sur des plaies encore ouvertes.
Des forces de l’ordre surarmées, une jeunesse enragée
Dès les premières tensions, les forces de sécurité ont été déployées massivement dans le quartier. Depuis des mois, Hamdalaye vit sous surveillance policière permanente, comme une enclave occupée, guettée, contenue.
Aujourd’hui encore, des pick-up des forces spéciales, des agents armés jusqu’aux dents et des drones de surveillance ont envahi les rues. Une démonstration de force grotesque face à une population qui n’attaque que pour refuser qu’on l’humilie dans son propre quartier.
Quand le visage du pouvoir devient une provocation
Les effigies de Mamadi Doumbouya sont désormais perçues non plus comme un symbole de leadership, mais comme des provocations visuelles, des totems d’un pouvoir militaire non élu, imposé, et de plus en plus rejeté.
Là où ces affiches étaient censées célébrer un homme providentiel, elles incarnent aujourd’hui l’étouffement politique, la dérive autoritaire, et la confiscation démocratique.
Et arracher ces portraits, c’est devenu un acte de résistance, un cri muet contre un régime qui impose sa figure là où il refuse la voix du peuple.
Un quartier ciblé, une population criminalisée
À Hamdalaye, on ne manifeste pas, on résiste. Et pour cela, on paie.
Arrestations arbitraires. Intimidations constantes. Présence policière permanente. Jeunes traqués comme des délinquants pour un simple poster arraché.
Le quartier n’est plus seulement un bastion de l’opposition, il est devenu un symbole de rébellion. Et le régime le sait. D’où cette obsession de le contrôler, d’y imposer l’image du chef, d’y étouffer la moindre étincelle de contestation.
La peur change de camp ?
En voulant imposer son image par la force, le pouvoir récolte la haine, la rage, et la défiance.
Et ce qui n’était qu’un accrochage de portraits devient désormais le déclencheur d’une colère politique sourde mais tenace.
À Hamdalaye, ce ne sont pas les effigies qu’on rejette. C’est le système qu’elles représentent.
Et ce système, malgré les blindés, les balles et les affiches, ne parvient toujours pas à conquérir les cœurs.
Car au fond, rien ne sert de placarder des visages quand les consciences sont déjà retournées.
Et aucun portrait ne tiendra debout quand le peuple aura décidé de les arracher… tous.
— conakrylemag




