Élections en Guinée : 2025, Année Décisive ou Nouveau Flou ?
Le gouvernement guinéen multiplie les déclarations sur l’organisation des élections en 2025, mais les contradictions entre ses membres laissent planer un doute sérieux sur la faisabilité de ce vaste chantier électoral.
Alors que le Premier ministre Amadou Oury Bah a réaffirmé, devant les militaires réunis à Nzérékoré le 6 février dernier, que « 2025 est une année électorale », incluant référendum constitutionnel, présidentielle, législatives, communales et régionales, d’autres voix au sein de l’exécutif semblent moins catégoriques.
Une Année Électorale Sous Tensions
Lors de son allocution au camp Behanzin de Nzérékoré, Amadou Oury Bah a insisté sur la nécessité de restaurer l’ordre constitutionnel en 2025, appelant les forces armées à garantir la stabilité institutionnelle durant cette période cruciale. Cette déclaration s’inscrit dans le cadre d’une tournée gouvernementale visant à rapprocher l’exécutif des réalités locales et à recueillir les préoccupations des populations. Pourtant, malgré ces annonces solennelles, aucun calendrier électoral précis n’a encore été rendu public, alimentant les spéculations.
Des Divergences Qui Alimentent le Doute
Quelques jours avant la déclaration du Premier ministre, Ousmane Gaoual Diallo, ministre des Transports et porte-parole du gouvernement, avait semé le trouble en laissant entendre que toutes les élections ne pourraient pas se tenir en 2025. Selon lui, le référendum constitutionnel pourrait avoir lieu au premier semestre, suivi des législatives ou de la présidentielle dans le second semestre, à moins d’un regroupement des scrutins. Une position qui contraste fortement avec celle du Premier ministre et qui relance les interrogations sur la cohérence du gouvernement.
Rivalités Anciennes, Tensions Nouvelles ?
Les observateurs politiques ne manquent pas de souligner les tensions historiques entre Amadou Oury Bah et Ousmane Gaoual Diallo, tous deux anciens membres de l’UFDG, où ils étaient considérés comme des frères ennemis. Leur réunion au sein du même gouvernement ne semble pas avoir effacé ces rivalités, qui ressurgissent aujourd’hui sous forme de divergences publiques. Faut-il y voir une simple cacophonie ou l’expression de luttes d’influence au sommet de l’État ?
Une Attente Croissante pour la Parole Présidentielle
Face à ces contradictions, la voix du Colonel Mamadi Doumbouya, chef de l’État, est plus que jamais attendue. Le Premier ministre a annoncé une allocution imminente du président de la transition, qui pourrait mettre fin aux spéculations. En attendant, les Guinéens restent dans l’expectative, d’autant que le processus de recensement administratif (RAVEC), essentiel pour l’établissement du fichier électoral, avance à un rythme qui suscite des inquiétudes.
Un Calendrier Électoral en Suspens
En l’absence d’un calendrier officiel et de progrès tangibles dans la préparation des élections, l’hypothèse d’un report ne peut être écartée. Certains évoquent même, avec ironie, l’année 2040 — référence à l’affaire Simandou — comme une échéance possible. Une chose est sûre : sans une clarification rapide et une coordination efficace au sein du gouvernement, la crédibilité du processus électoral risque d’être sérieusement compromise.
L’Heure des Choix
2025 sera-t-elle l’année des urnes ou celle des incertitudes ? La réponse dépendra de la capacité des autorités à surmonter leurs divisions, à accélérer les préparatifs et à rassurer un peuple guinéen impatient de tourner la page de la transition. En attendant, la balle est dans le camp du Colonel Doumbouya, dont la prochaine prise de parole pourrait sceller le destin politique du pays pour les années à venir.
— conakrylemag




