
« Guèmècratie » : Quand Singleton met la junte en transe
Est-ce la magie du beat ou l’effet secondaire d’une overdose de propagande ? Difficile à dire. Toujours est-il que le son « Machin » Guèmè de Singleton a fait basculer Conakry dans une frénésie quasi mystique, où la musique se confond désormais avec la politique.
La scène hallucinante du jour s’est déroulée au port de Conakry, lors d’un rassemblement orchestré par le ministre Ousmane Gaoual Diallo. Sous fond de rythmes enflammés, des dockers, visiblement emportés par la vague, ont solennellement promis de payer la caution de Mamadi Doumbouya s’il se présente à la présidentielle.
Était-ce l’effet hypnotique du « Guèmè » ? Une soudaine révélation divine ? Ou simplement la dernière trouvaille d’un régime en quête de légitimité populaire ? Mystère…
Quand un tube devient la nouvelle arme du régime
Depuis sa sortie, « Machin » Guèmè est partout. Son rythme percutant a envahi les quartiers, les bars, les stades… et même les bureaux ministériels. Oui, même ceux qui prétendent « gouverner » s’enjaillent sur le morceau, comme s’il s’agissait du dernier outil miracle pour pacifier la rue.
Car soyons sérieux : en l’absence de résultats concrets, pourquoi ne pas faire danser la misère ?
- Pas d’électricité ? Pas grave, on a « Guèmè » pour s’éclairer.
- Un panier de la ménagère en lambeaux ? Peu importe, « Guèmè » nourrit l’esprit.
- Une transition qui s’éternise ? Doumbouya n’a pas encore donné son « Machin ».
Et voilà comment une simple chanson devient un instrument de manipulation massive, où le martèlement du beat remplace le débat démocratique.
Ousmane Gaoual Diallo en chef d’orchestre de la supercherie
Pendant que Singleton empile les vues sur YouTube, la junte empile les manœuvres pour se maintenir au pouvoir. Ousmane Gaoual Diallo, jamais à court d’idées pour faire passer des vessies pour des lanternes, a flairé l’opportunité.
Quoi de mieux qu’un tube populaire pour masquer les échecs du régime ? Alors, on récupère, on surfe sur la vague, et surtout, on transforme un délire musical en acte de foi politique.
Les dockers crient « Guèmè », et comme par enchantement, Doumbouya se retrouve avec un comité de soutien improvisé.
Trop beau pour être vrai ? Bienvenue en « Guèmècratie », où le pouvoir ne se gagne plus dans les urnes, mais sur le dancefloor.
Faut-il en rire ou en pleurer ?
Les pro-CNRD y verront une démonstration éclatante du soutien populaire, une preuve que le peuple est « conquis » par la transition.
Les sceptiques, eux, constateront que la Guinée a troqué les débats d’idées contre un karaoké géant, où le seul programme politique en vogue se résume à « Guèmè, Guèmè !! »
Et pendant que la junte s’offre une campagne électorale en playback, les Guinéens, eux, attendent toujours des réponses… dans l’obscurité.
— conakrylemag




