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Guinée : 142 permis miniers retirés – coup de balai ou règlement de comptes ?

Guinée : 142 permis miniers retirés – coup de balai ou règlement de comptes ?

Le pouvoir guinéen vient de frapper un grand coup. Ou plutôt, un grand geste. Car derrière les annonces spectaculaires, les communiqués martiaux et les sourires crispés de façade, se cache une opération dont les intentions sont tout sauf limpides. Ce jeudi, le général Amara Camara et le ministre Ousmane Gaoual Diallo ont été alignés face à la presse pour expliquer un acte que l’histoire jugera : le retrait pur et simple de 142 permis miniers. Fer, or, bauxite, diamant, graphite… aucune ressource n’a été épargnée.

Officiellement, il s’agit d’un “reclassement en zone de réserve stratégique”. Une manière élégante de dire : “On reprend tout”. Pourquoi ? Parce que, dit-on, certaines entreprises ne respectaient pas leurs engagements. Parce que le pays doit retrouver la maîtrise de ses ressources. Parce que la refondation, cette incantation magique du CNRD, l’exige.

Mais allons droit au but : qui peut encore croire à un grand sursaut éthique d’un régime qui n’a cessé de brouiller la frontière entre pouvoir et prédation ?

Le narratif est bien huilé. On parle d’assainissement. De souveraineté. De stratégie nationale. Le décor est planté. Mais derrière les beaux discours, la méthode interroge : 142 permis retirés d’un coup, sans concertation, sans audit public, sans possibilité réelle de recours. Une purge économique opérée dans le silence d’un huis clos bureaucratique, avec la solennité d’un décret militaire.

Il ne s’agit plus de simple régulation. Il s’agit d’un recentrage brutal du contrôle des ressources entre les mains du pouvoir, sous prétexte de rationalisation. Et la question n’est pas de savoir si certaines entreprises méritaient de perdre leurs droits. La vraie question, c’est : à qui iront les nouveaux permis ? Et surtout : à quel prix ?

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Car dans une Guinée où la gouvernance reste opaque, où les appels d’offres se gagnent plus au téléphone qu’au mérite, cette vague de retrait ressemble furieusement à une redistribution clientéliste des richesses nationales. Un butin politique, enrobé de souverainisme de circonstance.

Ce n’est pas la première fois que le régime opère un tel “recentrage”. Ce qui change, c’est l’ampleur. Et l’audace. On ne prend plus à la marge. On rafle la table. Et pendant que les ministres lisent des communiqués, des deals se négocient en coulisses, à Dubaï, à Pékin, à Istanbul. Pendant que les Guinéens applaudissent naïvement à ce qu’ils croient être une victoire, les mêmes barons revendent demain ce qu’ils ont retiré aujourd’hui.

Ce retrait massif aura des conséquences. Sociales, économiques, juridiques. Des milliers d’emplois directs et indirects sont en jeu. Des investissements risquent d’être bloqués. Des partenaires internationaux vont fuir, par peur de l’instabilité réglementaire chronique. Et quand le pays s’étonnera d’une baisse des recettes minières, il faudra se souvenir de ce jeudi.

Mais tout cela n’est peut-être qu’un détail pour un régime qui ne cherche pas la croissance, mais le contrôle. Un régime qui ne veut pas d’un secteur minier productif, mais d’un secteur minier loyal. À son image. À sa botte.

Et le plus ironique ? Cette manœuvre est servie avec la sauce habituelle : “refondation”, “patriotisme”, “gestion rigoureuse”. Des mots devenus creux, usés jusqu’à la corde, répétés en boucle pour justifier l’arbitraire.

Alors oui, il fallait réformer le secteur. Oui, certaines sociétés étaient des coquilles vides, des usines à spéculer sur des titres miniers sans jamais rien produire. Mais cette réforme-là, sans transparence, sans contrôle citoyen, sans débat public, est une parodie. Une mise en scène. Une démonstration de force.

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Ce n’est pas une politique minière. C’est une stratégie de prédation déguisée en patriotisme économique.

Et la vraie question, la seule qui compte : la Guinée va-t-elle enfin profiter de ses ressources, ou restera-t-elle éternellement l’otage d’un pouvoir qui confond l’État avec sa propriété privée ?

PAR CONAKRYLEMAG.COM

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