Aliou Bah : l’opposant oublié, mais toujours debout
Alors que les projecteurs de l’opinion se focalisent sur la nouvelle Constitution, les manœuvres électorales et les promesses creuses d’un dialogue national ressuscité, un homme demeure enfermé dans un silence d’État : Aliou Bah, président du MoDeL (Mouvement Démocratique Libéral), prisonnier politique ignoré, mais dont le combat reste intact.

Un an après son arrestation arbitraire, et malgré les lourdes conséquences personnelles et politiques, sa voix ne vacille pas. Mieux encore, à en croire Moïse Diawara, coordinateur du MoDeL pour la région de Conakry, le moral d’Aliou Bah serait aujourd’hui “plus fort qu’avant”. Une déclaration lourde de sens, dans une Guinée où espérer est déjà un acte de dissidence.
Aliou Bah est plus vivant politiquement dans sa cellule que bien des acteurs assis en conférence.
Un silence stratégique du régime
Depuis son incarcération, aucune procédure judiciaire sérieuse n’a été communiquée, aucun acte d’accusation crédible n’a été publié. Rien. Et pourtant, l’homme demeure derrière les barreaux. Un oubli volontaire ? Un cas gênant qu’il faut tenir à l’écart du paysage politique jusqu’à nouvel ordre ? Il semblerait que, dans la Guinée de la transition, l’illégalité est devenue un outil de gouvernance, et la justice, une simple variable d’ajustement.
Aliou Bah, lui, est maintenu dans un flou juridique inquiétant, sans que cela ne suscite l’indignation massive qu’un tel sort devrait provoquer. Les grandes voix de la société civile semblent tétanisées. Et les médias nationaux, pour la plupart muselés ou auto-censurés, n’évoquent que très rarement son nom.
Un message politique devenu trop dérangeant ?
En analysant la trajectoire d’Aliou Bah, le constat est limpide : cet homme incarne une alternative idéologique au régime militaire, fondée sur les droits humains, la démocratie libérale et le respect des institutions. Pas de jeu d’alliances bancales, pas de compromission. Une posture qui, visiblement, n’est plus tolérée par le système de transition actuel.
Alors que d’autres leaders politiques sont courtisés, invités à des dialogues, et parfois récompensés de leur docilité par des subventions ou des rôles symboliques, Aliou Bah, lui, est écarté avec une brutalité froide. Non pas parce qu’il aurait violé une loi. Mais parce qu’il ose incarner une voie cohérente, une parole libre, une conscience tenace.
Le silence complice de la classe politique
La plus grande trahison ne vient peut-être pas du pouvoir, mais du silence des autres. Depuis l’arrestation de Bah, combien de partis politiques ont pris position de manière claire et ferme ? Combien de leaders ont dénoncé l’arbitraire dont il est victime ? Très peu, pour ne pas dire aucun. Moïse Diawara, dans sa déclaration récente, dénonce cette hypocrisie voilée, ce « deux poids, deux mesures » qui gangrène l’espace politique guinéen.
Car si l’on peut aujourd’hui organiser des forums politiques, publier des manifestes, débattre sur des plateaux télévisés, c’est aussi grâce à des hommes comme Aliou Bah, qui ont payé le prix de leur parole libre. L’amnésie collective sur ce point est une honte nationale.
L’endurance d’un prisonnier debout
Malgré tout, ceux qui ont pu le rencontrer ou échanger avec lui rapportent une incroyable force morale. Aliou Bah, loin de céder à la résignation, continuerait de suivre l’actualité politique, de formuler ses idées, d’écrire. Il est ce que les dictatures craignent le plus : un détenu politique lucide, cohérent et intransigeant sur ses valeurs.
Ceux qui pensent le réduire au silence commettent une erreur historique. Aliou Bah est plus vivant politiquement dans sa cellule que bien des acteurs assis en conférence.
Un test pour la conscience nationale
L’heure est venue de poser une question simple : la Guinée veut-elle être un État de droit ou une junte militaro-politique maquillées en république ? Car maintenir Aliou Bah en prison, sans jugement, sans transparence, sans explication claire, c’est un aveu de faiblesse, une preuve que les valeurs démocratiques ne sont plus qu’un slogan vide.
Si demain ce régime veut retrouver une once de crédibilité, il devra commencer par rendre justice à ceux qu’il a arbitrairement fait taire. Libérer Aliou Bah n’est pas un cadeau à lui faire. C’est une dette morale envers la démocratie.
Une mémoire à entretenir, une voix à relayer
L’Histoire retiendra les résistants. Elle retiendra que, dans un contexte d’oppression politique sourde, un homme a continué de porter ses idées, même entre les murs d’une cellule. Elle retiendra aussi ceux qui se sont tus, ceux qui ont détourné le regard, ceux qui ont collaboré ou accepté.
Aliou Bah n’est pas un simple prisonnier. Il est un symbole. Un miroir de ce qu’il reste de dignité dans la vie publique guinéenne. Et ce miroir, il faut le brandir avec force, pour rappeler au pouvoir que les libertés ne se négocient pas. Elles s’exercent.
— conakrylemag
Le silence complice de la classe politique



