Guinée : Dr Faya Millimouno Critique les Arguments de Bah Oury sur le Non-Enrôlement de Cellou Dalein
À 11:15 AM CEST ce lundi 11 août 2025, la polémique autour du non-enrôlement de Cellou Dalein Diallo lors du recensement biométrique à Abidjan continue d’agiter la classe politique guinéenne. Vendredi 8 août, le Premier ministre Amadou Oury Bah, interrogé sur RFI, avait justifié cette exclusion par un « problème de résidence », écartant toute volonté d’exclure le leader de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG). Cependant, cette explication a suscité une vive réaction de Dr Faya Millimouno, président du Bloc Libéral (BL), qui a exprimé sa déception dans une interview relayée par Mosaiqueguinee.com. Accusant Bah de méconnaissance et de compromission, Millimouno rejette les arguments du chef du gouvernement, plaidant pour une transparence dans le processus électoral. Cet article explore cette controverse, les critiques acerbes de Millimouno, et les implications pour la Guinée à l’approche du référendum du 21 septembre.
Une justification contestée
Lors de son passage sur RFI, Amadou Oury Bah avait expliqué que Cellou Dalein Diallo, résidant à Abidjan, n’aurait pas satisfait aux critères de résidence requis pour être recensé, une condition qu’il juge applicable à tous sans discrimination. Il avait ajouté que « si vous êtes non-résident dans une ville ou dans une collectivité, il faut que vous attestiez d’une résidence d’une certaine durée », sous-entendant que Diallo n’aurait pas fourni les preuves nécessaires. Cette position a été renforcée par des déclarations similaires sur l’exclusion d’autres figures comme Sidya Touré, suggérant une application uniforme des règles.
Cependant, cette argumentation a été rapidement remise en cause. Dr Faya Millimouno a dénoncé une incohérence dans les propos de Bah, arguant que les anciens premiers ministres, dont Diallo et Touré, résident bel et bien en Côte d’Ivoire. « En ce que je sache, concernant les anciens premiers ministres qui sont en Côte d’Ivoire, c’est là où ils résident », a-t-il déclaré, ajoutant que des documents comme la carte consulaire auraient dû suffire. Il s’est interrogé : « Je ne comprends pas ce que le Premier ministre veut dire quand il parle de résidence. » Pour Millimouno, cette explication semble être une excuse pour écarter des opposants politiques, une accusation qui ravive les tensions autour du recensement biométrique.
Une déception personnelle et politique
La critique de Millimouno va au-delà d’un simple désaccord technique. Il exprime une profonde déception envers Bah Oury, qu’il a autrefois admiré comme défenseur des droits humains. « Il est aujourd’hui le Premier ministre à un moment très, très, très critique de l’histoire de notre pays. Et c’est sous sa primature que nous voyons reculer à pas de géant tous les grands principes, toutes les grandes valeurs, tous les grands droits pour lesquels nous nous sommes battus ensemble », a-t-il regretté. Cette évolution perçue comme une trahison des idéaux partagés met en lumière une fracture au sein des figures historiques de l’opposition guinéenne.
Millimouno a également ironisé sur la situation personnelle de Bah, suggérant qu’il n’aurait pas été recensé lui-même à Lambandji, son ancien lieu de résidence, renforçant son argument d’une application sélective des règles. « Il ne faut pas qu’on crée toutes les conditions qui peuvent amener ce pays-là en difficulté avec lui-même », a-t-il averti, appelant à une gestion plus équitable du processus électoral.
Contexte et implications
Cette controverse survient à un moment sensible, alors que la Guinée se prépare pour le référendum constitutionnel du 21 septembre, convoqué par Mamadi Doumbouya pour adopter une nouvelle Constitution. Le recensement biométrique, qui a recensé 6,7 millions de votants, est au cœur des critiques de l’opposition, qui y voit une manoeuvre pour exclure des voix dissidentes comme celle de Cellou Dalein Diallo. Les récents commentaires de Bah Oury, laissant planer la possibilité d’une candidature de Doumbouya à la présidentielle, ont amplifié ces soupçons.
La réaction de Millimouno s’aligne avec la position des Forces Vives, qui ont annoncé des manifestations à partir du 5 septembre pour s’opposer à une « confiscation du pouvoir ». Cette affaire risque d’attiser les tensions, surtout si d’autres leaders comme Sidya Touré, également non recensé, rejoignent le mouvement de contestation. La crédibilité du processus électoral est ainsi mise à rude épreuve, à un moment où la junte cherche à légitimer sa transition.
Perspectives et défis
Pour Dr Faya Millimouno et le Bloc Libéral, l’enjeu dépasse le cas individuel de Diallo : il s’agit de préserver les principes démocratiques dans un pays marqué par l’instabilité. Sa critique de Bah Oury pourrait galvaniser une partie de l’opinion publique, déjà méfiante envers le CNRD. Cependant, le gouvernement, fort de son contrôle sécuritaire, pourrait répondre par une répression accrue, comme observé lors des manifestations précédentes.
À l’international, cette polémique pourrait attirer l’attention de la CEDEAO et des partenaires occidentaux, qui appellent à un processus inclusif. Une clarification rapide de la situation, accompagnée d’une révision des critères de recensement, serait nécessaire pour apaiser les esprits, mais rien n’indique pour l’instant une telle ouverture de la part des autorités.
Une crise de confiance croissante
La sortie de Dr Faya Millimouno met en lumière une crise de confiance croissante entre l’opposition et le gouvernement guinéen. En rejetant les arguments d’Amadou Oury Bah sur le non-enrôlement de Cellou Dalein Diallo, il soulève des questions légitimes sur la transparence du recensement biométrique et les intentions de la junte. Alors que le référendum approche, cette controverse risque de polariser davantage la société guinéenne, rendant la voie vers des élections crédibles plus incertaine. Dans ce climat tendu, la voix de leaders comme Millimouno pourrait jouer un rôle décisif dans la mobilisation à venir, à moins que le dialogue ne reprenne le dessus – une hypothèse qui semble pour l’instant éloignée.
— conakrylemag




