
Guinée : Elie Kamano accuse directement Mamadi Doumbouya Un cri d’alerte d’un artiste en exil
L’artiste reggae guinéen Elie Kamano, figure controversée mais incontournable de la scène politique et culturelle guinéenne, a lancé une accusation frontale contre le président de la transition, le général Mamadi Doumbouya. Depuis Dakar où il s’est réfugié, l’ancien candidat à la présidentielle affirme avoir échappé à une tentative d’enlèvement orchestrée par le régime guinéen. Une charge grave, lancée dans un climat de plus en plus marqué par l’autoritarisme et la chasse aux voix dissidentes.
« Jusqu’à preuve du contraire, c’est le président Doumbouya qui a envoyé ses hommes pour m’arrêter, mais c’est peine perdue, car je n’ai rien à me reprocher », déclare-t-il, sans détours.
De l’enthousiasme au désenchantement
Ce n’est pas un opposant traditionnel qui parle. Elie Kamano faisait partie de ceux qui, en septembre 2021, avaient vu dans la prise de pouvoir du CNRD une opportunité de refondation. Il avait salué la chute d’Alpha Condé, dénoncé les dérives de l’ancien pouvoir, et appelé à un nouveau départ. Comme d’autres artistes, il avait mis sa notoriété au service du discours de rupture.
Mais rapidement, la désillusion s’est installée.
Au fil des mois, Kamano est devenu l’un des rares artistes guinéens à oser prendre publiquement position contre le régime militaire, dénonçant la répression, l’instrumentalisation de la justice et l’absence d’un calendrier crédible de retour à l’ordre constitutionnel. Une posture coûteuse dans un pays où la parole critique se paie désormais au prix fort.
Un régime qui étouffe ses voix dissidentes
Depuis 2023, les cas de disparitions forcées, d’arrestations arbitraires et de persécutions politiques se multiplient. Oumar Sylla alias Foniké Menguè, Mamadou Billo Bah, Aliou Bah, Me Mohamed Traoré, Abdoul Sacko, Siaka Barry… la liste s’allonge dangereusement. Dans ce contexte, les accusations d’Elie Kamano résonnent comme un nouvel avertissement.
Si aucune preuve formelle n’a pour l’instant été rendue publique, le climat d’impunité et d’opacité dans lequel opèrent certaines forces de sécurité en Guinée alimente tous les soupçons. Et l’absence de réaction officielle de la part du gouvernement sur ces allégations ne fait qu’aggraver les doutes.
Le rôle du président Doumbouya mis en cause
En nommant personnellement des officiers proches dans les unités de renseignement et de répression, le général Mamadi Doumbouya s’est constitué un appareil sécuritaire redouté. L’unité des Forces Spéciales, autrefois présentée comme élite nationale, est aujourd’hui citée dans plusieurs affaires d’enlèvements et d’intimidations.
Dans ces conditions, que Kamano pointe directement le chef de l’État comme donneur d’ordre ne relève pas de la pure provocation. C’est le symptôme d’un régime qui inspire plus la peur que la confiance.
Exilés, persécutés, muselés : les artistes aussi paient le prix
Il est aussi notable qu’Elie Kamano soit l’un des rares artistes guinéens à parler aujourd’hui de politique en public. Là où d’autres chantent les louanges du pouvoir ou préfèrent le silence, Kamano dénonce avec virulence ce qu’il considère comme une trahison des idéaux de la transition.
« Je ne suis pas de ceux qui courbent l’échine pour des avantages. Mon combat est plus vieux que ce régime », écrivait-il récemment.
En Guinée, les artistes sont traditionnellement perçus comme les consciences morales de la nation. Que la majorité d’entre eux se taisent aujourd’hui est un indicateur alarmant du climat de peur et de répression généralisée. Quand les musiciens se taisent, la dictature chante.
Une Guinée qui glisse vers la brutalité d’État
La tentative présumée d’arrestation d’Elie Kamano intervient dans un contexte où le régime militaire cherche à verrouiller tous les canaux d’expression libre : journalistes réduits au silence, radios fermées, réseaux sociaux filtrés, ONG menacées, partis d’opposition neutralisés ou interdits.
Le discours officiel, quant à lui, se réfugie dans une rhétorique creuse de refondation, de patriotisme et de lutte contre la corruption. Mais les faits parlent d’eux-mêmes : la Guinée s’installe durablement dans un régime de peur où la dissidence devient une mise en danger personnelle.
Et maintenant ? La parole contre la baïonnette
La sortie d’Elie Kamano pose une question essentielle : jusqu’à quand la Guinée tolérera-t-elle cette descente dans l’arbitraire ?
Alors que le pays s’apprête à organiser un référendum constitutionnel controversé, puis des élections dont la sincérité est déjà contestée, la parole des artistes, des avocats, des militants, reste l’un des derniers remparts contre la tyrannie.
Elie Kamano, de Dakar, ne s’adresse pas qu’au général Doumbouya. Il s’adresse à tous les Guinéens :
« Nul ne peut restreindre l’audibilité de ma voix en restreignant la mobilité de mon corps. »
Un avertissement. Une déclaration de résistance. Et peut-être, un dernier souffle de liberté.
— conakrylemag




