Guinée : On rêvait de Rawlings, on se réveille avec Doum-Biya
Dans les rues poussiéreuses de Conakry, entre deux coupures d’électricité et trois communiqués du CNRD, un sentiment persiste, tenace, grinçant : celui d’un immense malentendu historique. Quand Mamadi Doumbouya est sorti de sa caserne un 5 septembre 2021, bardé de promesses et entouré de militaires au regard grave, beaucoup de Guinéens ont cru assister à la naissance d’un nouveau Jerry Rawlings. Trois ans plus tard, ils ont l’étrange impression d’avoir hérité d’un Paul Biya en treillis… Et avec ça, la facture du rêve est salée.

Le mirage de la rupture
On nous avait promis la refondation. Le mot a été martelé, chanté, brodé sur les casquettes, brandi dans les discours, jusqu’à devenir le synonyme absurde d’un immobilisme chic et martial. On nous avait promis une Guinée débarrassée des vieux démons, des “systèmes corrompus”, des “élites fossilisées”, et des “mandats éternels”.
Mais la seule chose qui semble avoir été réellement refondée, c’est la méthode de confiscation du pouvoir : plus modernisée, plus rhétorique, plus camouflée sous des conférences, des consultations et des Constitutions… en série limitée.
Le syndrome du fauteuil présidentiel
La photo que vous venez de voir n’est pas seulement un mème. Elle est une radiographie brutale d’un fantasme politique guinéen : celui de la longévité au sommet. Le syndrome du fauteuil présidentiel a contaminé tous les régimes, civils ou militaires. Il y a quelque chose de mystique, semble-t-il, dans ce siège d’où l’on ne veut jamais se relever.
Le Général Doumbouya, lui, commence à parler comme un président, à agir comme un président, à se faire applaudir comme un président… et à traîner les pieds comme un président qui ne veut plus redevenir un simple citoyen. “La transition va durer le temps qu’il faut”, nous dit-on. Une phrase qui, dans la bouche d’un militaire africain, sonne comme : “À jamais, si Dieu le veut.”
Rawlings, ce que tu n’étais pas
Jerry Rawlings, c’était l’austérité incarnée, le mépris des privilèges, la guerre ouverte contre la corruption, et surtout… une obsession : préparer le terrain aux civils. L’histoire a ses zones d’ombre, mais il a su passer le relais. Chez nous, le relais est un mythe. Il est coincé dans un placard à Kaloum, quelque part entre les dossiers de la nouvelle Constitution et les esquisses du référendum.
Aujourd’hui, le “DOUM-BIYA” n’est pas qu’un jeu de mots moqueur. C’est un avertissement. C’est ce que redoute chaque jeune guinéen qui croyait encore à une transition sincère. C’est ce que murmurent les commerçants du marché Niger, entre deux hausses de prix. C’est ce que soupirent les exaspérés du 28 septembre, fatigués des révolutions sans fin et des fins sans révolution.
Un mimétisme qui inquiète
Même la rhétorique officielle commence à sentir le sapin : patriotisme surjoué, discours interminables, uniformes amidonnés, caméras bien placées et silence poli des institutions. Il ne manque plus qu’une image du Général en train de planter un baobab, et on y est. Le pouvoir prend ses aises. La transition s’installe. Et le peuple, lui, désinstalle peu à peu ses espoirs.
Pendant ce temps, les vrais problèmes s’invitent sans badge officiel : chômage endémique, exode des cerveaux, corruption rampante, et économie à genoux. Mais tout cela est noyé dans un flot de discours solennels et de promesses constitutionnelles.
Saraka tala !
Oui, saraka tala. Que Dieu nous sauve. Car dans ce pays aux rêves brisés et aux illusions recyclées, on ne sait plus à quel général se vouer. On voulait un redresseur de torts. On a un tailleur de Constitutions. On voulait un homme de passage. On a un homme en marche… vers l’éternité. On voulait la rupture. On a la boucle. On voulait Rawlings. On a Doum-Biya.
Et maintenant, qui viendra nous réveiller ?
Inspiration de khareman (Humour)
— conakrylemag




