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Guinée : Pourquoi la Cour Suprême bloque-t-elle le congrès de l’UFDG ? Enquête

Guinée : Pourquoi la Cour Suprême bloque-t-elle le congrès de l’UFDG ?


Une Cour suprême tétanisée par le pouvoir ?

Alors que le principal parti d’opposition, l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG), s’apprêtait à tenir son congrès tant attendu, censé désigner un nouveau président en remplacement de Cellou Dalein Diallo – en exil depuis 2021 –, la plus haute juridiction du pays s’est soudainement figée. Une paralysie judiciaire lourde de conséquences politiques. Depuis des semaines, un bras de fer sourd oppose la direction par intérim du parti aux institutions étatiques. Et la Cour Suprême, censée trancher en toute indépendance, joue un jeu trouble. Pourquoi refuse-t-elle de statuer ? Que cache ce silence prolongé ? Retour sur une affaire qui illustre, une fois encore, les dérives d’une justice instrumentalisée.


Le congrès de tous les espoirs… et de toutes les tensions

Prévu comme un moment clé dans la restructuration interne de l’UFDG, le congrès devait marquer une nouvelle étape pour le parti, entre renouvellement des instances et clarification de la ligne politique en période de transition. Mais en toile de fond, une lutte d’influence se joue. Le camp fidèle à Cellou Dalein Diallo, bien qu’éloigné physiquement du pays, entend garder la main. En face, certains cadres, jadis alliés, aujourd’hui en rupture, cherchent à imposer une légitimité nouvelle. La bataille se déplace donc logiquement devant les juridictions nationales, avec une requête introduite pour statuer sur la légalité du processus.


Une Cour Suprême fantôme ?

Depuis plusieurs semaines, les requêtes dorment dans les tiroirs feutrés de la Chambre administrative. Et ce, malgré l’urgence évidente : un parti en attente d’arbitrage, un calendrier électoral flou, et une pression politique croissante. Pourquoi ce mutisme ? D’après plusieurs sources proches du dossier, la Cour Suprême serait « dans l’embarras ». Officiellement, aucun empêchement juridique ne justifie ce retard. Officieusement, tout indique que la haute juridiction marche sur des œufs, soumise à des pressions politiques directes ou indirectes du pouvoir en place.

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« La Cour Suprême sait que toute décision dans ce dossier aura une portée politique majeure. Soit elle donne raison à Cellou, et elle s’attire les foudres du CNRD. Soit elle cautionne un congrès contesté, et elle s’expose à l’opprobre populaire. Alors elle ne fait rien. Elle gèle le dossier », confie un avocat du barreau de Conakry.


Le silence, nouvelle stratégie de contrôle ?

L’attentisme de la Cour Supérieure de Justice n’est pas un cas isolé. Depuis l’arrivée au pouvoir du CNRD, plusieurs contentieux politiques sensibles se sont retrouvés dans une sorte de purgatoire judiciaire : les dossiers des prisonniers politiques, les recours sur les saisies de biens, les contentieux électoraux liés au RAVEC… Tous ces cas ont un point commun : une justice lente, muette ou détournée. En refusant de trancher, la Cour permet à l’exécutif de gagner du temps. Temps nécessaire pour manœuvrer politiquement, restructurer l’administratif, ou marginaliser certaines forces.

La justice devient ainsi un outil de gel, plutôt qu’un levier de vérité. Et ce silence organisé produit une nouvelle forme de violence institutionnelle : l’incertitude permanente, l’insécurité juridique, le pourrissement calculé des tensions.


Derrière l’écran juridique, le jeu du CNRD

Ce n’est un secret pour personne : le pouvoir militaire, incarné par le Général Mamadi Doumbouya, n’apprécie guère l’UFDG ni son leader historique. Les différends sont anciens, profonds, et désormais idéologiques. Permettre au parti de se restructurer, de se remettre en ordre de bataille, reviendrait à lui redonner un souffle… et un potentiel électoral redoutable. Le pouvoir le sait. Et tout semble mis en œuvre pour neutraliser le congrès par des moyens détournés : surveillance, intimidations, pressions judiciaires.

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L’attitude de la Cour Suprême ne peut être comprise sans ce contexte politique. En bloquant la procédure, elle rend un service stratégique au CNRD. Elle lui évite un affrontement frontal, tout en étouffant la dynamique interne de l’UFDG.


Une jurisprudence du mépris ?

En refusant d’assumer son rôle d’arbitre, la plus haute juridiction du pays envoie un signal dangereux : celui d’une justice qui choisit ses combats en fonction des humeurs du pouvoir. Une justice sélective, opportuniste, soumise. Ce type de comportement institutionnalise le mépris de la règle de droit et fragilise toute la chaîne démocratique. Quelle crédibilité pour des élections à venir, si les arbitrages internes aux partis eux-mêmes sont gelés par le sommet de l’appareil judiciaire ?

Dans n’importe quelle démocratie fonctionnelle, le droit d’un parti à s’organiser librement, à choisir ses dirigeants et à trancher ses différends internes en justice, est sacré. Ce n’est pas un luxe, c’est un pilier. En Guinée, ce droit est suspendu… sans justification.


Le peuple est-il dupe ?

Les citoyens, eux, observent. Et comprennent de mieux en mieux les rouages du pouvoir. Ils voient que les institutions censées les protéger sont devenues des bras armés ou des gardiens passifs d’un système politique verrouillé. Ils constatent que les partis d’opposition sont affaiblis non pas seulement par leurs propres divisions, mais par une stratégie systématique de démantèlement indirect.

L’absence de réaction de la Cour Suprême dans cette affaire de congrès de l’UFDG n’est pas un détail. C’est un symptôme. Celui d’un pays qui peine à construire des institutions indépendantes, crédibles et respectées. Et pendant que la junte parade avec son projet de nouvelle Constitution, c’est l’État de droit qui s’effondre dans l’indifférence de ses propres garants.

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Un silence qui fait vaciller la République

Le refus de la Cour Suprême de trancher le contentieux autour du congrès de l’UFDG n’est pas seulement une faute professionnelle : c’est une trahison silencieuse de sa mission. Une abdication devant les pressions. Une complicité par inaction. Dans une démocratie digne de ce nom, la justice ne fuit pas les débats politiques. Elle les encadre. Elle les régule. Elle les élève. En Guinée, elle les évite.

Et ce faisant, elle les rend plus violents, plus sournois, plus destructeurs.

Le peuple guinéen mérite mieux qu’une Cour Suprême aux ordres. Il mérite des institutions qui protègent, et non qui prolongent l’arbitraire.

Le silence de la justice est peut-être plus dangereux que la répression. Car il fait croire que tout est normal. Alors qu’en vérité, c’est l’État qui se dérobe, et la démocratie qui s’efface.


 

PAR CONAKRYLEMAG.COM

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