Guinée : scandale des 69 millions de dollars, entre manœuvres judiciaires et règlements de comptes politiques
Crief Affaire 69 millions de dollars : Boubacar Barry et Mansa Moussa Sidibé devant les juges
Guinée : scandale des 69 millions de dollars, entre manœuvres judiciaires et règlements de comptes politiques
L’affaire des 69 millions de dollars continue de secouer la scène politico-judiciaire guinéenne, révélant un mélange explosif de corruption présumée, d’instrumentalisation de la justice et de règlements de comptes au sommet de l’État. Boubacar Barry, ex-ministre du Commerce, et Mansa Moussa Sidibé, opérateur économique, se retrouvent au cœur de ce dossier explosif, jugé par la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF).
Alors que la transition militaire prétend mener une lutte implacable contre la corruption, cette affaire illustre surtout l’arbitraire d’une justice transformée en arme politique.
Des millions volatilisés, des accusations floues
L’accusation est lourde : 69 millions de dollars auraient été détournés dans un contrat entre l’État guinéen et la société turque Albayrak, chargée de la gestion du port autonome de Conakry.
Boubacar Barry et Mansa Moussa Sidibé, jugés dans cette affaire, rejettent toute implication, dénonçant une cabale politique visant à faire d’eux des boucs émissaires. Selon leurs déclarations devant la CRIEF, ils n’ont joué aucun rôle direct dans la gestion des fonds querellés, et les transactions en question relèveraient de décisions prises à un plus haut niveau de l’État.
Qui a réellement profité de ces millions disparus ? Pourquoi certaines figures sont-elles inquiétées pendant que d’autres restent intouchables ?
La CRIEF : justice ou tribunal politique ?
Créée en grande pompe par la junte sous couvert de lutte contre la corruption, la CRIEF s’est rapidement transformée en une machine à broyer des adversaires politiques.
- Les anciens dignitaires du régime d’Alpha Condé sont traqués, pendant que les proches du pouvoir actuel échappent systématiquement aux poursuites.
- Les procédures sont souvent opaques, et les verdicts semblent dictés par des impératifs politiques plutôt que par la recherche de la vérité.
- Des inculpations spectaculaires sans preuves solides, suivies de détentions prolongées sans procès équitable, deviennent la norme.
Le cas de Kassory Fofana, Mohamed Diané ou Oyé Guilavogui en est la parfaite illustration : des figures clés de l’ancien régime maintenues en détention sans qu’aucune condamnation claire ne soit prononcée.
Une lutte anticorruption sélective
Si la junte était véritablement engagée dans une lutte contre l’impunité, pourquoi des affaires impliquant des proches du pouvoir actuel ne font-elles jamais l’objet d’investigations poussées ?
Les marchés opaques attribués sous Mamadi Doumbouya, la gestion des ressources minières, ou encore les détournements présumés dans certains ministères clés ne semblent pas intéresser la CRIEF. Seuls les anciens barons du régime Condé sont ciblés, dans une tentative évidente d’éliminer toute opposition politique potentielle.
Un procès sous haute tension
L’affaire des 69 millions de dollars ne sera pas simplement un test judiciaire, mais un révélateur du véritable visage du régime militaire.
- S’agit-il réellement d’un combat contre la corruption ou d’un règlement de comptes politique ?
- Les accusés auront-ils droit à un procès équitable, ou assistera-t-on à une condamnation orchestrée ?
- Le verdict sera-t-il dicté par la justice ou par les intérêts du pouvoir ?
Quoi qu’il en soit, ce procès en dit long sur la dérive autoritaire du régime. Derrière le discours populiste sur la refondation et la transparence, la junte semble surtout déterminée à instrumentaliser la justice pour neutraliser toute menace à son pouvoir.
Et dans ce jeu dangereux, c’est l’État de droit qui en paie le prix.
— conakrylemag




