
Guinée : silence assourdissant des leaders religieux face aux enlèvements politiques
Depuis plusieurs mois, la Guinée est plongée dans une spirale inquiétante de répression, marquée par des enlèvements ciblés de figures de la société civile, de l’opposition et des médias. La dernière victime en date, Abdoul Sacko, coordinateur du Forum des Forces Sociales, kidnappé dans la nuit du 18 au 19 février 2025, porte à cinq le nombre de personnalités enlevées sous le régime du CNRD.
Face à cette escalade, un silence en particulier intrigue et scandalise : celui des autorités religieuses, pourtant considérées comme des piliers moraux et des médiateurs naturels dans les crises nationales.
Une série d’enlèvements sous le règne du CNRD
Ce qui aurait pu passer pour un acte isolé s’est transformé en une véritable méthode de gouvernance. Depuis juillet 2024, des figures publiques sont arrachées à leur liberté sans justification légale claire.
Tout a commencé avec l’enlèvement de Foniké Mengué et Billo Bah, deux activistes dont le seul tort a été de revendiquer l’exercice démocratique des libertés. Puis sont venus Saadou Nimaga, ancien secrétaire général du ministère des Mines, et le journaliste Habib Marouane Camara, victimes elles aussi de cette stratégie d’intimidation brutale.
Le cas d’Abdoul Sacko confirme désormais une tendance bien rodée : toute voix discordante est traquée, arrêtée et réduite au silence, sans que le gouvernement n’ait à se justifier.
Où sont passés les leaders religieux ?
En Guinée, les guides spirituels ont toujours joué un rôle central dans la médiation des crises politiques. Sous les régimes précédents, ils n’hésitaient pas à dénoncer les dérives du pouvoir, appelant au dialogue et à la paix.
Mais aujourd’hui, face aux arrestations arbitraires et à l’effondrement de l’État de droit, c’est le silence radio. Aucun imam, aucun prêtre, aucun leader religieux influent ne s’est publiquement levé pour dénoncer ces enlèvements dignes d’un régime totalitaire.
Ce mutisme soulève des questions légitimes :
- Ont-ils peur des représailles du régime ?
- Ont-ils été cooptés par le pouvoir en échange de privilèges ?
- Ou considèrent-ils que ces arrestations ne les concernent pas ?
Quelle que soit la réponse, ce silence est une trahison morale.
Une responsabilité morale bafouée
Les religieux ne sont pas que des prêcheurs, ils sont aussi les représentants des consciences collectives. Ils portent une responsabilité morale et un devoir d’interpellation lorsqu’un pouvoir dérive vers l’abus et la répression.
En refusant de dénoncer ces kidnappings politiques, ils deviennent complices par omission, laissant la population seule face à un régime qui n’hésite plus à gouverner par la peur.
L’histoire jugera ceux qui auront préféré se taire alors que la Guinée sombrait dans une répression systématique.
Si les leaders religieux veulent encore mériter le respect et la confiance du peuple, il est temps qu’ils brisent le silence et exigent du gouvernement la fin de ces dérives liberticides.
— conakrylemag




