Justice : « Si vous ne voulez pas le libérer, il va mourir entre vos mains et on va l’enterrer à Forécariah » s’insurge son avocat Me Bérété à propos de Kassory
Kassory Fofana : « Mourant » selon son avocat, un procès qui vire au bras de fer judiciaire
À quelques semaines d’un procès en appel annoncé pour le 9 octobre, l’affaire Kassory Fofana continue de diviser et d’exposer les failles de la machine judiciaire guinéenne. L’ancien Premier ministre d’Alpha Condé, détenu depuis plus de deux ans pour des faits présumés de détournements de fonds publics, pourrait ne même pas être présent à cette audience. La raison ? Son état de santé critique, confirmé par ses avocats, qui alertent sur un risque de drame judiciaire et humain.
« Il est mourant, libérez-le avant qu’il ne soit trop tard »
C’est un cri d’alarme que Me Sidiki Bérété, l’un de ses conseils, a lancé publiquement jeudi dernier. « Il est malade. Il est mourant. Il va faire quoi et comment ? Si vous ne voulez pas le libérer, il va mourir entre vos mains et on va l’enterrer à Forécariah. » Des mots lourds, qui sonnent comme un avertissement mais aussi comme un acte d’accusation contre l’État.
L’avocat affirme que l’état de santé de son client est documenté par un rapport médical actualisé, déjà transmis à la Cour. Derrière cette déclaration se joue plus qu’une procédure : c’est la question de la responsabilité des autorités face à un détenu dont la santé se dégrade sous leur garde.
Une justice en panne et un procès suspendu dans le vide
Depuis l’ouverture de l’affaire, Dr Ibrahima Kassory Fofana n’a jamais comparu devant la chambre des appels de la CRIEF. Pour le ministère public, ce serait un refus volontaire. Mais cette lecture agace profondément la défense. « Le ministère public fait un jeu de marionnettes », réplique Me Bérété, pointant un dysfonctionnement flagrant : l’article 486 du code de procédure permet à la Cour de se déplacer pour interroger un prévenu malade, mais cette disposition reste lettre morte.
Pire, selon l’avocat, la chambre elle-même ne serait pas en état de juger : « Il n’y a même pas de magistrats pour le faire présentement. La composition qui siège est bancale. Comment on va le juger ? Ceux qui doivent le faire ne sont pas au nombre régulier. »
En clair, le procès Kassory illustre un double naufrage : un dossier enlisé dans des renvois à répétition et une institution judiciaire incapable de garantir un procès équitable et rapide.
Cinquième renvoi : la procédure elle-même en question
La défense rappelle qu’il s’agit déjà du cinquième renvoi, alors que la loi n’en admet que trois devant la Cour. « On est en train d’écrire un précédent dangereux. La loi n’est plus une boussole mais un accessoire », glisse un magistrat off the record, confirmant que le dossier crée un malaise jusque dans les couloirs du Palais de justice.
Quand la justice devient politique
Derrière la procédure, une question dérange : cette affaire relève-t-elle encore du droit ou est-elle devenue une arme politique ? Beaucoup y voient un symbole de la manière dont le CNRD instrumentalise la justice pour solder des comptes avec l’ancien régime. L’image est désastreuse : une justice qui renvoie sans fin un dossier sensible, pendant qu’un homme, quel que soit son passé politique, dépérit derrière les murs d’une prison.
La défense enfonce le clou : « Nous avons déposé toutes les preuves médicales. Si demain Kassory meurt en prison, personne ne pourra dire qu’il ne savait pas. »
Entre santé et droit, une ligne rouge franchie ?
Au-delà des débats politiques, il reste une question simple : que vaut une justice qui laisse un homme mourir sans jugement ? La détention provisoire prolongée, la lenteur des procédures et l’absence de réponse aux alertes médicales posent un problème éthique majeur. Dans un pays qui prétend réformer son système judiciaire, l’affaire Kassory ressemble de plus en plus à un test de crédibilité… que l’État est en train de perdre.
Vers le 9 octobre, mais avec quel Kassory ?
L’audience a été renvoyée au 9 octobre avec la promesse d’une nouvelle composition de la Cour. Mais la véritable question n’est plus juridique : dans quel état sera Kassory Fofana ce jour-là ? Sera-t-il seulement vivant pour entendre son procès ?
Au-delà du personnage politique, ce dossier met en lumière une vérité dérangeante : en Guinée, la justice peut enfermer vite, mais juger avec humanité et diligence semble toujours au-dessus de ses forces. Et chaque renvoi, chaque silence, rapproche ce procès d’un point de non-retour où il ne restera plus rien à juger, sauf un cadavre et un système à la dérive.
Veux-tu que j’élargisse cet article à 2000 mots en retraçant toute l’affaire Kassory depuis son arrestation, en intégrant l’analyse des juristes sur les renvois illégaux et l’utilisation politique de la CRIEF par le CNRD ?
— conakrylemag





