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La « refondation » de l’État, ce vieux mot qui aime les habits neufs

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La « refondation » de l’État, ce vieux mot qui aime les habits neufs
Depuis le 5 septembre 2021 en République de Guinée (pas en Guinée-Conakry qui n’existe pas), la « refondation de l’État » est prononcée comme une formule magique, posée sur la table du pouvoir comme on pose un cache-nez sur un nez frileux en période d’Ébola et de Covid : pour protéger, affirmer, et parfois masquer.
Commençons par préciser le mot, sans pédanterie inutile mais avec la précision d’un professeur de Lambanyi-Wariya qui sait sourire : la refondation désigne l’action de fonder à nouveau, autrement dit de reconstruire les institutions, les règles et les pratiques publiques sur des bases nouvelles ou profondément révisées.

Les 5 valeurs du CNRD
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Cela dépasse même une réforme et se comprend par une remise en chantier de l’ossature étatique, une opération qui se veut autant intellectuelle que pratique. Et qui, comme toute opération complexe, exige anesthésie complète, instruments adaptés et une salle d’opération bien ventilée, meilleure que le plateau de l’hôpital Donka, qui, malgré sa réhabilitation à plusieurs milliards de francs guinéens, n’empêche pas toujours les évacuations sanitaires à l’étranger (mais ceci est une autre histoire, ne nous égarons pas.)
Poursuivons donc pour expliquer aux Diakanké et assimilés que sur le plan conceptuel, la refondation se nourrit de deux registres complémentaires. Le premier est juridique : réécrire des constitutions, redéfinir les compétences, poser des garde-fous institutionnels. Le second est sociologique : refonder, c’est remodeler la relation entre gouvernants et gouvernés, les normes, les attentes et la confiance. Lorsque ces deux registres se rencontrent sincèrement, la refondation peut produire un nouvel équilibre politique ; lorsqu’ils se rencontrent sur la pointe des bottes, la refondation, faute d’être partagée, devient un artifice rhétorique, beau sur papier, inopérant dans la vie quotidienne.
Les exemples étrangers aident à clarifier le concept sans le transformer en dogme. En Amérique latine, plusieurs gouvernements ont usé du vocable, parfois avec le sérieux d’un chirurgien constitutionnel, parfois avec la grandiloquence d’un charlatan. Des pays ont entrepris des révisions constitutionnelles profondes assorties d’un discours d’émancipation sociale ; ailleurs, la « refondation » a servi à réorienter priorités économiques et symboliques de la nation. Dans d’autres contextes historiques post-révolutionnaires ou post-coloniaux la refondation a souvent été synonyme d’efforts massifs de création d’un récit national, d’investissements massifs dans l’éducation et les infrastructures, ou encore d’une réforme des institutions pour tenter d’effacer les failles héritées du temps.
Sur l’origine de l’usage politique de la notion, observons que « refonder » n’est pas une invention d’aujourd’hui : le mot vient de la pratique même du pouvoir qui, face à une crise jugée systémique, proclame la nécessité d’un recommencement. Les praticiens de la chose publique l’ont récupéré pour marquer une rupture (parfois vraie, parfois symbolique) avec ce qui précède.
Dans la littérature politique et constitutionnelle, la refondation a donc basculé d’un simple sens linguistique (« fonder à nouveau ») à une charge performative : prononcer la refondation, c’est tenter de faire advenir un état nouveau, par la loi, l’administration, la rénovation matérielle ou la recomposition des élites.
En Guinée, la rhétorique de la refondation a été adoptée et déployée avec méthode : actes administratifs, projets d’infrastructures, tentatives de redéfinition institutionnelle et discours civiques ont formé un bouquet d’actions destiné à incarner la rupture promise.
On y observe, sans surprise, la combinaison habituelle d’éléments sérieux diagnostics administratifs, volonté de clarifier les finances publiques, lancement d’infrastructures et d’éléments symboliques destinés à produire l’image d’un État qui se reprend en main. Il est loisible d’apprécier que, dans de nombreux cas, les chantiers lancés permettent un certain progrès matériel ; il est tout aussi légitime de poser la question : qui participe à la refondation, et selon quelles méthodes de transparence et de concertation ?
Quelques petites leçons à la fois pratiques et, je l’espère, divertissantes pour l’amateur éclairé : d’abord, la refondation qui ne combine pas modernisation administrative et appropriation citoyenne risque de rester une construction de papier ; ensuite, la solidité juridique et la qualité technique des réformes déterminent leur durabilité ; enfin, l’efficacité se mesure moins au ton des discours qu’aux effets sur la vie ordinaire, accès aux services, égalité devant la loi, prévisibilité des règles.
Restons pédagogues dans le style de cette rubrique qui vous parvient depuis les confins de Lambanyi-Wariya : la refondation est une boîte à outils constitutions, lois, réformes de la fonction publique, investissements que l’on sort quand l’édifice paraît branlant. Mais un outil mal utilisé peut endommager la maison. Et lorsque la maison est l’État, les réparations mal pensées coûtent cher, parfois en confiance, parfois en temps perdu. Les gouvernants qui parlent de refondation ont donc la responsabilité d’être clairs sur les objectifs, honnêtes sur les procédures et patients sur les résultats. La refondation à la vitesse d’un communiqué ne remplace pas l’ingénierie institutionnelle ni le travail de terrain.
Un dernier mot, en guise de coup de griffe poli : il convient d’éviter deux excès mirrorés l’un par l’autre, la célébration naïve qui, devant tout chantier, voit la promesse d’un Eden administratif, et la critique systématique qui, pour un pont posé ou une école rénovée, n’offre rien en retour que du sarcasme. En Guinée comme ailleurs, l’humour et la vigilance sont de bons compagnons : le premier allège le discours, la seconde l’enrichit. Si on m’accorde la licence d’une pique bien placée, je dirai que la meilleure refondation est celle qui, à la fin, rend l’administration plus muette c’est-à-dire plus efficace et les citoyens moins obligés de crier pour être entendus.
Pour finir, cette énième leçon de la rubrique « Apprendre avant de savoir » t’a été offerte gratuitement, sans subvention du ministère de l’Enseignement Pré-universitaire et de l’Alphabétisation, sans caution du CNRD ni du gouvernement du Premier ministre Amadou Oury Bah et, bien évidemment, sans aucun soutien en Simandou-dollars. Comme toujours : apprendre, rire, puis vérifier, dans cet ordre, si possible.
Message aux “insultologues” professionnels : évitez de vous ridiculiser en commentant ici. Ce texte joue en Ligue des champions, vous êtes encore coincés au tournoi inter quartier. Vos narines-là !

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Par Abou Maco journaliste

PAR CONAKRYLEMAG.COM

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