Marc Yombouno : « Tant que certains sont en prison sur le mensonge, ces prières-là ne passeront pas »
Les murs des prisons résonnent encore des cris des détenus politiques, et pourtant, le pays continue de faire semblant. Alors que la Guinée s’enfonce dans une transition sans horizon, l’ancien ministre Marc Yombouno, cadre du RPG, brise le silence et assène une vérité que beaucoup préfèrent ignorer : tant que la justice restera un outil de règlement de comptes, aucune paix véritable ne sera possible.
Dans un pays où l’on prie pour la stabilité pendant que des opposants croupissent derrière les barreaux, comment espérer un avenir apaisé ? Peut-on sincèrement invoquer la réconciliation alors que la justice sert à punir les vaincus et à protéger les puissants ?
Une justice instrumentalisée
Depuis la chute d’Alpha Condé, le pouvoir militaire n’a eu de cesse d’utiliser la justice comme une arme politique. Les arrestations arbitraires se sont multipliées, visant des cadres du régime déchu, des opposants, des activistes et des figures de la société civile. Les accusations, souvent floues, servent plus à neutraliser des adversaires qu’à établir la vérité.
Marc Yombouno met le doigt sur un mal profond : l’absence de justice équitable en Guinée. Aujourd’hui, être emprisonné ne signifie pas avoir commis un crime, mais simplement avoir été du mauvais côté de l’histoire.
Les grandes causes judiciaires sont menées avec un zèle sélectif :
Les proches du régime déchu subissent des procès expéditifs, souvent sans preuves solides. Les exactions commises par les forces de l’ordre sous la transition sont balayées sous le tapis. Les figures du CNRD et leurs alliés bénéficient d’une totale impunité.
Comment, dans ces conditions, parler de réconciliation nationale ?
Des prières sans justice ?
Les discours officiels appellent à la paix, à l’unité, à la transition apaisée. Mais ces mots sonnent creux lorsqu’ils ne sont pas accompagnés d’actes concrets. Marc Yombouno soulève une évidence : aucune prière, aucune cérémonie officielle ne peut effacer l’injustice qui gangrène le pays.
On ne construit pas un avenir sur des procès truqués et des détentions arbitraires. On ne forge pas une nation en excluant une partie de la population du jeu politique sous prétexte de refondation. Un pouvoir qui gouverne par la peur et la répression n’instaure pas la paix, il prépare les conflits de demain.
Le CNRD face à son propre piège
En entretenant ce climat de répression, le pouvoir militaire creuse sa propre tombe politique. Chaque prisonnier politique devient un symbole de la dérive autoritaire, chaque injustice nourrit la colère populaire. Aujourd’hui, c’est le RPG et ses cadres qui sont pris dans l’engrenage. Mais demain, ceux qui servent docilement le régime pourraient à leur tour se retrouver derrière les barreaux, victimes du même système qu’ils ont aidé à mettre en place.
L’histoire guinéenne est un cycle infernal où chaque régime utilise la justice pour punir ses prédécesseurs… avant d’être lui-même victime du même sort. Le CNRD veut-il réellement perpétuer cette malédiction ou aura-t-il le courage de rompre avec cette logique de vengeance permanente ?
Sortir de l’hypocrisie
Si la Guinée veut réellement avancer, il est temps d’arrêter les mascarades. Libérer les prisonniers politiques ne devrait pas être une faveur accordée par la junte, mais un impératif de justice. Une transition crédible ne peut se construire que sur des bases solides :
Une justice indépendante, qui ne soit pas aux ordres du pouvoir en place. Un dialogue politique sincère, où chaque acteur a sa place. Une fin immédiate de la répression contre les voix dissidentes.
Sans cela, tout le reste n’est que mise en scène. Les prières peuvent continuer, les discours peuvent se multiplier, mais tant que la justice restera sélective et partiale, aucune bénédiction ne viendra sauver ce pays.
— conakrylemag




