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Lansana Kouyaté : le come-back minable d’un ex-premier ministre devenu figurant

Lansana Kouyaté : le come-back minable d’un ex-premier ministre devenu figurant

Il y a des silences qui protègent. D’autres qui trahissent. Et puis il y a ceux, plus pernicieux encore, qui pactisent. Le retour de Lansana Kouyaté en Guinée, après des années d’exil volontaire ou d’effacement stratégique — appelez ça comme vous voulez — aurait pu être une prise de position forte. Un cri de ralliement. Une voix pour les sans-voix. Raté. Il a choisi de se taire. De raser les murs. De ménager la junte. Bref, de se coucher.

Pourquoi un tel mutisme alors que le pays suffoque sous une chape de plomb ? Pourquoi ce refus de s’indigner face à la disparition brutale de Foniké Menguè et Billo Bah, deux figures majeures du FNDC, enlevées en pleine nuit par des hommes en uniforme et toujours introuvables des mois plus tard ? Parce que, selon lui, « il ne faut pas discuter publiquement de cette affaire ». Sérieusement ? On est où là ? À la cour du roi Doumbouya, ou dans une République ?

Ce n’est pas de la prudence. Ce n’est pas de la diplomatie. C’est de la lâcheté politique pure. Une capitulation en règle, enveloppée dans un discours feutré, lisse, propre à endormir les naïfs. Et surtout, c’est une insulte à la mémoire démocratique du pays. Oui, monsieur Kouyaté, à vous écouter, on pourrait croire que l’État guinéen est une ONG fragile qu’il ne faut surtout pas brusquer. Que dénoncer une disparition forcée serait… inconvenant ? Subversif ? Malpoli ?

Mais au fond, cette posture n’est pas nouvelle. C’est l’ADN de toute une génération de politiciens caméléons, capables de changer de peau selon le régime en place, mais toujours fidèles à une seule chose : leurs ambitions personnelles. Kouyaté ne revient pas pour la Guinée. Il revient pour son agenda. Il ne cherche pas la vérité, encore moins la justice. Il cherche une place.

Pendant que Foniké Menguè et Billo Bah croupissent Dieu sait où — morts ? vivants ? torturés ? — le chef du PEDN joue les équilibristes. Il multiplie les sourires polis, les interviews convenues, les petites phrases cryptées. Il salue les “efforts du CNRD”, il appelle à “la sérénité”, il prône “l’unité nationale”. Rien que du flou, rien que du vide. Une stratégie du silence qui, en d’autres temps, portait un nom : collaboration.

Il faut le dire sans détour : ne pas condamner publiquement la disparition de deux militants politiques dans un État prétendument républicain, c’est participer à leur effacement. C’est donner un blanc-seing à ceux qui les ont enlevés. C’est valider la terreur comme mode de gouvernance. Et c’est aussi — surtout — piétiner le minimum syndical de dignité humaine que tout responsable politique devrait porter.

On pourrait être tenté de dire que Lansana Kouyaté est fatigué, dépassé, usé par les années. Ce serait encore trop indulgent. En réalité, il est parfaitement lucide. Et son silence est un choix. Un choix tactique, froid, calculé. Mais un mauvais calcul. Car en voulant rester dans les petits papiers du pouvoir, il s’est exclu du cœur du peuple. Celui qui pleure ses disparus. Celui qui manifeste malgré les balles. Celui qui rêve encore, malgré tout, d’un pays juste.

Et puis, qui peut croire sérieusement que garder le silence protégera qui que ce soit dans ce pays ? Foniké Menguè, Billo Bah, Oumar Sylla, et tant d’autres militants n’ont pas disparu à cause de leurs cris. Ils ont disparu parce qu’ils osaient. Parce qu’ils dérangeaient. Parce qu’ils mettaient des mots là où le régime ne veut que des silences. Kouyaté, lui, a préféré baisser les yeux. Mais les Guinéens, eux, regardent.

Ils voient. Ils comprennent. Ils notent.

Ils voient ce retour misérable, ce langage aseptisé, cette stratégie de l’oubli. Ils comprennent que certains opposants de façade ne sont, en réalité, que des supplétifs en attente de recyclage. Et ils notent. Ils notent les noms de ceux qui parlent. Et ceux qui se taisent.

Alors voilà : Lansana Kouyaté, celui qui se voulait un recours en 2007, un “homme d’État” aux airs technocrates, n’est plus aujourd’hui qu’une ombre parmi d’autres, traînant sa respectabilité sur les plateaux de télé comme un vieux trophée poussiéreux. Il aurait pu entrer dans l’Histoire. Il a préféré entrer dans le décor.

Et pendant ce temps, deux citoyens, deux militants, deux êtres humains sont portés disparus. Le parquet “ne sait pas” où ils sont. Les autorités “nient toute implication”. La junte parle d’autres choses. Et Lansana Kouyaté, lui… ne parle pas du tout.

Le silence est un crime quand il couvre une disparition.

Et dans cette affaire, Kouyaté n’est pas seulement muet. Il est complice.

PAR CONAKRYLEMAG.COM

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