
RPG Arc-en-ciel : La survie d’un parti suspendue à un fichier électoral ?
Alors que les débats autour du fichier électoral et du processus de recensement RAVEC (Recensement Administratif à Vocation d’État Civil) s’intensifient à l’approche du référendum constitutionnel, Marc Yombouno, ancien ministre et cadre influent du RPG Arc-en-ciel, a choisi de briser le silence. Dans un entretien accordé récemment à nos confrères d’africaguinée.com, il soulève une préoccupation centrale : « La survie du RPG dépend de la qualité du fichier électoral ». Une déclaration à la fois lucide et révélatrice des failles du système partisan guinéen.
« La survie du RPG dépend de la qualité du fichier électoral »
Le cri d’alarme d’un apparatchik lucide
En politique, il est rare d’entendre un acteur de premier plan admettre, même à demi-mot, la fragilité de sa formation. C’est pourtant ce qu’a fait Marc Yombouno. Son inquiétude ne concerne ni le projet de nouvelle Constitution, ni le climat politique délétère, ni même l’état de droit. Non, sa préoccupation majeure est le fichier électoral.
Une posture qui en dit long : pour l’ancien ministre, le RPG ne survivra pas sans une base électorale bien identifiée, bien enrôlée, bien encadrée. Traduction : si ses bastions historiques ne sont pas correctement recensés et si les cartes d’électeurs ne leur parviennent pas, c’en est fini du parti d’Alpha Condé.
Cette obsession du fichier révèle une vérité brutale : pour certains partis, l’électorat est une rente qu’il faut verrouiller, plutôt qu’un espace qu’il faut conquérir.
La peur du déclin dans un paysage politique redessiné
Depuis la chute d’Alpha Condé en 2021, le RPG vit une descente aux enfers. Fracturé, marginalisé, abandonné par plusieurs de ses figures historiques, le parti peine à se réinventer. Le CNRD l’a relégué au rang de spectateur du processus politique, tandis que ses anciens alliés se déchirent en coulisses.
Le retour aux urnes est perçu par ses cadres comme l’ultime opportunité de redevenir un acteur légitime. Et dans cette optique, la bataille du fichier est stratégique : s’assurer que ses militants sont inscrits, que ses fiefs sont pris en compte, que les nouvelles règles ne favorisent pas ses adversaires.
Le problème ? Cette logique révèle un parti figé, tourné vers le passé, incapable de renouveler son discours ou d’élargir sa base sociale. Au lieu de faire campagne sur des idées, le RPG cherche à sauver ce qui reste de son pouvoir d’influence administratif et électoral.
La politique guinéenne réduite à la logistique du vote
Ce que Marc Yombouno dit tout haut, beaucoup de partis le pensent tout bas : en Guinée, la politique se joue moins sur les programmes que sur le contrôle des mécanismes électoraux. D’où cette focalisation obsessionnelle sur le fichier, le RAVEC, la CENI, la DGE, les démembrements.
Loin d’être un instrument neutre au service de la démocratie, le fichier électoral devient une arme. On l’utilise pour exclure, pour neutraliser, pour affaiblir. Il suffit d’empêcher une zone de voter ou d’y réduire le nombre d’électeurs pour fausser tout un scrutin.
Et c’est précisément ce que craint Yombouno : que l’appareil d’État, aujourd’hui entre les mains d’un autre camp, sabote les chances du RPG à travers un fichier biaisé ou une opération RAVEC mal conduite.
Mais cette dénonciation ne tient qu’en surface. Car ce système d’instrumentalisation électorale, le RPG l’a lui-même perfectionné quand il était au pouvoir. Il récolte aujourd’hui les fruits amers d’une pratique politique qui a toujours préféré la manipulation à la compétition loyale.
Un fichier ne sauvera pas un parti sans projet
À écouter Marc Yombouno, on croirait que la survie du RPG dépend uniquement d’un bon fichier électoral. Mais un fichier, même impeccable, ne donne pas un programme. Il ne reconstruit pas une crédibilité perdue. Il ne ressuscite pas une base populaire désabusée.
Le RPG Arc-en-ciel a-t-il tiré les leçons de son passage au pouvoir ? A-t-il reconnu ses dérives, sa répression, sa gestion patrimoniale de l’État ? A-t-il entrepris un travail d’introspection ? Non. Il attend un miracle administratif.
Or, les Guinéens ne veulent plus d’un parti qui ne s’intéresse à eux qu’en période de recensement. Ils veulent des projets, une vision, une capacité à incarner une alternative. Le RPG n’est pas prêt pour cela. Pas encore.
Une démocratie en otage des partis déchus ?
En fin de compte, l’inquiétude de Marc Yombouno dépasse le RPG. Elle dit quelque chose de plus profond : le malaise d’une classe politique qui ne croit plus en sa capacité de persuasion et qui voit dans les procédures électorales le dernier levier de pouvoir.
Tant que la politique guinéenne sera dominée par des acteurs qui n’ont que l’administration comme horizon, la démocratie restera en état de siège. Le jour où les partis cesseront de s’agripper aux fichiers pour se recentrer sur les idées, la Guinée aura fait un bond.
— conakrylemag




