
Crise énergétique en Guinée : un gouffre financier et un gaspillage organisé
La Guinée fait face à un paradoxe énergétique inquiétant. Alors que la demande en électricité atteint 1 400 mégawatts et devrait grimper à 1 800 mégawatts avec l’intégration du projet Simandou, le pays continue de subventionner massivement une production énergétique qui reste instable et insuffisante.
Le ministre de l’Énergie, Aboubacar Camara, a récemment révélé que l’État couvre 70 % du coût de l’électricité, soit environ 3 000 milliards de francs guinéens (plus de 340 millions de dollars). Un effort colossal, mais qui ne se traduit ni par une amélioration durable de la distribution, ni par une réduction des délestages qui plongent régulièrement le pays dans l’obscurité.
Pire encore, le ministre accuse le gaspillage énergétique d’aggraver la situation. Mais qui sont réellement les coupables ? Les ménages précaires qui tentent de s’éclairer avec des installations rudimentaires ? Ou les gros consommateurs industriels et les réseaux de détournement d’électricité qui prospèrent avec la bénédiction de certaines élites ?
Des milliards engloutis, mais toujours pas d’électricité fiable
La Guinée a multiplié ces dernières années les investissements dans le secteur énergétique, avec la mise en service de plusieurs barrages hydroélectriques, dont Kaléta, Souapiti et Amaria.
Mais malgré ces infrastructures, la situation ne s’améliore pas pour les citoyens :
- Des quartiers entiers sont privés de courant pendant des heures, voire des jours.
- L’industrie peine à fonctionner à plein régime à cause des coupures intempestives.
- L’électrification rurale reste un rêve lointain pour des millions de Guinéens.
Alors, où passe l’argent des subventions ? Pourquoi le pays, qui dispose pourtant d’un immense potentiel hydroélectrique, est-il encore incapable de fournir une énergie stable et accessible ?
Le gaspillage énergétique : un prétexte ou une réalité mal ciblée ?
Le ministre pointe du doigt le gaspillage énergétique comme un facteur aggravant. Certes, les pertes techniques et commerciales d’Électricité de Guinée (EDG) sont alarmantes. Mais qui sont les véritables gaspilleurs ?
- Les ménages modestes, qui n’ont souvent qu’un seul ventilateur et une télévision, ou les grandes villas climatisées des dignitaires du régime ?
- Les habitants des quartiers populaires, ou les entreprises minières et industrielles qui consomment à outrance sans payer leurs factures ?
- Les citoyens qui tentent de s’éclairer comme ils peuvent, ou les détournements d’énergie orchestrés en toute impunité par certains cadres d’EDG ?
Si l’État veut vraiment lutter contre le gaspillage, qu’il commence par imposer la transparence sur la gestion des subventions, traquer les fraudeurs à grande échelle et améliorer la gouvernance du secteur.
Simandou : un gouffre énergétique en perspective ?
Avec l’entrée en jeu du projet Simandou, la demande énergétique guinéenne devrait exploser. Les besoins supplémentaires de 400 mégawatts pour les infrastructures minières vont peser lourdement sur un réseau déjà sous pression.
Mais à qui profitera réellement cette électricité supplémentaire ? Aux Guinéens qui peinent déjà à en avoir quelques heures par jour, ou aux multinationales minières qui bénéficieront d’un accès prioritaire grâce à des accords opaques avec l’État ?
Si la gestion actuelle du secteur énergétique ne change pas, les Guinéens risquent de payer encore plus cher pour un service toujours aussi défaillant.
Vers une hausse du prix de l’électricité ?
Le discours du ministre ressemble à une préparation psychologique pour une future augmentation des tarifs de l’électricité. En mettant en avant le poids des subventions et le gaspillage, l’État semble chercher à justifier un désengagement progressif, qui se traduira inévitablement par une hausse des prix pour les consommateurs.
Mais avant de demander aux citoyens de payer encore plus pour un service médiocre, il serait bon de répondre à ces questions :
- Pourquoi le secteur énergétique est-il toujours aussi inefficace malgré des milliards injectés ?
- Pourquoi les gros consommateurs ne sont-ils pas contraints à payer leur juste part ?
- Pourquoi l’État est-il incapable d’appliquer une politique énergétique qui profite d’abord aux Guinéens avant de servir les intérêts des industriels et des élites ?
Une énergie pour le peuple ou pour l’oligarchie ?
L’électricité est un droit fondamental, pas un privilège réservé à une minorité. Si la Guinée veut réellement sortir de cette spirale de crise énergétique, il faudra plus que des discours alarmistes et des accusations de gaspillage.
Ce qu’il faut, c’est une réforme en profondeur, une gestion transparente et équitable, et surtout une vraie volonté politique de mettre fin à la gabegie qui gangrène le secteur depuis des décennies.
Car tant que les vrais responsables du désastre énergétique continueront de se cacher derrière des justifications bancales, les Guinéens, eux, resteront plongés dans le noir.
— conakrylemag




