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« Nous voulons que le peuple de Guinée soit libre » : mais de quelle liberté parle Bah Oury ?

Une déclaration en décalage avec les réalités du terrain

« Nous voulons que le peuple de Guinée soit libre » : mais de quelle liberté parle Bah Oury ?

Le Premier ministre Bah Oury a encore frappé. Invité à s’exprimer publiquement, le chef du gouvernement a affirmé haut et fort : « Nous voulons que le peuple de Guinée soit libre. » Une phrase qui sonne bien, résonne fort… mais qui, à l’épreuve des faits, pose une question simple et dérangeante : de quelle liberté parle-t-on vraiment ?

Car si cette déclaration peut sembler louable en apparence, elle ne résiste pas à une analyse plus rigoureuse du contexte politique actuel. En réalité, cette sortie ressemble davantage à un slogan de circonstance, habilement marketé pour habiller une gouvernance de plus en plus verticale, autoritaire, et sourde à toute contradiction.

Une déclaration en décalage avec les réalités du terrain

Que signifie être libre aujourd’hui en Guinée ? Est-ce pouvoir circuler sans craindre les barrages de sécurité illégaux ? Pouvoir créer un parti politique et le faire vivre sans être dans le collimateur du MATD ? Est-ce avoir la garantie de ne pas finir en prison pour un tweet ou une opinion déplaisante au sommet ? Ou est-ce simplement pouvoir voter dans des conditions transparentes, avec des institutions réellement indépendantes ?

Car pendant que Bah Oury proclame son attachement à la liberté du peuple, des activistes sont traqués, des journalistes muselés, des opposants bloqués dans leurs droits les plus élémentaires. Le projet de nouvelle Constitution est poussé à marche forcée, dans un contexte où le dialogue est devenu un simulacre, et où les décisions importantes se prennent loin des urnes et des regards.

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Une rhétorique qui se répète, une méthode qui s’épuise

Cette sortie s’inscrit dans une longue tradition de doubles discours : celui de la promesse démocratique face à une réalité autoritaire. Bah Oury n’est pas le premier à proclamer vouloir libérer le peuple, tout en consolidant un pouvoir qui l’enferme.

Mais ce qui frappe ici, c’est le décalage entre les paroles et les actes. Car l’Exécutif auquel il appartient semble plus préoccupé par la maîtrise du récit politique que par l’ouverture d’un réel espace démocratique. On soigne l’image, on multiplie les communiqués lénifiants, on organise des campagnes de sensibilisation creuses sur une Constitution que personne ne peut amender. Le tout pendant que les espaces de liberté fondent comme neige au soleil.

Le mot « liberté » devient alors un accessoire, un vernis. Il ne s’agit pas d’en garantir les conditions, mais d’en revendiquer la propriété. Comme si le gouvernement détenait désormais le monopole du sens, et le peuple celui du silence.

Une stratégie de légitimation par l’illusion

En proclamant vouloir une Guinée libre, Bah Oury tente de repositionner le gouvernement comme un acteur de progrès, alors que le pays glisse dangereusement vers une forme de régression institutionnelle. Le message est clair : si vous êtes contre nous, c’est que vous êtes contre la liberté. Si vous critiquez le processus constitutionnel, vous êtes un nostalgique du désordre. Si vous vous opposez à la transition, c’est que vous voulez l’instabilité.

Cette stratégie, bien rodée, vise à construire une légitimité sur une fiction : celle d’un pouvoir éclairé, tourné vers l’avenir, face à des opposants archaïques, en retard sur l’histoire. Pourtant, la réalité est plus complexe. Le vrai courage politique serait de donner au peuple les moyens d’exercer sa liberté, pas de lui dicter ce qu’elle doit signifier.

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Une confiscation du mot “peuple”

Ce qui frappe également dans cette sortie, c’est l’usage constant du mot “peuple” — ce peuple dont on parle toujours, mais qu’on écoute si peu. Le peuple comme justification, comme rempart moral, comme légitimation. Le peuple comme outil rhétorique. On veut que “le peuple soit libre”, dit Bah Oury. Mais ce peuple, l’a-t-on consulté ? Lui a-t-on demandé ce qu’il pense de cette Constitution ? De ce gouvernement ? De cette transition à rallonge ?

On l’invite à voter un texte qu’il n’a pas écrit. On l’appelle à s’exprimer dans des consultations dont les conclusions sont souvent ignorées. Et surtout, on le réduit à une entité abstraite, passive, dont la seule mission est d’applaudir, de cautionner, de ratifier.

Et si on libérait réellement le peuple ?

Le véritable enjeu aujourd’hui n’est pas d’annoncer la liberté, mais de la rendre possible. Cela passe par des actes forts, clairs et concrets :

  • Libérer la justice des ingérences politiques.
  • Garantir l’indépendance de la presse.
  • Réformer en profondeur les institutions électorales.
  • Permettre une opposition politique active, protégée et respectée.
  • Mettre fin à l’arbitraire dans les nominations, dans les subventions, dans les décisions administratives.

Cela implique aussi de sortir de cette logique binaire où l’on est soit “patriote”, soit “ennemi de la République”. Où le débat est assimilé à la trahison. Où la critique est perçue comme une menace.

Une déclaration qui ne suffit plus

En définitive, la phrase de Bah Oury, bien que séduisante sur le plan discursif, ne suffit plus à masquer les carences d’un régime qui a trop souvent confondu refondation avec recentralisation du pouvoir.

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Le peuple de Guinée mérite mieux que des slogans. Il mérite des institutions solides, des dirigeants exemplaires, une justice indépendante, une presse libre, une opposition respectée, et surtout… la liberté réelle, pas celle que le pouvoir définit à sa place.

Alors oui, Monsieur le Premier ministre, nous aussi, nous voulons que le peuple soit libre. Mais pas à moitié. Pas sous conditions. Et surtout, pas uniquement quand ça vous arrange.

 

PAR CONAKRYLEMAG.COM

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