
Tribune – CNRD : Dix questions que leurs soutiens ne veulent pas entendre
Ce texte n’est pas un pamphlet. C’est une interpellation. Une claque verbale adressée à tous ceux qui, par aveuglement, opportunisme ou lâcheté, continuent de justifier l’injustifiable. Le CNRD, bras en treillis d’une transition sans fin, gouverne par la peur, muselle les voix discordantes, travestit la justice… et certains applaudissent. Pourquoi ? Comment ? Jusqu’à quand ? Voici dix questions citoyennes – brûlantes, dérangeantes – que tout soutien du régime devrait affronter, le regard droit et sans fuite possible.
1. Peut-on faire confiance à un pouvoir qui ne respecte ni sa parole, ni ses engagements, ni même sa propre charte de transition ?
Rappelons-nous : 24 mois. C’était le délai solennellement promis. Le peuple a gobé, une partie de la communauté internationale a feint d’y croire. Résultat ? Bilan : néant. Délai : envolé. Parole : trahie. Et certains osent encore parler de « chemin vers la refondation ». Refondation de quoi, au juste ? Du cynisme politique ?
2. Où sont les signes tangibles d’intégrité ?
À part quelques discours grandiloquents et des cérémonies creuses de remise de véhicules ou de médailles, qu’est-ce que ce régime a réellement produit qui inspire confiance ? Où sont les comptes publics clairs ? Les sanctions contre les prédateurs économiques ? Les modèles vertueux ? La réponse tient en un mot : nulle part.
3. Comment peut-on soutenir un pouvoir qui tue ?
Des pères de famille abattus, des adolescents criblés de balles, des militants pacifiques arrêtés comme des bandits. C’est ça, l’ordre nouveau ? Il y a une ligne qu’aucun pouvoir ne devrait franchir : celle du sang des innocents. Le CNRD l’a franchie, puis a osé nier, manipuler, accuser. Mais les tombes, elles, ne mentent pas.
4. Et si demain, c’était votre tour ?
Des enlèvements à la tombée de la nuit. Des disparitions sans trace. Des familles qui cherchent leurs proches dans les morgues ou les commissariats. Est-ce encore un État, ou un cartel militarisé qui fait régner la terreur ? Le silence complice d’aujourd’hui vous protégera-t-il si un jour c’est votre frère, votre enfant, votre nom, sur la liste ?
5. Veut-on vraiment être dirigés par des hommes sans boussole morale ?
La brutalité ne fait pas une vision. L’opacité n’est pas une stratégie. Gouverner, ce n’est pas distribuer des galons entre copains et acheter le silence avec des postes. Gouverner, c’est incarner une éthique, tracer un cap. Le CNRD gouverne à la machette, sans projet ni cap. Et vous trouvez ça acceptable ?
6. Que peut-on attendre d’un tel système ?
Un pays où tout se décide dans les casernes, où les lois sont piétinées à volonté, où les contre-pouvoirs sont laminés, où la presse indépendante est traquée… Quelle prospérité peut naître dans ce désert démocratique ? Quels investisseurs sérieux ? Quel avenir pour la jeunesse ? La peur est un pesticide qui tue l’espoir à la racine.
7. Où sont les promesses du 5 septembre 2021 ?
On nous avait dit : « Nous venons mettre fin à la corruption, aux abus, à l’instrumentalisation des institutions ». Ironie tragique : jamais les détournements n’ont été aussi massifs, l’impunité aussi insolente, l’administration aussi dévoyée. Qu’a-t-on gagné, hormis un changement de têtes et une perpétuation des mêmes vices ?
8. En quoi ce régime est-il plus démocratique que celui d’Alpha Condé ?
Ceux qui hurlaient contre le troisième mandat sont aujourd’hui muets face à une transition sans fin. Ceux qui dénonçaient les arrestations politiques regardent ailleurs quand des opposants sont incarcérés sans jugement. L’indignation à géométrie variable est un poison lent. Où est passée la cohérence morale ?
9. Le coup d’État visait-il réellement le bien commun ?
Quatre ans plus tard, plus personne n’ose y croire. L’alibi du salut national s’effondre devant les villas de luxe, les marchés publics truqués, les nominations familiales. Le CNRD ne réforme pas : il remplace. Et il remplace mal. Si l’objectif était de libérer le pays de ses démons, pourquoi les retrouve-t-on encore plus agressifs aujourd’hui ?
10. Alors, que voulons-nous ?
Un pouvoir issu du suffrage, perfectible mais perfectible par nous ? Ou une autorité imposée par les armes, qui vous dicte quand parler, quand marcher, et pour qui voter demain ? La peur peut faire taire un peuple un temps. Mais l’Histoire est remplie de régimes qui ont fini écrasés par les murmures qu’ils avaient voulu étouffer.
Et vous, quel héritage voulez-vous laisser à vos enfants ?
Un pays figé dans la répression, ou un peuple qui se lève pour reprendre sa dignité ?
Une société qui justifie l’arbitraire, ou une nation qui exige des comptes ?
À chacun de choisir : le confort de la soumission, ou l’inconfort de la lucidité.
Parce que le silence, ici, est un crime collectif.
— conakrylemag




