Ouattara joue avec le feu : un quatrième mandat à l’ombre du spectre d’Alpha Condé
À 83 ans, Alassane Ouattara s’accroche au pouvoir. Ce n’est plus un secret depuis son annonce officielle : il sera candidat à un quatrième mandat lors de la présidentielle ivoirienne du 25 octobre 2025. Une décision qui, loin d’apaiser, attise les tensions dans un pays qui peine encore à digérer les cicatrices de ses dernières crises politiques et sécuritaires.
Le président sortant, en poste depuis 2011, s’est félicité de la légitimité constitutionnelle de sa démarche. « La Constitution de notre pays m’autorise à faire un autre mandat et ma santé le permet », a-t-il martelé dans un discours succinct. En bon stratège, il invoque également la nécessité de son expérience face à des défis « sécuritaires, économiques et monétaires sans précédent ». Des arguments de poids qui ne parviennent pourtant pas à masquer la réalité : l’opposition, affaiblie, marginalisée, voire muselée, ne représente plus un contrepoids crédible, et le pays est une nouvelle fois confronté au risque d’une démocratie figée.
Le parallèle avec la Guinée voisine est frappant et lourd de menaces. En 2020, Alpha Condé, lui aussi ancien économiste international, avait fait adopter une nouvelle Constitution pour se garantir un troisième mandat. Ce dépassement des normes démocratiques a finalement conduit à son renversement brutal par l’armée en septembre 2021. Un coup d’État sanglant qui a rappelé, une fois de plus, combien la quête effrénée du pouvoir peut déstabiliser durablement un pays.
En Côte d’Ivoire, où la mémoire des crises post-électorales de 2010-2011 est encore vive, l’annonce d’Ouattara tombe comme une provocation pour une frange importante de la population et des acteurs politiques. Le pays, longtemps présenté comme un modèle de stabilité en Afrique de l’Ouest, risque désormais de basculer dans une nouvelle période d’instabilité politique, voire de violences.
Car le véritable enjeu ne réside pas seulement dans la capacité d’un homme à gouverner au-delà des limites habituelles, mais dans le respect des principes fondamentaux de la démocratie : le renouvellement pacifique du pouvoir, la pluralité politique, et la confiance des citoyens dans leurs institutions. En imposant sa candidature à un quatrième mandat, Ouattara semble vouloir passer outre ces principes, misant sur une Constitution remodelée à son image et sur une opposition désarticulée.
Les signaux d’alerte se multiplient : résurgence des discours belliqueux, tensions ethniques, fragilités sécuritaires dans le Nord et l’Ouest du pays, sans oublier la menace toujours présente d’une intervention militaire. La Côte d’Ivoire pourrait bien être le prochain pays de la région à expérimenter le coût élevé d’une présidence éternelle.
En choisissant de prolonger son règne, Ouattara défie la leçon récente de Conakry : l’arbitraire constitutionnel finit souvent par provoquer un retour brutal de la force. L’histoire pourrait se répéter, sauf si des forces politiques, sociales et internationales parviennent à imposer un dialogue sincère et une transition respectueuse des règles du jeu démocratique.
— conakrylemag




