Procès Aliou Bah : la justice fait la sourde oreille, renvoie, tergiverse… et gagne du temps

Procès Aliou Bah : la justice fait la sourde oreille, renvoie, tergiverse… et gagne du temps
À la cour d’appel de Conakry, ce mardi, le procès d’Aliou Bah a tourné à l’énième épisode d’une mascarade judiciaire, où la justice semble plus préoccupée par la gestion de l’agenda politique du pouvoir que par la vérité.
Entre la demande des avocats pour une médiatisation du procès — compréhensible, légitime, républicaine — et celle du ministère public pour un huis clos — louche, suspecte, typique — la présidente de la cour, Hadja Fatou Bangoura, a fait ce que font trop souvent les juges en Guinée : elle a tranché par le vide.
Aucune des demandes acceptées. L’affaire est renvoyée au 16 avril pour la suite des débats.
Voilà. Rideau. Encore un tour d’horloge judiciaire pour rien.
Mais pas pour tout le monde.
Un procès géré comme une patate chaude
Ce procès embarrasse. Il gêne. Il fait tache dans la vitrine d’une « transition inclusive » que le pouvoir tente tant bien que mal de vendre à l’extérieur.
Alors, que fait la justice ? Elle joue la montre.
Elle évite les caméras.
Elle esquive les vrais débats.
Elle balance l’affaire d’une audience à l’autre, dans l’espoir que l’opinion s’essouffle, que la tension baisse, que le peuple oublie.
Mais il n’oubliera pas. Parce que ce procès est un révélateur.
Transparence refusée, huis clos rejeté : et la justice dans tout ça ?
Que les avocats d’Aliou Bah demandent la médiatisation des débats, c’est naturel. Leur client est poursuivi pour des faits d’opinion, dans un contexte politique explosif. Il est essentiel que l’opinion publique voie, entende, juge aussi.
Que le parquet, lui, veuille un huis clos, c’est tout aussi révélateur. La lumière les dérange.
Ils savent que le dossier est creux, que l’accusation repose sur du vent, que la détention est un abus manifeste. Alors ils préfèrent l’ombre, la discrétion, le huis clos comme rideau de fumée.
Mais la juge, au lieu de trancher, rejette les deux. Elle choisit l’inertie. Le renvoi. La temporisation.
Un aveu d’impuissance ? Non. Un calcul.
Le renvoi au 16 avril : stratégie d’usure judiciaire
Ce renvoi n’est pas un simple ajustement de calendrier. C’est un outil de pression politique.
En retardant les plaidoiries et les réquisitions, la cour donne au régime le temps de jauger, de négocier en coulisse, de jauger la température sociale.
Peut-être espère-t-on un affaiblissement du soutien à Aliou Bah.
Peut-être prépare-t-on une issue politique travestie en compromis judiciaire.
Mais ce qui est sûr, c’est que la justice, dans cette affaire, ne semble guidée ni par l’urgence, ni par la clarté, ni par l’équité.
Aliou Bah : debout, malgré les manœuvres
Malgré ce théâtre procédural, Aliou Bah reste debout.
Il ne demande pas d’indulgence. Il demande un procès équitable, transparent, public.
Et rien que ça, aujourd’hui en Guinée, c’est un acte de résistance.
Pendant que d’autres multiplient les compromissions pour rester visibles ou éviter les foudres du régime, lui choisit d’assumer. De faire face. De porter le combat jusque dans les prétoires.
Le 16 avril, ce sera peut-être le jour du droit… ou un autre renvoi
Ce que les Guinéens attendent, ce n’est pas une démonstration d’autorité judiciaire.
C’est un sursaut de courage.
Un geste fort. Une preuve que la justice n’est pas un instrument, mais une institution.
Mais d’ici là, rien ne garantit que la vérité aura droit de cité.
Le régime aura encore le temps de peser. De négocier. D’influencer.
Mais une chose est certaine :
Même renvoyé, même traîné, même sali, Aliou Bah ne pliera pas.
Et chaque minute qu’il passe en détention renforce son image, détruit celle du pouvoir, et dévoile la fragilité d’un régime qui ne sait faire taire que par la cage.
Rendez-vous le 16 avril.
Mais attention : la patience du peuple a, elle aussi, une date de péremption.
— conakrylemag




