
Quand Cellou Baldé devient ministre : recomposition politique ou trahison calculée ?
Conakry, fin juillet 2025
I. Le décor : une nomination surprise au cœur d’une transition fragile
Dans la soirée du 29 juillet 2025, un décret du président Mamadi Doumbouya nomme Cellou Baldé, ancien député de Labé et coordinateur des fédérations de l’UFDG, au poste stratégique de ministre de la Jeunesse au sein du gouvernement dirigé par Amadou Oury Bah. Une décision qui a immédiatement déclenché des réactions contrastées, surtout dans sa ville natale de Labé, et au sein de son ancien parti, l’UFDG.
À Labé, plusieurs opinions s’expriment fort différemment : pour certains, c’est une fierté locale ; pour d’autres, une profonde déception. Mais avant de juger, il faut comprendre le sens politique de ce choix.
II. Labé réagit : entre fierté, regrets et inquiétudes
À Labé, les voix s’élèvent sur trois registres :
- Alpha Saliou Diallo, de la Coalition Citoyenne pour le Développement de Labé, voit dans la nomination un symbole fort : « c’est Labé qui a bénéficié d’un décret… » et il souligne la stature d’homme d’action de Baldé.
- À l’opposé, Diallo Mamadou Cellou, cadre local de l’UFDG, parle d’une « perte de vision », regrettant que Baldé s’éloigne du chemin de lutte qu’il incarnait.
- Mamadou Aliou Sampiring Diallo, communicant de l’UFDG local, lui reconnaît de l’expérience et lui souhaite succès dans ses missions ministérielles.
- Enfin Alhassane Saoudatou Baldé, membre de la jeunesse UFDG, se dit indifférent, à condition que Baldé ne devienne pas une arme contre le parti.
Ces réactions illustrent un clivage profond : fierté régionale versus défis d’unité et fidélité partisane.
III. Le calcul politique : recomposition de la transition ou effritement ?
Trois grandes analyses se dégagent :
1. Le pouvoir de transition mise sur une ouverture symbolique
En intégrant des figures comme Baldé, ancien cadre UFDG, dans son équipe, la transition CNRD cherche à cultiver une image de réforme et d’inclusion. Cela enjolive le visage du pouvoir tout en courtisant une partie des élites de l’opposition.
2. Pour l’UFDG, un électrochoc stratégique
Kalémoudou Yansané, vice-président de l’UFDG, adopte un ton mesuré : « ceux qui veulent partir, partent… si cela peut bénéficier au parti, tant mieux ». On perçoit là une philosophie politique qui valorise la compétence au-delà de la fidélité absolue. Mais attention : ce discours risque de laisser les cadres sceptiques ou frustrés sur le bord du chemin.
3. Le regard du RPG : opportunisme racialisé
Marc Yombouno (RPG arc‑en‑ciel) n’est pas tendre : il parle de « trahison » pure et simple. Baldé incarne, selon lui, une logique clientéliste, où la position gouvernementale prime sur les idéaux partisans. Dans ses mots : une “trahison” prévue par certains, mais chèrement payée pour d’autres.
IV. Enjeux et perspectives : recomposition politique et calculs futurs
A. Une recomposition dans l’opposition guinéenne
Cette nomination s’inscrit dans une logique de recomposition : UFDG, RPG et autres partis voient leurs anciens cadres choisis par le pouvoir de transition. Cette stratégie affaiblit le positionnement traditionnel d’opposition et favorise l’émergence d’un bloc de technocrates formés par l’UFDG.
B. Baldé au défi de prouver sa loyauté au peuple
Le véritable défi pour Cellou Baldé sera de montrer que sa présence au gouvernement ne sert pas seulement sa trajectoire personnelle, mais peut bénéficier à la jeunesse guinéenne, notamment celle de Labé qui l’a soutenu.
C. Le risque d’atomisation du parti
Si Baldé commence à apparaître comme un relais du CNRD contre l’UFDG, le parti risque un exode silencieux de ses cadres, ou une perte de cohésion à l’approche des élections présidentielles.
V. Conclusion : vers une recomposition ou un isolement ?
La nomination de Cellou Baldé pose un dilemme qui dépasse le simple changement gouvernemental : c’est un acte qui exprime la recomposition politique en cours en Guinée. Le pouvoir de transition cherche à se légitimer par l’ouverture, tandis que l’opposition se voit testée dans son aptitude à conserver ses cadres et ses valeurs.
Pour Cellou Baldé, l’enjeu est personnel et collectif : comment concilier son nouveau rôle avec l’héritage de l’UFDG, et ne pas devenir un pion dans un jeu où l’avenir est incertain. Pour l’UFDG, c’est un défi identitaire : accepter des départs sans s’effriter.
Reste à voir si ce geste marque une recomposition sincère du paysage politique ou l’amorce d’un isolement. Une chose est claire : l’opinion guinéenne et les partis suivront de près la suite, à Conakry comme à Labé.
— conakrylemag




