Les principales réactions cette semaine en Guinée autour du projet de nouvelle Constitution sont caractérisées par une vive controverse entre le gouvernement de transition et l’opposition ainsi que la société civile.
Le projet de Constitution, présenté fin juin 2025 et devant être soumis à référendum le 21 septembre, prévoit notamment d’allonger le mandat présidentiel de cinq à sept ans, avec une seule possibilité de renouvellement. Il institue aussi la création d’un Sénat, complétant ainsi l’Assemblée nationale, et la mise en place d’une Cour spéciale pour juger les hauts responsables politiques. Ce texte vise officiellement à rétablir un ordre constitutionnel stable et à installer durablement des politiques publiques.
Cependant, l’opposition et les « Forces vives de Guinée » dénoncent ce projet comme une manœuvre pour permettre au chef de la junte au pouvoir depuis 2021, le général Mamadi Doumbouya, de briguer la présidence, contre sa promesse initiale de ne pas se présenter aux prochaines élections.
Le nouveau texte aurait supprimé les clauses de la charte de transition interdisant aux membres de la junte et responsables actuels de se porter candidats. Ces acteurs qualifient alors le processus de « concertation de façade » et rejettent catégoriquement la nouvelle Constitution, suspectant que son objectif principal est de favoriser la candidature de Doumbouya.
En parallèle, le gouvernement et les membres du Conseil national de transition parcourent le pays dans une campagne de vulgarisation, expliquant le contenu et les enjeux du texte aux populations dans les différentes régions afin de préparer un référendum transparent et inclusif.
Sur le plan politique, cette campagne de communication fait face à une opinion divisée : certains considèrent que le projet donne un cadre législatif moderne, renforçant les institutions et les pouvoirs publics, tandis que d’autres s’inquiètent de la remise en cause des garanties démocratiques et d’une possible consolidation d’un pouvoir personnel.
Le projet de nouvelle Constitution guinéenne, présenté par le gouvernement de transition et soumis à référendum le 21 septembre 2025, comporte des aspects spécifiques majeurs, qui suscitent des débats intenses et des réactions contrastées entre différentes parties prenantes.
Voici un détail des points clés du projet constitutionnel ainsi que les arguments avancés par les différentes parties :
Aspects spécifiques du projet de nouvelle Constitution
1. Durée et renouvellement du mandat présidentiel
Le mandat présidentiel est porté de cinq à sept ans, avec la possibilité d’un renouvellement une seule fois. Ce changement vise officiellement à garantir une plus grande stabilité politique et éviter une « polarisation excessive » de la vie politique du pays. Le président est élu au suffrage universel direct à deux tours.
2. Instauration d’un Parlement bicaméral
Le Parlement devient bicaméral avec la création d’un Sénat en complément de l’Assemblée nationale, ce qui ouvre la voie à un équilibre institutionnel complexe et à de nouveaux modes de représentation.
3. Création d’une Cour spéciale
Une Cour spéciale chargée de juger les hauts responsables politiques est instituée, avec pour ambition de renforcer la lutte contre la corruption et l’impunité au sommet de l’État.
4. Droits et libertés fondamentaux
Le texte affirme un engagement fort sur les droits humains : le droit d’accès à l’information publique, la garantie de libertés fondamentales, la tolérance, la fraternité et la lutte contre les formes anticonstitutionnelles de pouvoir1. Il engage aussi l’État à favoriser un État de droit, la démocratie pluraliste et une société juste et prospère.
5. Critères d’éligibilité et candidature présidentielle
Sont requis pour le candidat à la présidence un âge compris entre 35 et 80 ans. Le projet ne précise pas explicitement si le général Mamadi Doumbouya, chef de la junte au pouvoir, pourra se présenter à la prochaine élection présidentielle, ce qui alimente les spéculations.
6. Cadre de gouvernance et lutte contre la corruption
Le projet engage à promouvoir la bonne gouvernance, la transparence, ainsi que la lutte contre les crimes économiques et financiers. Un fonds souverain devrait être alimenté par les ressources nationales pour financer le développement.
Arguments et réactions des différentes parties
Gouvernement et supporters du projet
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Justification du prolongement du mandat : Le gouvernement avance que le mandat de sept ans renouvelable offre une stabilité politique nécessaire pour consolider les réformes et éviter les alternances fréquentes qui fragilisent le pays.
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Modernisation des institutions : La mise en place du Sénat et de la Cour spéciale sont perçues comme des avancées démocratiques pour équilibrer les pouvoirs et renforcer la justice.
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Vulgarisation et inclusion : Le gouvernement mène actuellement une campagne de sensibilisation dans tout le pays pour expliquer le texte au peuple et garantir un référendum transparent.
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Engagement pour un État de droit : La Constitution réaffirme l’attachement aux droits fondamentaux et à la démocratie pluraliste.
Opposition politique et société civile
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Soupçons de volonté de mainmise politique : L’opposition accuse le projet de Constitution d’être un outil destiné à permettre au général Doumbouya de briguer la présidence, en contradiction avec sa promesse initiale de ne pas se présenter, en supprimant notamment la clause de la charte de transition interdisant aux membres de la junte ou responsables actuels de se présenter.
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Débat sur la légitimité : Les opposants parlent d’une « concertation de façade » et déplorent un processus jugé peu inclusif et précipité. Ils doutent de la transparence du référendum et dénoncent un climat politique tendu avec des restrictions sur les libertés publiques.
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Inquiétudes sur les garanties démocratiques : Certains craignent que la nouvelle Constitution ne consolide un pouvoir personnel fort et ne réduise les contre-pouvoirs.
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Critiques sur la publication prématurée : Des observateurs ont souligné que le projet a été publié dans le Journal officiel avant même d’avoir été adopté légalement, ce qui a alimenté les critiques sur le respect des procédures.
Analyses neutres et experts
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Projet ambitieux mais risqué : La Constitution contient des garanties fortes sur les droits, mais sa mise en œuvre dépendra de la capacité réelle des institutions à les faire respecter.
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Défis sociaux et politiques : Le pays doit faire face à une fracture politique profonde, et le texte pourrait soit apaiser les tensions soit les accentuer selon la conduite du référendum et du dialogue politique.
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Équilibre entre stabilité et démocratie : L’extension du mandat présidentiel, bien que justifiée par la recherche de stabilité, reste controversée dans un contexte où la confiance envers les institutions est encore fragile.
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Surveillance internationale : La communauté internationale suit de près le processus, appelant à un scrutin crédible et transparent.
En résumé, ce projet de Constitution entend poser les bases d’un nouvel ordre constitutionnel stable, avec un exécutif renforcé et de nouvelles institutions parlementaires et judiciaires, tout en adoptant un cadre formel de protection des droits. Cependant, il suscite un débat vif entre ceux qui y voient une modernisation salutaire et ceux qui redoutent un glissement autoritaire et une marginalisation des voix dissidentes.
La prochaine étape clé sera le référendum de septembre 2025, dont le déroulement et les résultats seront cruciaux pour l’avenir politique et institutionnel de la Guinée.
Un rejet ferme et critique de la part de l’opposition et des coalitions de la société civile, qui y voient un coup de force politique. Une démarche officielle portée par le gouvernement de transition visant à instaurer un cadre légal stable pour sortir de la crise politique. Une forte attention des populations ayant besoin d’être informées et rassurées avant le référendum.
Ces tensions traduisent les enjeux majeurs que représente ce texte pour l’avenir institutionnel, politique et démocratique du pays à quelques semaines d’un vote populaire crucial.
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