
Référendum constitutionnel en Guinée : la date du 21 septembre, ligne rouge pour les forces démocratiques ?
Parler d’un référendum à la hâte, en plein brouillard institutionnel, alors que le pays s’enfonce dans l’illégalité et la répression, relève-t-il de l’aveuglement ou de la provocation ? Pour Ibrahima Kalil Condé, membre du Front National pour la Défense de la Constitution (FNDC), la réponse est claire : le 21 septembre 2025 ne peut pas être une date neutre. Elle est une ligne rouge infranchissable.
La réaction de ce cadre de la société civile traduit une fronde croissante contre le processus constitutionnel engagé par le CNRD, une junte de plus en plus isolée dans ses manœuvres. Derrière cette date, c’est tout un dispositif électoral, institutionnel et symbolique que les opposants dénoncent, estimant que ce référendum n’est qu’un habillage légal d’un coup d’État qui ne dit pas son nom.
Un référendum sous haute tension
Le calendrier fixé par les autorités pour la tenue du référendum constitutionnel semble irréaliste. La révision exceptionnelle des listes électorales peine à convaincre, de nombreux citoyens n’ayant pas pu s’enrôler, y compris des figures majeures comme Cellou Dalein Diallo, empêché selon son parti de se faire recenser à Abidjan malgré des documents valides.
La récente déclaration de la présidente de la CENI, Djenab Touré, selon laquelle plus de six millions de Guinéens sont enregistrés comme électeurs, ne suffit pas à faire taire les doutes. Comment garantir un scrutin équitable quand le processus même d’enrôlement est contesté ? Comment parler de démocratie lorsque des acteurs politiques majeurs, journalistes, artistes ou membres de la société civile sont persécutés, emprisonnés ou portés disparus ?
Le climat général est celui de l’opacité, de la peur et de la défiance, loin des conditions minimales requises pour une consultation populaire honnête et inclusive.
Un texte qui consacre la présidence longue durée
Ce qui choque aussi, c’est le contenu même du projet de Constitution. Les critiques se multiplient depuis que la presse a révélé l’introduction silencieuse du septennat présidentiel, sans débat préalable. Un recul démocratique évident, dénoncé par plusieurs juristes et analystes. Le président du CNT, Dansa Kourouma, qui jusque-là restait muet sur cette manœuvre, a tenté maladroitement de la justifier par une “volonté populaire exprimée pendant la vulgarisation du texte”. Un argument qui ne convainc personne, tant la méthode utilisée manque de transparence.
Pour Ibrahima Kalil Condé, cette mascarade ne passera pas :
« Le 21 septembre est une provocation. Ce n’est pas une date électorale, c’est une date de rupture avec l’esprit de la transition. C’est la ligne rouge à ne pas franchir. »
Un cadre juridique dévoyé
Au-delà du contenu, la forme interroge tout autant. Les normes internationales sur les transitions exigent un retour à l’ordre constitutionnel par un processus inclusif, transparent et respectueux des droits fondamentaux. Or, la transition guinéenne est aujourd’hui caractérisée par :
- L’absence d’un fichier électoral crédible ;
- L’interdiction arbitraire de toute manifestation ;
- L’exil ou l’emprisonnement des principaux leaders politiques et de la société civile ;
- L’usage de la justice à des fins de répression ;
- L’instrumentalisation de la presse d’État et la fermeture de médias critiques.
Comment, dans ces conditions, croire à un référendum équitable ? Pour nombre d’observateurs, ce référendum n’est qu’un prétexte pour conférer une légitimité formelle à une autorité qui refuse de céder le pouvoir.
Une junte qui étire le temps à son avantage
Depuis le 5 septembre 2021, date de la prise de pouvoir par Mamadi Doumbouya, le pays est suspendu à des promesses jamais tenues : refondation, lutte contre la corruption, restauration de la dignité nationale, réconciliation… Mais trois ans plus tard, les Guinéens assistent à une toute autre réalité :
- Une multiplication des postes ministériels pour caser des proches ;
- Un budget de souveraineté opaque ;
- Un affaiblissement des contre-pouvoirs ;
- Des détentions arbitraires et des disparitions forcées ;
- Une militarisation croissante de la vie politique.
Le CNRD, malgré ses discours, s’enfonce chaque jour davantage dans la reproduction des pratiques de ses prédécesseurs, avec cette différence inquiétante : il agit sans légitimité électorale.
Le silence complice de la communauté internationale ?
Face à cette situation, le silence de certains partenaires internationaux inquiète. La CEDEAO, qui avait fixé un ultimatum à la junte pour une durée de transition, semble aujourd’hui muette. La France, autrefois si prompte à défendre les droits démocratiques, s’est contentée de déclarations diplomatiques sans effets.
Ibrahima Kalil Condé interpelle : « Pourquoi ce silence international alors que des militants sont torturés, des avocats enlevés, et que le peuple est privé de ses droits fondamentaux ? »
La réponse tient peut-être dans le cynisme des relations internationales, où la stabilité apparente prévaut souvent sur la justice. Mais l’histoire montre que toute transition confisquée finit par exploser.
Vers une résistance citoyenne ?
Face à la perspective du 21 septembre, plusieurs organisations de la société civile et partis politiques envisagent une mobilisation coordonnée. Le Barreau de Guinée, à travers une décision symbolique mais forte, a récemment boycotté toutes les audiences pendant deux semaines, retirant aussi ses représentants des organes de la transition. Un geste fort, qui pourrait inspirer d’autres institutions encore silencieuses.
Ibrahima Kalil Condé en appelle à un réveil citoyen massif, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Pour lui, ce référendum est la dernière manœuvre d’un régime illégitime pour s’installer durablement au pouvoir. Et il conclut :
« Si nous laissons faire, ce ne sera plus seulement la démocratie qui sera enterrée, ce sera la République elle-même. »
Un scrutin à haut risque pour l’avenir de la Guinée
La tenue du référendum constitutionnel le 21 septembre 2025 cristallise toutes les tensions. Entre un pouvoir militaire qui veut s’offrir une façade légale et une population de plus en plus méfiante, la confrontation semble inévitable.
Les propos d’Ibrahima Kalil Condé ne sont pas simplement ceux d’un militant. Ils traduisent l’inquiétude d’une partie de la société guinéenne, convaincue que l’on veut faire passer une contre-révolution par les urnes.
À moins d’un sursaut, d’un dialogue inclusif, d’un engagement sincère pour des élections libres et équitables, la Guinée court droit vers une impasse démocratique. Et le référendum du 21 septembre pourrait bien devenir le point de non-retour.
— conakrylemag




