Services spéciaux formés au blanchiment d’argent : la Guinée prépare-t-elle ses agents à couvrir les plus gros scandales ?
Le gouvernement du CNRD, toujours prompt à vouloir profiter de son image de « transformation », vient d’envoyer ses forces de l’ordre DCPJ, DCIJ, Gendarmerie nationale, Parquet de la CRIEF et agents de renseignement participer à un atelier de formation baptisé « blanchiment d’argent et financement du terrorisme ». Derrière la façade vertueuse, la question devient inévitable : qui sera formé pour protéger, plutôt que poursuivre ?
Une formation qui fait grincer des dents
À en croire les organisateurs, la formation visait à renforcer les capacités techniques : savoir identifier les circuits financiers suspects, tracer les flux bancaires, déraciner les réseaux invisibles. Un noble objectif, sur le papier.
Mais dans la Guinée actuelle, où les plus gros dossiers financiers restent impunis, cette mise à jour des compétences inquiète : sera-t-elle utilisée pour traquer de véritables réseaux, ou pour façonner des passe-droits officiels… à usage interne ?
Quand les chasseurs deviennent complices potentiels
Marteler qu’il faut lutter contre le blanchiment, c’est habile. Encore faut-il appliquer ces principes à tous. Mais l’histoire récente guinéenne est jalonnée de scandales couvrant des montants colossaux règlements occultes, marchés publics opaques, détournement de fonds publics sans qu’aucune enquête n’aboutisse.
Formez des enquêteurs. Donnez-leur les outils. Et ils pourront choisir d’agir… ou de fermer les yeux.
Un piège sémantique ?
Ce type de formation ressemble de plus en plus à une opération de com’ à bon compte. Elle permet au pouvoir de dire : Nous agissons, Nous formons nos agents, Nous sommes dans le rugby anticorruption international.
Car il ne suffit pas de donner un nom d’atelier pour garantir l’intégrité. Encore faut-il que les nouveaux détectives de l’État aient la volonté… et l’autonomie. Autonomie aujourd’hui écartée : le parquet, l’Ordre judiciaire, la haute hiérarchie militaire veillent à la discipline.
Un enjeu de taille en pleine campagne constitutionnelle
Alors que le régime mouille ses yeux devant les caméras pour parler de refondation, l’argent sale continue de circuler l’argent qui entoure les circuits du pouvoir, les campagnes électorales, et le financement obscur de certains relais politiques.
Dominer le marché du blanchiment, c’est aussi se donner les outils pour manipuler les flux, orchestrer les complicités, et maintenir la clientèle au pouvoir.
En clair : vigilance ou désillusion ?
Tous droits formés en blanchiment ou non, les services guinéens auront les compétences nécessaires. Ce qui compte, c’est vers qui seront pointés les radars : censés traquer un réseau financier criminel, formés pour… désamorcer les enquêtes gênantes ?
Dans les ténèbres de la Guinée du CNRD, la formation au blanchiment est-elle l’outil d’un État vrai ? Ou un signal : “Nous peignons en bleu la corruption, sans jamais la combattre” ?
Restez attentifs
Le terrain est maintenant préparé. Les outils sont là. Ce qui expliquera tout, c’est : qui ils cibleront. Les barons de l’ombre ? Les réseaux financiers du dernier mandat ? Ou bien l’opposition politique, les ONG, les voix libres ?
Le silence après la formation sera plus éloquent que les plus beaux discours sur l’intégrité. Parce qu’un engrenage silencieux peut faire basculer toute une République.
— conakrylemag




