
Silence complice autour de Foniké Menguè et Billo Bah : quand la presse oublie ses défenseurs
Il fut l’un des rares à avoir parcouru les rédactions quand la junte frappait fort. Oumar Sylla, plus connu sous le nom de Foniké Menguè, n’était pas journaliste. Mais il savait, avec une lucidité que beaucoup d’acteurs publics n’ont jamais eue, que sans une presse libre, aucune démocratie n’est viable. Il le disait, il le vivait, il le défendait.
Et pourtant, un an après son enlèvement, c’est dans un silence assourdissant que sa disparition continue d’être ignorée y compris par ceux qu’il a soutenus, parfois au péril de sa propre liberté.
Le 9 juillet 2024, Foniké Menguè et son camarade de lutte Mamadou Billo Bah étaient enlevés, en pleine journée, dans la capitale d’un État censé avoir rompu avec les pratiques de l’ancien régime. Leur tort ? Avoir appelé à manifester contre la répression brutale de la presse, après le retrait de licence de médias majeurs du paysage guinéen : Espace FM et TV, Djoma, FIM, Sweet FM…
Un an plus tard, aucune information crédible n’a été fournie sur leur sort. Aucune enquête indépendante. Aucun acte de justice. Rien, sinon le mutisme.
Mais ce qui choque autant que l’enlèvement lui-même, c’est l’amnésie collective qui l’entoure. Où sont passés les patrons de presse que Foniké défendait ? Où sont les déclarations communes, les communiqués de soutien, les éditos courageux ? Où sont les associations professionnelles qui, hier encore, dénonçaient les atteintes à la liberté d’informer ?
Rien.
Est-ce la peur qui paralyse les voix ? L’opportunisme qui fait taire les plumes ? Ou, pire encore, la banalisation du pire, cette lente habituation à l’inacceptable ?
Certes, la peur est réelle. Les journalistes guinéens travaillent dans un climat délétère, entre intimidations, suspensions de fréquences, pressions financières et surveillance constante. Mais si même la presse, dont la mission est de dire l’indicible, abdique face à l’injustice, qui parlera encore dans ce pays ?
Foniké Menguè a payé le prix fort pour avoir défendu la presse. Aujourd’hui, c’est la presse qui semble l’avoir oublié.
Mais l’Histoire, elle, ne l’oubliera pas. Elle se souviendra de ceux qu’on a fait taire. Mais elle retiendra aussi ceux qui ont choisi de se taire.
Et il est encore temps de changer cela.
#FreeFoniké #FreeBillo #JusticePourTous
— conakrylemag




