
Nzérékoré : une bousculade meurtrière et un pouvoir accusé de dissimulation
Le 1er décembre 2024, le plus grand stade de Nzérékoré a été le théâtre d’une tragédie. Ce qui devait être une simple finale de tournoi de football s’est transformé en cauchemar, avec une bousculade meurtrière ayant fait 56 morts selon le bilan officiel, mais au moins 140 d’après un collectif d’ONG.
Ce vendredi 14 février 2025, après plus de deux mois d’enquête, le collectif des organisations de défense des droits de l’homme de Nzérékoré a rendu public son rapport accablant. Derrière les chiffres, c’est une vérité bien plus sombre qui se dessine : celle d’une tentative de dissimulation par les autorités.
Un événement à la gloire de Doumbouya qui vire au drame
Ce tournoi de football, organisé sous le sceau de la propagande officielle, était censé exalter la figure du président de transition, Mamadi Doumbouya. Dans une région où le pouvoir tente de rallier les populations à sa cause, l’événement devait être une démonstration d’unité. Il s’est finalement mué en un symbole de chaos et d’incompétence.
Les témoignages recueillis par les ONG sont édifiants : un stade surchargé, des portes verrouillées, une organisation défaillante et une sécurité totalement dépassée. Quand la foule a tenté d’évacuer dans la confusion, la catastrophe est devenue inévitable. Femmes, enfants, jeunes supporters ont été piétinés dans une marée humaine incontrôlable.
Un bilan sous-estimé, des responsabilités évacuées
Si le gouvernement a rapidement annoncé 56 morts, le collectif des ONG parle de 140 victimes au minimum. Pourquoi un tel écart ? Parce que, selon le rapport d’enquête, les autorités auraient volontairement minimisé l’ampleur du drame.
Plusieurs hôpitaux de la région auraient reçu bien plus de corps que le chiffre officiel ne le laisse entendre. Des familles auraient été intimidées pour ne pas s’exprimer, et certaines victimes auraient été enterrées dans la précipitation, sans qu’aucun décompte précis ne soit établi.
Pire encore, aucune sanction réelle n’a été prise contre les responsables de l’événement. Pas de démission, pas de mise en cause directe, seulement des communiqués lénifiants appelant à la « prière pour les défunts ».
Un drame symptomatique d’un pouvoir autoritaire
Ce scandale illustre une fois de plus la manière dont le régime militaire de Doumbouya gère la Guinée avec opacité et mépris des réalités. La propagande a pris le pas sur la responsabilité, et le culte du chef semble plus important que la vie des citoyens.
En voulant instrumentaliser le sport à des fins politiques, le pouvoir a exposé des centaines de Guinéens à un danger mortel. Aujourd’hui, il refuse d’assumer ses responsabilités et préfère étouffer l’affaire.
Mais combien de temps encore la vérité pourra-t-elle être masquée ? L’histoire l’a prouvé : les régimes qui mentent à leur peuple finissent toujours par être rattrapés par la réalité.
Oumar Sylla pour conakrylemag
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