Après le décret, il y a une vie : Réflexion d’Al Souaré sur l’indépendance économique en Guinée
Après le décret, il y a une vie : Réflexion d’Al Souaré sur l’indépendance économique en Guinée
Une réflexion au cœur des enjeux guinéens
Le journaliste, animateur et entrepreneur guinéen Al Souaré partage une réflexion profonde sur les réseaux sociaux, intitulée « Réflexion du week-end ». Sous un ton à la fois introspectif et engagé, il aborde un sujet sensible : la dépendance excessive envers les décrets et les postes publics en Guinée, au détriment d’une économie privée florissante. À travers un parallèle avec d’autres nations où les champions locaux et les jeunes entrepreneurs prospèrent, Souaré appelle à un changement de paradigme. Cet article explore les idées centrales de sa réflexion, analyse leur pertinence dans le contexte guinéen, et propose des pistes pour un avenir économique plus équilibré.

Le mythe du décret : Un symbole de réussite contesté
Dans sa réflexion, Al Souaré pointe du doigt une réalité sociale marquée par la quête effrénée du « décret », c’est-à-dire l’obtention d’un poste ou d’une nomination publique. En Guinée, poser en photo avec une personnalité influente suffit souvent à alimenter les rumeurs d’une ambition décrétoire. Cette obsession, selon lui, reflète une mentalité où le succès est associé à l’appartenance à une élite bureaucratique, plutôt qu’à l’initiative personnelle ou entrepreneuriale.
« Après le décret, il y a une vie. »
Souaré souligne une fracture sociale : une minorité s’embourgeoise grâce à ces décrets, tandis qu’une majorité lutte pour espérer intégrer ces rangs. Il remet en question cette logique en affirmant : « Après le décret, il y a une vie. » Une phrase répétée comme un mantra, suggérant que la satisfaction tirée de ces nominations est souvent illusoire. Il va jusqu’à suggérer que ceux qui ont obtenu ces postes les refuseraient aujourd’hui s’ils en avaient l’occasion, malgré le devoir patriotique que représente le service public.
Un contraste saisissant avec l’étranger
Pour appuyer son propos, Souaré dresse un parallèle avec d’autres pays où l’économie privée prospère. Il évoque des environnements d’investissement sûrs qui forment des champions locaux, des hommes d’affaires prospères et plus de 22 000 millionnaires ou jeunes fortunés. Ce chiffre, bien que non sourcé précisément, illustre un contraste frappant avec la Guinée, où l’activité économique semble stagner sous le poids de la dépendance étatique.
Cette comparaison met en lumière un modèle alternatif : là où d’autres nations encouragent l’innovation et l’entrepreneuriat, la Guinée reste ancrée dans une logique de redistribution des ressources publiques. Souaré invite à s’inspirer de ces exemples pour repenser les priorités nationales.
Les nouveaux griots : Une critique des réseaux d’influence
Une des observations les plus percutantes d’Al Souaré concerne l’émergence de « nouveaux griots des temps modernes ». Ces intermédiaires, souvent influents, auraient un accès privilégié aux dirigeants et aux hiérarchies, au point de devenir des « faiseurs de médiocres ». Il déplore une situation où rencontrer un ministre nécessite parfois de passer par des figures peu qualifiées, un symptôme d’un système où les relations priment sur le mérite.
Cette critique touche à un problème structurel : la politisation excessive des opportunités, qui étouffe les talents authentiques et détourne l’attention des enjeux économiques réels. Pour Souaré, cette dynamique freine le développement et perpétue une culture de dépendance.
Un appel à l’indépendance économique
Face à ce constat, Al Souaré propose une solution claire : promouvoir l’indépendance économique. Il appelle à renforcer les secteurs privés, à faciliter l’octroi de crédits d’investissement et la levée de fonds, afin de stimuler la création d’entreprises et d’emplois. « Il n’est pas possible que tout le monde circule avec un décret en poche ; l’État ne peut pas tout faire », écrit-il, soulignant les limites d’une économie portée uniquement par le secteur public.
Son message personnel résonne : il ne souhaite pas un décret, mais un accès aux marchés pour se développer. En tant qu’entrepreneur, il incarne une alternative concrète, plaidant pour un écosystème où l’initiative individuelle peut prospérer sans dépendre des faveurs politiques.
Le contexte guinéen : Une économie en transition
Cette réflexion s’inscrit dans un contexte guinéen marqué par des défis économiques persistants. Malgré des richesses naturelles comme la bauxite et l’or, le pays peine à diversifier son économie. Le secteur privé reste sous-développé, freiné par des infrastructures limitées, un accès difficile au crédit et un climat d’investissement incertain, surtout depuis la transition politique initiée par la junte en 2021. Avec un taux de chômage élevé, notamment chez les jeunes, l’appel de Souaré à encourager l’entrepreneuriat trouve un écho particulier.
La récente suspension de partis politiques comme l’UFDG et le RPG, annoncée le 22 août 2025, ajoute une couche de complexité. Dans un climat politique tendu, les initiatives économiques risquent d’être éclipsées par les luttes de pouvoir, rendant l’appel à l’indépendance encore plus urgent.
Limites et défis de la proposition
Si l’idée d’Al Souaré est séduisante, elle fait face à des obstacles majeurs. Renforcer le secteur privé nécessite des réformes structurelles : améliorer les infrastructures, garantir la sécurité juridique pour les investisseurs, et former une main-d’œuvre qualifiée. L’octroi de crédits d’investissement, par exemple, suppose un système bancaire robuste, encore embryonnaire en Guinée. De plus, la culture entrepreneuriale, bien qu’en émergence, doit surmonter les barrières culturelles et sociales liées à la quête du décret.
Souaré lui-même reconnaît implicitement ces défis en restant dans « l’esprit » tout en prônant l’action. Son plaidoyer est un point de départ, mais sa concrétisation dépendra de la volonté politique et de la mobilisation collective.
Une inspiration pour les jeunes
En tant que journaliste, animateur et entrepreneur, Al Souaré se positionne comme un modèle. Sa réflexion s’adresse particulièrement aux jeunes Guinéens, souvent tentés par la voie publique pour assurer leur avenir. En prônant l’indépendance économique, il les invite à innover, à créer, et à s’émanciper d’un système qu’il juge obsolète. Cette vision pourrait inspirer une nouvelle génération d’acteurs économiques, à condition qu’elle soit accompagnée de soutiens concrets.
Vers un avenir économique diversifié
La réflexion d’Al Souaré, partagée ce week-end, ouvre un débat essentiel sur l’avenir de la Guinée. « Après le décret, il y a une vie » devient un slogan pour repenser la réussite, non comme un privilège politique, mais comme le fruit d’un effort personnel et collectif. Renforcer le secteur privé, faciliter l’accès aux marchés et encourager l’entrepreneuriat sont des étapes nécessaires pour réduire la dépendance à l’État.
Alors que la Guinée se trouve à un carrefour, entre transition politique et défis économiques, cette prise de position invite à un changement de perspective. Si les idées de Souaré trouvent un écho auprès des décideurs et des citoyens, elles pourraient poser les bases d’une société plus autonome et prospère, où le décret ne serait plus le seul horizon.
Une lueur d’espoir en mouvement
La réflexion d’Al Souaré, portée par son expérience et sa passion, n’est pas qu’une critique : c’est une invitation à l’action. En ce samedi d’août 2025, alors que le pays digère les soubresauts politiques, son message résonne comme une lueur d’espoir. La Guinée a les ressources et les talents pour se réinventer ; il ne reste qu’à transformer cette vision en réalité, pas à pas, loin des décrets et proches des rêves d’indépendance.
— conakrylemag




