Ton arme, toi-même. Ton bouclier, toi-même.

Ton arme, toi-même. Ton bouclier, toi-même.

Jeune volontaire au combat comme un tirailleur sénégalais. Ton arme, toi-même. Ton bouclier, toi-même.

En septembre 2000, tu étais tout joyeux de porter l’uniforme militaire. Tu as été désigné par des civils qui ont formulé pour un toi un message d’encouragement : Tu es venu d’un petit village de Nongoa, Ouéndé Kènèma, Temessadou Djigbo ou même Fangamadou. Pour la première fois, tu venais t’installer dans une ville peuplée.
Tu n’avais pas de salaire. Tu es jeune volontaire. Le travail à abattre avait toute sa complexité et on a juste pu t’apprendre le maniement de l’arme.

La tactique de la guerre, tu l’as apprise pendant la guerre. Et tu étais devant. Ton propre bouclier et le bouclier de ceux qui sont sensés te défendre. Nous défendre.

Les amulettes des grands conservateurs et guérisseurs de chez nous, t’ont été d’une certaine utilité. Elles t’ont fait croire qu’une balle ne pouvait pas t’atteindre. Mais la balle est ce qu’elle est. Tu es tombé à Kangoh, Solondonin et Seylannin.

Tu es tombé dans le piège des miliciens venus défendre notre ville. Tu es tombé, tu t’es donné en sacrifice. Personne ne t’a dit merci. Au contraire l’Etat t’a menti.
Il ne nous reste qu’à te dire merci. Merci de ce que tu as accepté de te soustraire de la population pour souffrir.

Merci de ce que tu as abandonné tes parents pour t’engager dans un combat qui n’était pas le tien. Tu l’as gagné sans doute. Non pas parce que tu as pu éviter à la Guinée, des morts, mais parce que tu as montré que tu aimais ta préfecture. Tu as prouvé que tu tenais à ta ville.

Il y avait de quoi. Cette ville a été un centre de négoce par excellence. Et tu as appris à faire du business, lorsque tu n’avais pas cours.

Tu as appris à échanger avec tous les guinéens quelque soient leurs origines. Parce que très vite, tu as su parler toutes les langues pour mieux comprendre les compatriotes venus des autres préfectures.

Et comme toujours, pour toi, l’étranger est à accueillir et respecter. C’est toi seul qui peux céder la place à l’étranger et comme ça depuis longtemps, tu as quitté le cœur de ta propre ville.

Jeune volontaire, voilà 19 ans que tu as préféré te taire sur tes propres souffrances. Tu n’en parles à personne. Ton chagrin est notre chagrin. Tu es abandonné et cela ne semble pas déranger une certaine opinion.

Pourtant, c’est bien ton sang versé dans les cours d’eau Waou, Boya et Mafissa qui a apporté le calme et la sécurité. Ton sang versé sur les sentiers qui mènent aux villages frontaliers a empêché un carnage. Ton sang versé dans les dédales des rochers aujourd’hui abandonnés a maintenu la ville débout. Ton sang versé sur le sable mouillé de la Makona, a fait fuir l’assaillant. C’est ton sang versé qui nous a laissé en vie.

Jeune volontaire, tu es volontaire. Tu reste volontaire. Pour ton pays et ta ville. Pour tes frères et sœurs. Tu es jeune. Et tu demeure grand.

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