
Bah Oury en tournée : gouverner ou préparer le terrain pour Doumbouya ?
Face aux critiques croissantes sur la « tournée en immersion » du gouvernement, le Premier ministre Bah Oury tente de calmer le jeu. « Nous ne sommes pas en campagne », assure-t-il, tentant de dissiper les soupçons selon lesquels cette tournée massive à travers le pays ne serait qu’une pré-campagne déguisée en faveur de Mamadi Doumbouya.
Mais dans un pays où chaque déplacement officiel se transforme en meeting pro-CNRD, difficile de croire à cette version. Le gouvernement joue-t-il la carte du dialogue ou celle de la propagande ?
Une opération aux allures de campagne électorale
Depuis plusieurs semaines, les membres du gouvernement sillonnent le pays, multipliant les promesses et les mises en scène de proximité. Partout, le même discours : le CNRD a fait du bien au pays, il faut continuer sur cette lancée.
- Des discours populistes, axés sur « l’écoute du peuple » et la nécessité de « poursuivre la refondation ».
- Un usage massif des ressources de l’État : déplacements officiels, communication orchestrée par la RTG, meetings financés avec l’argent public.
- Une opposition réduite au silence, incapable de mener une véritable campagne dans un climat politique verrouillé.
Si ce n’est pas une campagne électorale, alors qu’est-ce que c’est ?
Bah Oury, un fusible pour Doumbouya ?
En cherchant à désamorcer la polémique, Bah Oury joue un rôle trouble. Lui qui s’est toujours présenté comme un homme de dialogue se retrouve aujourd’hui à défendre un exercice de communication à sens unique, où le pouvoir parle et le peuple écoute.
Son rôle semble clair : servir de caution démocratique à une transition qui, en réalité, prépare le maintien des militaires au pouvoir.
- S’il ne s’agit pas d’une campagne électorale, pourquoi cette tournée maintenant, à quelques mois des échéances ?
- Pourquoi le gouvernement se lance-t-il dans un tel déploiement de moyens alors que la priorité devrait être l’organisation des élections ?
- Si Doumbouya n’est pas candidat, pourquoi tant d’efforts pour vanter les réalisations de la transition ?
Autant de questions auxquelles Bah Oury peine à répondre, préférant nier l’évidence.
Vers une élection sans surprise ?
Tout porte à croire que la junte prépare le terrain pour imposer Mamadi Doumbouya comme « candidat naturel », après avoir verrouillé tout le processus électoral.
- Des ministres qui battent campagne sans l’avouer.
- Une opposition muselée et un climat politique étouffant.
- Une population bombardée de discours pro-CNRD sans possibilité de contrepoids.
Si le pouvoir voulait organiser une élection crédible, il garantirait un accès équitable aux médias, une liberté de mouvement pour l’opposition, et surtout, il clarifierait dès maintenant la position de Mamadi Doumbouya.
Mais à la place, on assiste à une campagne qui ne dit pas son nom, où l’État se mobilise non pas pour organiser une transition démocratique, mais pour s’assurer de sa propre continuité.
Et pendant ce temps, Bah Oury tente de faire croire que tout ceci n’a rien d’électoral. Mais qui peut encore le croire ?
Binta Barry pour conakrylemag.com
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