Les perles de sankaraA LA UNE
Connaître pour dominer ou connaître pour construire ?
Connaître pour dominer ou connaître pour construire ?
« …Bien avant le terrorisme, les Occidentaux ont envoyé leurs ethnologues, sociologues, anthropologues dans tous les villages et hameaux de culture en Afrique pour étudier nos valeurs et s’en accaparer, et surtout nos divergences afin de les exploiter pour nous diviser et nous dominer… » (Tinga Martin Sawadogo)
Cette remarque incisive de Tinga Martin Sawadogo expose une réalité encore vivace : la connaissance de l’autre, quand elle est biaisée par des visées hégémoniques, devient un redoutable outil de domination.
Aujourd’hui, cette entreprise de pénétration subtile de nos sociétés ne passe plus uniquement par les savants en blouse ou les chercheurs en safari, mais s’opère sous des formes plus séduisantes, apparemment désintéressées. À travers des organismes tels que les « Volontaires du service civique » ou le « Corps de la Paix », des jeunes filles et garçons occidentaux sont envoyés dans nos zones rurales, au nom de la coopération et du développement.
Leur intégration est souvent exemplaire : à l’instar de cette jeune demoiselle vue récemment en Guinée s’exprimant avec aisance en pular à la télévision. Un exploit linguistique que beaucoup ont salué, sans toujours interroger ce qu’il pourrait sous-tendre.
Car si ces présences s’inscrivaient dans une réelle dynamique d’échange culturel sincère, elles seraient salutaires. Mais les leçons de l’histoire, et les récurrences du présent, suggèrent que ce savoir sur l’autre vise encore trop souvent à le contrôler, non à l’élever ; à identifier ses failles, non à valoriser ses forces. Dans ces circonstances, il s’agit ni plus ni moins que de l’espionnage !
Les peuples africains ne sauraient s’opposer à la curiosité intellectuelle ou à la coopération internationale. Mais celle-ci doit être fondée sur la réciprocité, l’honnêteté et le respect mutuel. Il ne s’agit plus d’être l’objet d’une enquête, d’un rapport ou d’un programme, mais de devenir acteur de partenariats transparents où la connaissance de l’autre sert à construire ensemble, et non à se servir de lui.
Connaître l’autre ne doit jamais signifier le posséder, mais toujours le comprendre, pour l’enrichissement mutuel.
Abdoulaye Sankara Abou Maco
PAR CONAKRYLEMAG.COM
— conakrylemag
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