A LA UNEAfriqueLes perles de sankara
Côte d’Ivoire – Bénin : une extradition infamante qui trahit le droit international
Par Abdoulaye Sankara (Abou Maco), journaliste
Côte d’Ivoire – Bénin : une extradition infamante qui trahit le droit international
Dans le silence pesant des chancelleries et l’indifférence complice des grandes capitales occidentales, un acte d’une gravité inédite s’est déroulé à l’ombre des projecteurs médiatiques : l’extradition, par la Côte d’Ivoire, du journaliste béninois et défenseur des droits humains Hugues Comlan Sossoukpè vers son pays d’origine, le Bénin, où il encourt aujourd’hui de lourdes représailles. Peut-être même la mort.
Une violation manifeste du droit international.
Fondateur du journal Olofofo, désormais interdit au Bénin, Sossoukpè est connu pour ses écrits sans concession contre le régime de Patrice Talon. Réfugié au Togo avant de se rendre en Côte d’Ivoire sur « invitation officielle pour couvrir un événement médiatique », il a été interpellé le 10 juillet dernier à Abidjan, malgré son statut international de réfugié. Un piège ? Tout le laisse penser.
Transporté menotté vers Cotonou par avion privé affrété à ses frais par l’État ivoirien, le journaliste a été présenté le 14 juillet au juge des libertés de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET). Inculpé pour cyberharcèlement, incitation à la rébellion, apologie du terrorisme et incitation à la haine, il a été placé sous mandat de dépôt, malgré le statut qui aurait dû lui garantir une protection internationale.
Il est difficile d’imaginer plus grande entorse à la Convention de Genève sur les réfugiés, que cette remise entre les mains d’un pouvoir notoirement répressif envers la presse indépendante. Les autorités ivoiriennes, censées protéger un réfugié politique, se sont transformées en bras armé d’un régime autoritaire.
Deux poids, deux mesures ?
Ce zèle surprenant à l’égard d’un journaliste critique soulève d’autant plus de questions que, sur le même sol ivoirien, sont installés et prospèrent sans crainte d’extradition plusieurs journalistes burkinabè, dont les liens présumés avec des groupes terroristes sont pourtant documentés.
Parmi eux, Newton Ahmed Barry (ancien président de la CENI et réfugié en France, mais souvent présent à Abidjan), Alpha Barry (ancien journaliste de RFI et ex-ministre des Affaires étrangères), Abdoulaye Barry, Issaka Lingani, Ladji Yacouba Bama ou encore Alassane Conombo (dernières images). Tous jouissent d’une liberté intacte en Côte d’Ivoire. Pourtant, leurs publications, vidéos et commentaires abondent dans le sens d’une collusion idéologique avec les groupes terroristes du JNIM, au point que certaines sources sécuritaires burkinabè les désignent comme des relais médiatiques de la déstabilisation du pays. D’ailleurs, des mandats d’arrêt ont été lancés contre eux devant l’indifférence ou plutôt le mépris d’Abidjan.
Leurs communications sont si rapides et précises après chaque attaque terroriste, souvent avant même que les autorités de l’AES n’aient le temps de réagir, qu’on peine à croire à de simples coïncidences.
Ouattara-Talon : les derniers soldats de la Françafrique
Ce deux poids, deux mesures n’est pas anodin. Il s’inscrit dans une logique politique plus large. Alassane Ouattara et Patrice Talon, piliers de l’axe néolibéral francophone et figures dociles de la Françafrique, sont les derniers fidèles d’Emmanuel Macron dans une CEDEAO désormais fragmentée. Les deux chefs d’État, chantres du statu quo postcolonial, ont ouvertement appelé à une intervention militaire contre le Niger après le renversement de Mohamed Bazoum, leur proche allié.
L’extradition du journaliste béninois s’apparente donc à un signal fort : celui de la volonté assumée d’étouffer toute voix dissidente dans la région, surtout lorsqu’elle ose soutenir ou défendre les gouvernements de transition de l’AES (Burkina Faso, Mali, Niger), en rupture totale avec l’ordre ancien.
Un précédent dangereux
Livrer un réfugié politique, c’est franchir une ligne rouge. C’est désacraliser le droit d’asile, piétiner les principes internationaux, et exposer chaque exilé à la menace d’un retour vers ses bourreaux. L’exemple d’Hugues Comlan Sossoukpè restera comme une tâche sombre sur la diplomatie ivoirienne, et un précédent lourd de conséquences pour la crédibilité de la CEDEAO, déjà fragilisée par ses propres incohérences.
À moins qu’il ne s’agisse simplement d’un avertissement à tous ceux qui, depuis l’étranger, osent s’opposer aux logiques d’inféodation, de clientélisme et de compromission. Car au fond, c’est peut-être cela qui dérange le plus : un journaliste libre, dans un espace que l’on croyait verrouillé.
Par Abdoulaye Sankara (Abou Maco), journaliste
PAR CONAKRYLEMAG.COM
— conakrylemag
Exprimez-vous ! Réagissez à cet article maintenant avec Facebook




