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ÉDITORIAL – Guinée : pourquoi 75 % des jeunes entreprises meurent avant deux ans

La réalité derrière les chiffres : une précarité entrepreneurialisée

ÉDITORIAL – Guinée : pourquoi 75 % des jeunes entreprises meurent avant deux ans

Par Conakrylemag


En Guinée, près de 75 % des entreprises naissantes ferment avant d’avoir fêté leur deuxième anniversaire. Cette statistique, que beaucoup balaient d’un revers de main comme une réalité du monde des affaires, est en réalité le symptôme d’une maladie bien plus profonde, enracinée dans les dysfonctionnements structurels de notre système économique. Il ne s’agit pas seulement de chiffres, mais d’un drame silencieux qui engloutit des milliers de rêves, de projets, de compétences et d’investissements, année après année.

Ce phénomène n’est pas anodin. Il ne peut plus être traité avec légèreté. Derrière chaque entreprise qui échoue, il y a souvent un jeune ou une jeune guinéenne, porteur de vision, qui a osé entreprendre dans un environnement notoirement difficile. Il y a un foyer qui comptait sur cette initiative pour sortir de la précarité, une famille qui espérait rompre avec le chômage, un quartier qui pouvait voir émerger un nouveau pôle d’activité. Chaque fermeture, chaque faillite, chaque abandon est une opportunité manquée, un gâchis économique et humain qui doit interroger l’ensemble des acteurs, du sommet de l’État jusqu’au citoyen lambda.


Une étude qui éclaire, un constat qui alarme

Une étude récente publiée dans le Journal of Economics, Finance and Accounting Studies (lien ici : Lire l’étude) propose une analyse rigoureuse de cette situation. L’auteur y identifie plusieurs facteurs structurels à l’origine de la forte mortalité des jeunes entreprises en Guinée. Parmi eux, cinq ressortent avec une acuité particulière :

  1. Le manque de soutien institutionnel efficace : Les structures censées accompagner les porteurs de projet sont soit inexistantes, soit dysfonctionnelles, soit totalement déconnectées des réalités du terrain. Trop souvent, les jeunes entrepreneurs se retrouvent seuls face à une administration lourde, peu réactive et parfois même contre-productive.
  2. Un accès au financement extrêmement limité : Le crédit bancaire reste un mirage pour la majorité des jeunes entreprises. Les conditions d’accès sont inadaptées, les taux d’intérêt prohibitifs, et les garanties exigées hors de portée pour des jeunes sans patrimoine. Les dispositifs de financement alternatifs (fonds d’amorçage, business angels, capital-risque) sont quasi inexistants ou embryonnaires.
  3. Une faible capacité managériale : Beaucoup d’entrepreneurs se lancent sans avoir les compétences minimales en gestion, en marketing, en planification stratégique. Ce déficit de formation fragilise considérablement la résilience de leurs entreprises face aux chocs du marché ou aux erreurs de pilotage.
  4. Une déconnexion entre les politiques publiques et les réalités du terrain : Trop souvent, les politiques de soutien aux PME sont conçues de manière verticale, sans concertation, sans études de terrain, et surtout sans tenir compte des spécificités locales. Elles finissent par créer des dispositifs mal adaptés, lourds, inefficaces, voire contreproductifs.
  5. Un écosystème entrepreneurial encore trop fragile : L’environnement global dans lequel évoluent les jeunes entreprises – infrastructures, fiscalité, accès au marché, réglementation, réseaux de soutien – est encore trop peu structuré pour permettre une croissance durable.
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La réalité derrière les chiffres : une précarité entrepreneurialisée

Quand on parle d’un taux de mortalité de 75 %, cela veut dire que sur 100 jeunes entreprises créées aujourd’hui, seules 25 seront encore en activité dans deux ans. Cela veut dire aussi que chaque jour, des entrepreneurs guinéens voient s’effondrer leur rêve, souvent dans la solitude, sans filet, sans recours. Ils retournent au chômage, à la débrouille, ou, pire encore, à l’émigration forcée.

Cette situation a des conséquences économiques évidentes perte de croissance, destruction de valeur, stagnation de l’emploi – mais aussi des implications sociales et psychologiques majeures. Elle alimente la défiance à l’égard de l’économie formelle, elle démobilise les jeunes, elle entretient le cercle vicieux de l’informalité et de la pauvreté.


Un environnement entrepreneurial hostile par défaut

On ne le dira jamais assez : l’entrepreneuriat n’est pas un miracle individuel, mais le produit d’un environnement. Là où certains pays africains ont su créer des conditions favorables à l’éclosion de véritables écosystèmes d’innovation pensons au Rwanda, au Sénégal ou au Ghana la Guinée tarde à mettre en place les mécanismes fondamentaux de soutien à la création d’entreprises durables.

Le problème n’est pas le manque d’idées ni de talents la jeunesse guinéenne est inventive, audacieuse, ambitieuse. Le problème, c’est l’absence d’un cadre structurant, lisible et cohérent. C’est l’État qui proclame son soutien aux PME mais laisse prospérer une bureaucratie décourageante. Ce sont les banques qui jurent vouloir financer l’économie réelle, mais ne prennent aucun risque. Ce sont les centres de formation qui n’intègrent pas l’entrepreneuriat dans leurs cursus, préférant des schémas d’employabilité dépassés.

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Ce qu’il faut faire : de l’ambition, du courage et de la cohérence

Inverser cette tendance n’est pas impossible. Mais cela demandera une volonté politique réelle, une réforme en profondeur des institutions de soutien à l’entrepreneuriat, et une meilleure articulation entre le secteur public, le secteur privé et la société civile.

Voici quelques leviers d’action indispensables :

  • Renforcer la formation entrepreneuriale, dès le secondaire, dans les universités, les centres de formation professionnelle. Il faut enseigner la gestion, le leadership, la créativité, la résilience entrepreneuriale.
  • Créer et financer des incubateurs régionaux de qualité, capables d’accompagner sérieusement les porteurs de projets. Pas juste des espaces physiques, mais de véritables structures d’encadrement stratégique, juridique, financier, commercial.
  • Développer une politique de financement intelligente, en encourageant les fonds d’amorçage, les garanties publiques, les partenariats avec les banques, les plateformes de financement participatif, en s’inspirant des modèles qui fonctionnent ailleurs.
  • Adapter la fiscalité et la réglementation aux réalités des petites entreprises, en réduisant les charges excessives et en simplifiant les démarches.
  • Créer un cadre de dialogue régulier entre l’État et les entrepreneurs, pour co-construire des politiques publiques réellement ancrées dans les besoins du terrain.

Un choix de société

Finalement, la question du soutien à l’entrepreneuriat est aussi une question de modèle de société. Voulons-nous continuer à importer des solutions toutes faites, à organiser des salons d’entrepreneuriat sans lendemain, à applaudir des pitchs brillants qui ne débouchent sur rien ? Ou voulons-nous construire, patiemment mais résolument, un écosystème entrepreneurial guinéen robuste, inclusif et adapté à nos réalités ?

L’avenir de la jeunesse guinéenne passe par là. Car l’entrepreneuriat, bien plus qu’un levier de croissance, est une voie d’autonomie, d’émancipation et de transformation sociale. Encore faut-il lui donner les moyens de réussir.

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