Elie Kamano, la voix entravée : quand le CNRD confond passeport et camisole politique

Elie Kamano, la voix entravée : quand le CNRD confond passeport et camisole politique
La junte guinéenne, championne autoproclamée de la refondation morale, vient de franchir un pas de plus dans l’absurde. Après avoir muselé les partis politiques, condamné les leaders d’opinion, criminalisé la contestation pacifique et transformé les institutions en faire-valoir, voilà qu’elle s’attaque à un symbole de liberté individuelle : le droit de circuler. Et cette fois, la cible n’est pas un opposant politique classique, mais Elie Kamano, artiste, citoyen, activiste, et voix indocile de la jeunesse guinéenne.
Selon ses propres déclarations, le passeport guinéen d’Elie Kamano a été signalé à l’Interpol par les autorités de la transition. Motif officieux ? L’empêcher de voyager, l’isoler, le contraindre au silence. En résumé : étouffer son influence sans avoir à prononcer une condamnation. Une stratégie de l’étouffement administratif, aussi mesquine que révélatrice de la nervosité du pouvoir.
Car Elie Kamano n’a pas appelé à l’insurrection. Il n’a pas pris les armes. Il n’a pas dérobé des deniers publics. Il a parlé. Il a écrit. Il a chanté. Et dans une Guinée normalisée par la peur, où toute critique est vue comme une trahison, où l’indépendance intellectuelle est perçue comme un délit, cela suffit pour être ciblé.
Mais ce signalement n’est pas seulement une persécution. C’est un aveu de faiblesse. Si Mamadi Doumbouya et ses généraux craignent à ce point une chanson, une tribune, une publication Facebook, alors ils ne gouvernent pas : ils verrouillent.
Le régime prétend vouloir lutter contre la corruption et refonder l’État. Il commence par bloquer un passeport. Quelle grandeur. Quelle stratégie. Bloquer un activiste au lieu de bloquer les réseaux d’enrichissement illicite. Signaler un artiste plutôt que les fonctionnaires corrompus.
Ce passeport, rappelons-le, n’appartient ni à Doumbouya, ni au CNRD. Il est la propriété de la République de Guinée. En abuser à des fins politiques est une violation manifeste des droits fondamentaux.
Et pendant ce temps, à Interpol, silence radio. Le courrier de l’avocat de Kamano, Me Pépé Antoine Lamah, reste sans réponse. Comme si l’on attendait que le temps fasse son œuvre, que l’opinion se lasse, que la cible plie.
Mais Elie Kamano ne plie pas. Il dénonce, avec des mots, des textes, des mélodies. Et c’est peut-être cela qui dérange le plus : il reste debout.
Alors, que restera-t-il du rêve du CNRD, celui d’une Guinée refondée ? Des ateliers de lutte contre la corruption ? Des décrets tonitruants ? Des effets d’annonce sans lendemain ? Ou un pouvoir de plus en plus autiste, obsédé par le contrôle et la peur de perdre ?
Ce n’est pas Elie Kamano qui est affaibli par ce signalement. C’est l’État qui se déshonore.
On n’emprisonne pas une voix. On ne confisque pas un combat. Et le passeport d’un citoyen ne devrait jamais être l’otage d’un pouvoir en manque de légitimité.
— conakrylemag





