Enlèvement d’Abdoul Sacko : un bilan médical glaçant et une impunité qui interroge tout un pays
Un crime, zéro enquête : l’impunité institutionnalisée
Enlèvement d’Abdoul Sacko : un bilan médical glaçant et une impunité qui interroge tout un pays
Cinq mois. Cinq longs mois se sont écoulés depuis l’enlèvement brutal d’Abdoul Sacko, coordinateur du Forum des Forces Sociales de Guinée (FFSG). Cinq mois de silence assourdissant des autorités. Cinq mois où une victime emblématique, symbole de la société civile guinéenne, tente de survivre à des sévices qui rappellent les heures les plus sombres de notre histoire récente.
Ce vendredi 25 juillet 2025, le FFSG a brisé à nouveau le silence avec un communiqué détaillé. Et ce qu’il révèle dépasse le simple constat médical : c’est une radiographie implacable d’un système où la violence politique prospère à l’ombre de l’impunité.
Des séquelles qui en disent plus que les mots
Les derniers résultats médicaux sont sans appel. Une électroneuromyographie réalisée ce mois de juillet par un cabinet spécialisé en neurologie a mis en lumière l’étendue des dégâts. Les douleurs musculaires intenses, s’étendant de la tête aux membres supérieurs, surtout du côté droit, témoignent de traumatismes lourds et répétés.
Le rapport médical ne se contente pas de décrire des blessures. Il raconte une histoire. Celle d’un homme soumis à des techniques de torture ciblant la tête et les membres supérieurs, de pertes de conscience répétées et de violences si intenses qu’elles laissent des séquelles neurologiques durables. Les kinésithérapies régulières, la rééducation du cou, des épaules, des côtes, ne sont pas seulement des soins : elles sont la preuve matérielle d’actes délibérés de brutalité.
Un crime, zéro enquête : l’impunité institutionnalisée
Mais ce qui glace le sang au-delà du rapport médical, c’est l’absence totale d’enquête. Le FFSG le rappelle noir sur blanc : ni la Coordination, ni les avocats, ni même la victime n’ont été informés de l’ouverture d’une quelconque procédure judiciaire. Cinq mois après. Cinq mois où le parquet, la gendarmerie et les services de sécurité gardent un silence complice.
Ce n’est pas seulement une affaire Sacko. C’est un miroir tendu à la Guinée d’aujourd’hui. Une Guinée où des citoyens peuvent être enlevés, torturés, laissés pour morts, sans que l’État n’ait même l’élan d’ouvrir un dossier.
Une mécanique qui se répète : Foniké, Billo, Me Traoré…
Le cas Abdoul Sacko s’inscrit dans une série noire. En juillet 2024, les militants de la société civile Foniké Menguè et Billo Bah disparaissaient après avoir dénoncé la répression contre la presse. Un an après, ils restent introuvables. En juin 2025, c’est Me Mohamed Traoré, avocat et ancien bâtonnier, qui est enlevé, torturé, puis abandonné à demi mort. Là encore, aucune enquête tangible.
Même modus operandi : enlèvement ciblé, séquestration, violences, puis silence institutionnel. Le dossier Sacko vient confirmer ce que beaucoup craignent : une politique de terreur silencieuse, où la disparition et la torture deviennent des outils de gestion du pouvoir.
Un message politique derrière la violence
Pourquoi Abdoul Sacko ? Parce qu’il est une voix. Parce qu’il coordonne une plateforme qui a osé défier la junte sur ses engagements. Parce qu’il représente une société civile indépendante, capable de mobiliser au-delà des clivages politiques. Son enlèvement est un message envoyé à tous ceux qui voudraient s’opposer : « Nous pouvons vous faire taire, et personne ne vous protégera. »
Le FFSG, dans son communiqué, ne se trompe pas de cible. Derrière les ravisseurs anonymes, il y a des structures, des chaînes de commandement, des silences volontaires.
Un appel à rompre la peur
Le communiqué de ce 25 juillet est aussi un appel. Aux médecins, avocats, journalistes, défenseurs des droits humains. À la population. À la communauté internationale. L’affaire Sacko ne peut pas être enterrée sous les dossiers de l’actualité.
La société civile guinéenne doit refuser de normaliser l’inacceptable. Car aujourd’hui, c’est Sacko. Hier, c’était Foniké. Demain, ce sera qui ?
Un pays face à lui-même
Cette affaire met la Guinée face à une question existentielle : voulons-nous d’un État qui protège ses citoyens ou d’un régime qui les broie ? Le mutisme des autorités n’est pas seulement une faute judiciaire. C’est un aveu. Celui d’un pouvoir plus prompt à protéger ses hommes qu’à rendre justice à ses victimes.
L’histoire retiendra autant les tortionnaires que ceux qui, par leur silence, auront permis cette dérive.
Communiqué intégral du FFSG
Déclaration du Forum des Forces Sociales de Guinée (FFSG)
Le Forum des Forces de Guinée porte à la connaissance de l’opinion nationale et internationale que, malgré les difficultés et la teneur des sévices qu’il avait subi, son Coordinateur M. Abdoul Sacko est toujours sous soin, avec l’espoir de se rétablir dans de meilleurs délais.
En effet, les derniers résultats de l’ÉLECTRONEUROMYOGRAPHIE en ce mois de juillet 2025, par un Cabinet spécialisé en Neurologie-Maladie du Système Nerveux, ont diagnostiqué l’origine des douleurs musculaires qui s’étend de la tête aux membres supérieurs, de façon plus intense du côté droit. Ce qui a nécessité d’autres traitements dont des séances de Kinésithérapie au niveau du cou en plus des membres supérieurs et les côtes.
De ces dernières évolutions dans le traitement, il apparaît que la situation était beaucoup plus complexe qu’elle ne le laissait présager au départ avec des douleurs aussi intenses soient-elles causées par des blessures et enflures sur le dos, les membres supérieurs et surtout au niveau des dix (10) doigts.
Au regard de ces conclusions, il reste incontestable que durant les épisodes de perte de connaissance de Monsieur Sacko, ses ravisseurs ont recouru à des sévices et autres techniques de tortures au niveau de la tête, qui se sont manifestés au fil du temps.
Malheureusement, jusqu’au moment où nous rédigeons ce communiqué, ni nous membres de la Coordination des Forces Sociales, ni le collectif des Avocats et moins la principale victime (M. Sacko), n’avons connaissance d’une ouverture quelconque d’enquêtes par les services compétents du pays autour de ce crime ignoble, perpétré de plus de cinq (5) mois.
Avec les efforts fournis par tous (Médecins, Avocats, Médias, Collaborateurs, Organisations de défense des droits de l’Homme, Partenaires, Populations, Amis et Anonymes), nous restons confiants qu’à la suite des traitements prescrits, Monsieur Abdoul Sacko pourrait reprendre ses activités au service de la République et des droits, après un contrôle médical général.
Conakry, le 25 juillet 2025
La Coordination du FFSG
— conakrylemag




