Guinée : Scandales financiers ou chasse aux sorcières ?

Guinée : Scandales financiers ou chasse aux sorcières ?
En Guinée, une série d’accusations financières secoue l’administration publique. Entre quête légitime de transparence et règlements de comptes politiques, où s’arrête la vérité ? Décryptage d’un climat délétère qui menace la crédibilité des institutions.
Conakry, Guinée – Ces derniers mois, les scandales financiers se multiplient en Guinée, alimentant un climat de suspicion généralisée. Si la lutte contre la corruption est une priorité, certaines accusations semblent davantage motivées par des intérêts personnels ou ethno-régionaux que par une réelle volonté de justice.
► Des accusations à géométrie variable
Récemment, le directeur de la LONAGUI (Logistique Nationale Guinéenne) a été accusé de détournement pour avoir refusé de verser des fonds ailleurs qu’au Trésor public, conformément à la loi. Puis, c’est le patron de l’ANAIM (Agence Nationale d’Aménagement des Infrastructures Minières), pourtant primée parmi les meilleures sociétés publiques en 2025, qui a été visé pour une affaire de véhicules attribués à ses collaborateurs. Des dossiers qui, selon des observateurs, cachent mal des luttes de pouvoir et des ambitions personnelles.
► Les réseaux sociaux, nouveaux tribunaux populaires
Sur Facebook et Twitter, les accusations fusent, souvent sans preuves tangibles. « Ces campagnes médiatiques hasardeuses nuisent à la crédibilité des institutions et alimentent un climat de défiance », déplore un expert en gouvernance. Les réseaux sociaux, bien que vecteurs de transparence, se transforment parfois en arènes de règlements de comptes, où l’émotion l’emporte sur la raison.
► Une justice sous pression
La Direction Centrale des Investigations Judiciaires de la gendarmerie est régulièrement pointée du doigt pour ses « règlements à l’amiable », perçus comme opaques et peu crédibles. « Pour rétablir la confiance, il faut systématiquement porter ces affaires devant la justice, même devant la CRIEF (Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières), malgré ses controverses », insiste un avocat spécialisé.
► Le risque d’une instrumentalisation politique
Derrière ces scandales se cachent souvent des ambitions politiques. « Certains individus inventent des affaires pour déstabiliser leurs rivaux et s’approprier des postes », dénonce un analyste. Cette pratique, si elle n’est pas endiguée, risque de saper les efforts de réforme engagés par le CNRD (Comité National du Rassemblement pour le Développement).
Enjeu : Comment concilier transparence et crédibilité dans un contexte où les accusations servent trop souvent des intérêts personnels ?
→ À méditer : « La lutte contre la corruption doit être menée avec rigueur, mais sans tomber dans la chasse aux sorcières. Sinon, c’est l’État de droit tout entier qui en pâtit », rappelle un expert.
Sources : Rapports de Transparency International, analyses locales sur la gouvernance en Guinée, entretiens avec des acteurs judiciaires (février 2024).
Binta Barry pour conakrylemag.com
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