Danda Diallo
Danda Diallo
Temps de lecture : 6 minutes

Bonjour à tous. Danda Diallo, jeune entrepreneur guinéen qui a fondé l’incubateur « Ose Ton Emploi », nous offre son témoignage sur son expérience de l’entrepreneuriat et des start-ups incubé chez « Ose Ton Emploi ». Nous espérons que vous prendrez également plaisir à lire cette entrevue.

…arrêter de pointer du doigt les autres au regard de tout ce qui ne marche pas dans notre pays….

Bonne lecture à vous.

*Conakrylemag.com Pouvez-vous vous présentez à nos lecteurs et nous en dire plus sur l’incubateur « Ose Ton Emploi » ? 

*Danda Diallo :  Bonjour, je m’appelle Alpha Mamoudou Danda Diallo, Diplômé en Gestion d’entreprise. J’ai 12 ans d’expériences dans l’accompagnement des entrepreneurs notamment dans la formation, le financement des projets, le mentorat et l’appui-conseils aux jeunes entrepreneurs.

Je suis formateur GERME (Gérez Mieux votre Entreprise) depuis 2007, un programme du Bureau International du Travail (BIT), et formateur Business Edge de IFC. J’ai formé plusieurs centaines de jeunes et femmes candidats à l’entrepreneuriat ou chefs d’entreprises dans divers modules de création et gestion d’une petite entreprise.

Pendant plus de 2 ans j’ai été responsable d’un fonds revolving de financement des projets de jeunes et de femmes à Conakry et à l’intérieur du pays au sein de l’Agence Autonome d’Assistance aux Entreprises (3A Entreprises). J’ai ainsi contribué à formuler et mettre en place des centaines de petites entreprises dans les quatre régions de la Guinée pour un financement global de plusieurs milliards de francs guinéens.

L’Incubateur Ose Ton Emploi est le fruit d’un long processus qui a commencé par une volonté évidente de contribuer à changer des mentalités et à décourager les jeunes à s’engager dans l’aventure de l’immigration irrégulière au risque de perdre leurs économies et leur vie pour promouvoir l’aventure entrepreneuriale, de l’auto-emploi.

Ose Ton emploi

En Octobre 2017, j’ai entrepris des actions de promotion de l’entrepreneuriat innovant sur les médias sociaux sous le slogan « Ose Ton Emploi » en publiant des messages et vidéos pointus. Ensuite, j’ai décidé d’aller plus loin en s’appuyant sur mes compétences et expériences dans la formation et accompagnement.

J’ai volontairement décidé, au titre de ma contribution, de former 250 jeunes et j’ai bénéficié pour cela de la confiance du Ministère de la jeunesse qui a mis à disposition la salle de réunion du département. Tous les samedis je formais gratuitement des jeunes sur « l’entrepreneuriat et la création d’une startup » pendant plus de 2 mois.

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Au regard des résultats enregistrés et des circonstances de la vie qui m’ont amené à faire face à mon destin autrement, j’ai décidé de démissionner de mon travail et de structurer l’initiative « Ose Ton Emploi » pour en faire un incubateur, un dispositif au service de la promotion de l’entrepreneuriat innovant et de l’accompagnement des jeunes porteurs d’idées.

* Conakrylemag.com Vous avez décidé de créer votre propre entreprise à la fin de vos études. Comment en êtes-vous arrivé là ?

*Danda Diallo : Après mes études, j’ai travaillé comme salarié plus de 10 ans sur de nombreux maillons de la chaine d’accompagnement des entrepreneurs. Je n’avais pas encore en tête et je ne pouvais imaginer que je me retrouverai un jour à créer et développer un incubateur.

Je peux vous dire qu’à présent je comprends l’expression qui dit

« C’est en aidant les autres à réussir eux-mêmes que l’ont peut réussir d’avantage et plus rapidement ».

J’ai été porté par cette volonté à faire plus tous les jours. J’ai investi mon argent propre, mes compétences et surtout de la rigueur sur moi-même dans ce processus de création.

Je suis encore loin de la réussite, mais après un an et demi d’existence, les résultats réalisés me donnent plus de raisons de continuer cette aventure.

* Conakrylemag.com Faites-vous face à beaucoup de concurrence ? Quelle stratégie avez-vous adopté afin de relever ce défi ?

*Danda Diallo : A l’étape actuel de l’écosystème entrepreneurial guinéen, il n’ya pas de raison de parler de concurrence entre structures d’accompagnements.

L’entrepreneuriat est une nouvelle dynamique en Guinée. Comparé aux pays de la sous-région, nous avons énormément à faire pour structurer l’écosystème et faire de l’entrepreneuriat un véritable levier d’insertion des jeunes, de création d’emploi et de la croissance.

L’écosystème est naissant et très fragile malgré le buzz sur l’entrepreneuriat. Les structures d’accompagnements, à peines 5, sont jeunes et fonctionnement elles même en mode startup. Elles sont encore entrain de tester pour validation les offres d’accompagnement, les modèles économiques sur le marché.

Elles n’ont pas forcement la capacité de mobiliser et dérouler un programme entrepreneurial de 300 000 dollars en moins de 3 mois. Les limites sont évidentes et agir en rang dispersé est une menace sur l’avenir de l’entrepreneuriat en Guinée.

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Au même moment, la jeunesse, de 0 à 35 ans constitue près de 78% de la population. Au sein de ce groupe, la tranche 15 à 35 ans, représente pas moins de 3.4 millions de Guinéens, en âge de travailler et dans l’attente du futur socio-économique. Où est la concurrence dans ce contexte ?

Nous avons plutôt l’obligation de réussir en formant des alliances stratégiques pour répondre efficacement aux attentes des jeunes et des partenaires techniques et financiers. Comme j’aime à le dire, personne ne fera ce travail à notre place.

*Conakrylemag.com Comment avez-vous financé la création de votre incubateur ?

*Danda Diallo : Du financement propre, des économies personnelles, des biens notamment mes ordinateurs et ma voiture mais aussi et surtout la vente d’expertise au format consultant ou sponsoring à divers partenaires. Ça nous génère des revenus qui nous permettent de démarrer et d’exister.

Je dois aussi souligner la contribution de 3A Entreprises qui nous a hébergé gratuitement dans des locaux équipés durant les 3 premiers mois, les plus critiques, de la vie de l’incubateur.

Financer la création d’une entreprise n’est pas uniquement mobiliser entièrement les fonds avant de démarrer les activités. Tout n’est pas argent et il faut savoir commencer petit pour grandir. C’est cette méthode qu’on enseigne aux jeunes que nous accompagnons.

*Conakrylemag.com Quelles ont été les principales difficultés auxquelles vous avez dû faire face?

*Danda Diallo : La principale difficulté est justement la limite des capacités financières face à un marché qui n’est pas rentable. Je parle de notre cible les jeunes que nous formons et accompagnons. Ils n’ont pas les moyens de payer nos services aux prix réels. Face à cela, vous ne pouvez pas recruter une grande équipe ou vous offrir de gros investissements.

Je suis donc obligé d’être sur deux fronts dès le démarrage de l’incubateur. A la fois former et accompagner les jeunes pour remplir la mission de l’incubateur mais aussi d’aller à la conquête des partenaires techniques et financiers qui, vous savez bien, prennent le temps nécessaire pour s’assurer de votre crédibilité et de vos compétences.

Les 18 mois de l’existence de l’incubateur ont été consacré à relever ce défit. Les résultats tant sur l’accomplissement de la mission de l’incubateur que sur la conquête des partenaires sont très encourageant et bientôt nous entamerons une autre dimension de notre développement.

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*Conakrylemag.com Et si c’était à refaire, retenteriez-vous l’expérience ? D’une autre manière ?

*Danda Diallo : Je pense que c’est la meilleure expérience que j’ai vécue dans ma vie. Elle est certes difficile mais pleine d’enseignements et de satisfaction personnelle. Il fallait que ceci arrive. Je trouve que c’est mieux de vivre sois même la création de l’incubateur, dans un écosystème comme celui de la Guinée, pour mériter le rôle d’accompagnateur des jeunes et des femmes à l’auto emploi.

Comment dire aux jeunes et aux femmes de s’investir dans la création de leurs entreprises, de se soumettre à un parcours d’entrepreneur pénible et risqué si vous n’avez aucune expérience dans la création ? ça revient à vouloir apprendre à quelqu’un à conduire une voiture et à bien se tenir alors que vous ne connaissez même pas les codes de la route.

Aujourd’hui l’incubateur a une histoire vivante, tout est parti d’une simple volonté d’aider. Et de cette histoire, nous construisons et véhiculons un discours, un message à l’endroit des candidats à l’entrepreneuriat. Croyez-moi, ce message est bien reçu par les jeunes.

*Conakrylemag.com Quels conseils donneriez-vous aux étudiants et aux jeunes diplômés ou entrepreneurs ?

*Danda Diallo : Je voudrais leur donner le secret de notre parcours, je voudrais leur dire d’arrêter de pointer du doigt les autres au regard de tout ce qui ne marche pas dans notre pays. Je les invite à prendre l’habitude de s’interroger, plutôt, sur ce qu’ils peuvent faire pour changer les choses.

Ils ne doivent pas être permanemment entrain de dénoncer ce qui ne marche pas au niveau de l’éducation, la santé, le transport, les ordures, l’insécurité… Ils doivent se questionner sur ce qu’il est possible de faire, les solutions à identifier pour changer cela. Là où il y a des problèmes, des difficultés, il y a des opportunités d’entreprendre.

Ils doivent absolument faire un choix, être activiste et continuer à dénoncer ou être entrepreneur et saisir les opportunités de gagner de l’argent. Je leur conseil de commencer d’abord par devenir entrepreneur ensuite on verra pour l’activisme.

Merci beaucoup Danda pour cette interview très enrichissante et bonne continuation à vous !

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