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Kush : deux morts à Matoto, une génération en sursis

Kush : le poison bon marché qui colonise les rues

Kush : deux morts à Matoto, une génération en sursis – la Guinée au pied du mur

Matoto-Khabitaya vient d’enterrer deux jeunes emportés par la drogue Kush. Deux vies fauchées en silence, deux familles détruites, deux noms qui s’ajoutent à une liste déjà trop longue. Ce n’est plus un problème de quartier, ni un fait divers local : c’est une bombe sociale qui explose doucement, rongeant la Guinée de l’intérieur.

Ces décès ne sont pas des accidents isolés. Ils révèlent l’ampleur d’un fléau qui s’étend, quartier par quartier, ville après ville, alimenté par la misère, l’inaction politique et la puissance des réseaux criminels.Kush


Kush : le poison bon marché qui colonise les rues

Le Kush n’est pas une drogue « classique ». C’est un cocktail toxique de cannabis frelaté, d’engrais chimiques et parfois de substances médicamenteuses. Il détruit le système nerveux à une vitesse effrayante et crée une dépendance immédiate.

Ce qui le rend encore plus dangereux, c’est son prix. À Conakry, un sachet de Kush se vend entre 10 000 et 15 000 GNF, parfois moins. Accessible à n’importe quel adolescent, même dans les familles les plus pauvres.

Un médecin du CHU Donka, qui préfère rester anonyme, témoigne :

« Nous voyons arriver des jeunes de 15, 16 ans avec des troubles neurologiques irréversibles. Certains n’arrivent plus à parler ou à marcher normalement après seulement quelques mois de consommation. Le Kush détruit plus vite que tout ce que nous avons connu. »


Matoto, Ratoma, Labé, Kankan : un fléau national

Les deux morts de Matoto ne sont que la partie visible d’un iceberg. À Ratoma, un éducateur de rue évoque une « épidémie silencieuse ». À Labé, les médecins alertent sur l’arrivée massive de jeunes en crise. À Kankan, des quartiers entiers seraient touchés.

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Un jeune de Sonfonia, en cure de désintoxication improvisée, raconte :

« Au début, tu crois que ça te calme, que ça t’aide à oublier la faim, les problèmes. Et puis tu deviens un mort-vivant. Tu ne manges plus, tu ne dors plus, tu ne vis plus. »

Une mère à N’Zérékoré explique avoir dû attacher son fils pour le sauver :

« Si je ne l’avais pas enfermé, je l’aurais enterré. Le Kush l’avait déjà pris. »

Ces récits brisent l’omerta. La Guinée n’est pas seulement en train de perdre des jeunes, elle est en train de perdre une génération entière.


L’État dans l’impasse : rafles symboliques, réseaux intacts

Face à l’ampleur du phénomène, la réponse des autorités reste timide et éclatée. Quelques rafles, des saisies ponctuelles, des communiqués. Pendant ce temps, les réseaux de trafic prospèrent.

Un policier, sous couvert d’anonymat, confie :

« On arrête les petits dealers de rue, mais jamais ceux qui importent et distribuent à grande échelle. Il y a des protections. Tout le monde le sait. Si l’État ne frappe pas au sommet de la chaîne, c’est perdu. »

Cette corruption implicite, cette tolérance silencieuse, est peut-être l’arme la plus mortelle du Kush.


Un fléau nourri par la pauvreté et l’abandon social

Le Kush prospère sur un vide : chômage massif, désœuvrement, absence d’espaces pour la jeunesse. Dans des quartiers où il n’y a ni travail ni perspectives, cette drogue devient une échappatoire bon marché.

Un sociologue de l’Université de Sonfonia explique :

« Le Kush n’est pas seulement un trafic. C’est le symptôme d’une société qui a abandonné sa jeunesse. Tant qu’on ne traite pas ce vide social, on ne gagnera jamais cette bataille. »


Pistes de solutions : un plan national ou le chaos

Ce combat doit être traité comme une priorité nationale, au même titre que la sécurité du territoire. Il ne s’agit pas seulement de réprimer mais de reconstruire.

  1. Frapper au sommet des réseaux : identifier les importateurs, démanteler les filières et sanctionner toute complicité au sein des forces de sécurité.
  2. Créer une Task Force nationale anti-Kush : regroupant police, douanes, santé publique et justice, avec un mandat clair et des moyens financiers conséquents.
  3. Campagne nationale de sensibilisation : radios communautaires, écoles, mosquées, réseaux sociaux. Il faut briser l’omerta et informer sur les ravages du Kush.
  4. Centres de désintoxication accessibles : financés par l’État, gratuits pour les familles, avec prise en charge médicale et psychologique.
  5. Réinvestir dans la jeunesse : formation professionnelle, programmes d’emploi, espaces culturels et sportifs. Une jeunesse occupée et valorisée est une jeunesse moins vulnérable.
  6. Impliquer les communautés : les leaders religieux et chefs de quartier doivent être au cœur de la lutte. C’est dans les rues que la bataille se gagne.
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Un drame qui doit être un point de bascule

Les deux morts de Matoto ne doivent pas devenir de simples statistiques. Elles doivent être le déclencheur d’un plan national massif.

Car au rythme actuel, ce n’est pas seulement une drogue qui tue. C’est la combinaison mortelle de la misère, de l’abandon et de l’indifférence.

La Guinée doit choisir. Soit prendre ce combat à bras-le-corps, soit regarder sa jeunesse disparaître, lentement, dans un nuage de fumée toxique.

 

PAR CONAKRYLEMAG.COM

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