Réponse au ministre Maman Touré : la Constitution n’est pas une variable d’ajustement politique
Monsieur le Ministre,
Vous avez choisi, avec un ton péremptoire, de balayer les critiques sur la candidature de Monsieur Alassane Ouattara à un quatrième mandat, tout en tentant de décrédibiliser celle de Tidjane Thiam, exclu du processus électoral pour une obscure affaire de double nationalité. Permettez-nous de remettre les choses à leur place, dans la clarté et la rigueur que mérite un débat démocratique.
1- Non, Monsieur le Ministre, l’âge n’est pas le cœur du débat. La morale, ce n’est pas l’arbitraire.
Vous affirmez qu’il serait incohérent de voir en Bédié un espoir à 85 ans, tout en jugeant que Ouattara à 83 ans serait « illégitime » à se représenter.
Mais personne ne parle d’âge. Le débat est d’abord constitutionnel, puis éthique.
Ce qui est reproché à Monsieur Ouattara, ce n’est pas son âge, mais son mépris du principe de limitation des mandats, socle de toute démocratie.
En 2020, il a promis de passer la main. Il ne l’a pas fait. En 2025, il revient encore.
Ce n’est pas un choix personnel, c’est un accaparement du pouvoir.
2- Non, Monsieur le Ministre, le Conseil constitutionnel n’est pas un bouclier politique.
Vous dites : « Le Conseil constitutionnel a tranché, donc le débat est clos. »
Mais qui ignore encore que ce Conseil est inféodé au régime ?
Ce même Conseil a validé une Constitution en 2016, puis a « remis les compteurs à zéro » en 2020. Il a validé une réélection à 95 % dans une élection boycottée. Il a écarté 40 candidats sur 44.
Quand la juridiction chargée de dire le droit devient un instrument politique, elle perd sa légitimité. Le droit n’est plus un rempart, mais une arme de disqualification ciblée.
3- Non, Monsieur le Ministre, Tidjane Thiam n’a pas “organisé sa propre éligibilité”. C’est l’État qui l’a exclu.
Vous tentez de faire croire que Monsieur Thiam aurait manœuvré en dehors des délais ou des règles. Or la réalité est limpide :
• Il est né à Abidjan, issu d’une des familles fondatrices de la République.
• Il a été ministre de la République, haut fonctionnaire international.
• Il a renoncé à sa nationalité française, comme l’exige l’article 48 du code de 1961, un article jamais appliqué en 60 ans, jusqu’à ce qu’il devienne… gênant.
Ce n’est pas lui qui a organisé sa propre éligibilité. C’est votre gouvernement qui a organisé son exclusion.
Et avec quelle célérité suspecte : plainte interne au PDCI, radiation express, puis confirmation judiciaire… Tout était prémédité.
4- Non, Monsieur le Ministre, la crise ivoirienne n’est pas derrière nous. Vous êtes en train de la raviver.
Vous répétez que « le débat est clos ». Mais justement : c’est ce refus du débat, ce mépris du dialogue, cette gouvernance par la force, qui nous ont menés aux crises de 2000, 2010, 2020.
Et vous le savez mieux que quiconque.
Vous parlez de développement, de stabilité, mais vous oubliez l’essentiel : le respect des règles du jeu, la confiance dans les institutions, la liberté de choisir.
5- Enfin, Monsieur le Ministre, la transmission à la jeunesse ne peut rester un slogan.
Vous affirmez que « la nouvelle génération n’est pas exclue ». Pourtant :
• Aucun jeune ne gouverne réellement ce pays.
• 75 % des Ivoiriens ont moins de 35 ans, mais ils sont absents de la scène politique.
Et lorsque l’un d’eux Tidjane Thiam, 62 ans, compétent, intègre, légitime revient avec une vision moderne, vous trouvez tous les moyens pour l’écarter.
Conclusion : Vous défendez un homme. Nous défendons une République.
Vous justifiez une candidature de plus. Nous réclamons une alternance, une respiration démocratique, après quinze ans de pouvoir.
Vous vous abritez derrière le Conseil constitutionnel. Nous nous appuyons sur la Constitution et l’esprit de 1960, 1990 et 2000 : alternance, pluralisme, démocratie.
L’histoire jugera.
JACQUES ROGER
LECONSERVATEUR
PAR CONAKRYLEMAG.COM
— conakrylemag
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