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La presse guinéenne dans l’œil du cyclone : se réinventer ou disparaître (Par Facely Konaté)

Avec des revenus qui s’effondrent par manque d’annonceurs et des coûts qui augmentent, l’industrie des médias en Guinée, déjà extrêmement précaire, subit durement la crise économique liée à la pandémie de Covid-19. Mais pas seulement. Il y a aussi des manœuvres des pouvoirs publics pour éteindre des médias indépendants.

A cause des ces difficultés, plusieurs radios se sont éteintes en contraignant les journalistes et techniciens au chômage. Et d’autres médias risquent d’emboîter le pas.

En effet, nombreux sont des médias (petit ou grand, audiovisuels, presse écrite ou en ligne) qui n’arrivent plus à faire face aux charges quotidiennes à plus forte raison assurer le salaire du personnel. Dans certains médias, depuis maintenant trois (3) mois, les employés ne sont pas en possession du salaire qui est d’ailleurs l’un des plus faibles de la sous-région. Comment alors joindre les deux bouts avec l’augmentation des prix sur le marché ? Certains journalistes sont obligés de vendre leurs plumes pour survivre : faire des articles ou émissions d’éloge ou passer de bureau en bureau pour faire face aux besoins.

De l’autre côté, il y a le gouvernement qui aggrave la situation en soumettant notamment la presse audiovisuelle aux diktats de l’information officielle. Le ministère de l’information et de la communication a décidé de réquisitionner les médias audiovisuels pour la diffusion des messages de sensibilisation sans aucune mesure d’accompagnement. Une note circulaire a été adressée à tous les patrons de presse. Conséquence, les partenaires de la santé (institutions, ONGs, programmes…) ne communiquent plus dans les radios et télévisions sous prétexte qu’il y a une décision du ministre qui oblige les médias à faire passer des messages gratuitement.

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Et tout est fait pour asphyxier les médias notamment à travers les nombreuses taxes à payer. L’on profite même de cette situation de crise, pour tuer des médias indépendants jugés très critiques.

Face à cette situation inquiétante, certains confrères pensent que l’Etat doit mettre en place une aide d’urgence aux médias en détresse. Une proposition que je ne rejette pas en bloc, mais elle ne restera pas sans conséquences. Il faut craindre en effet, que cette situation de dépendance ne fasse accroître l’ingérence politique au sein du quatrième pouvoir, déjà infiltré par de puissants intérêts. Recueillir des fonds de sauvetage auprès du gouvernement en ce moment compromettra leur indépendance et leur liberté.

Que faut-il faire ?

La meilleure solution, je pense que les entreprises de presse doivent changer le modèle économique actuel qui est classique (basé sur la publicité, les couvertures médiatiques…). Il ne répond plus aux exigences du moment. Il faut alors explorer d’autres pistes notamment le numérique qui offre aux médias la possibilité de monétiser des contenus et se faire de l’argent. D’autres sources de revenus sont également à explorer. En parlant d’ailleurs de contenus, est-ce que nos médias en ont ? C’est l’autre question à se poser.

L’autre solution qui semble peut-être être dure mais nécessaire, c’est de faire un dégraissage du personnel. Cette réduction du personnel a un double avantage : permettre aux journalistes de vivre mieux dans les rédactions et surtout aux médias qui traversent une crise économique et financière, de souffler mieux. Ça ne sert en effet à rien de se vanter d’avoir une centaine d’employés alors que l’on n’est pas en mesure de leur offrir un meilleur traitement salarial. Malheureusement, c’est la même erreur que la plupart des patrons de médias commettent en Guinée. Hier c’était le cas et ça continue aujourd’hui.

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La crise dans nos médias est réelle et se taire là-dessus ou faire le semblant ne ferait qu’empirer la situation. Aussi, les patrons de presse ne doivent pas avoir honte en prenant une telle décision. Dans d’autres pays comme le Nigeria, certains médias comme The Punch et Vanguart (deux des plus grands quotidiens du pays) sont allés dans le même sens. Il y a eu des coupes budgétaires drastiques qui sont passées entre autres par des dizaines de licenciements au sein de leurs rédactions, en conséquence de la crise sanitaire. Ça ne serait donc pas une situation nouvelle. Le monde entier en ressent les effets même si en Guinée, la crise est antérieure au Covid-19.

Et comme on le dit souvent, à des situations exceptionnelles il faut des mesures exceptionnelles.

Facely Konaté
Journaliste

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