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Le gazoduc Nord Stream met fin à la volonté d’indépendance énergétique de l’UE

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    La récente initiative du président français de rapprochement diplomatique avec son homologue russe ne doit pas faire oublier les risques politiques, économiques et écologiques que le régime mafieux et belliqueux de Vladimir Poutine fait courir à l’Union européenne.

    Sur fond d’annexion de la Crimée, de guerre en Ukraine, de financement occulte ou non de partis populistes européens, d’ingérence dans les élections, de cyber-attaques et de propagande, le projet de gazoduc Nord Stream 2 n’est pas la partie la plus visible de la politique impérialiste du Kremlin en Europe.

    Infrastructure majeure

    Il s’agit pourtant d’une infrastructure majeure en termes de volume, avec un réel potentiel d’influence sur la politique de certains grands pays européens, en premier lieu l’Allemagne. Dans un contexte de demande croissante d’énergie, nous allons tout droit vers une dépendance de l’UE au gaz russe à hauteur de 60-70%, contre environ 35% actuellement, un véritable défi stratégique pour l’UE. La dépendance actuelle des pays d’Europe centrale et orientale basculant vers une plus grande dépendance de l’Allemagne et d’autres pays du nord et de l’ouest de l’Europe.

    C’est dans ce contexte qu’une coalition internationale d’ONG vient de lancer, le 26 septembre à La Haye au Pays Bas, une campagne de sensibilisation intitulée « Le gazoduc de Poutine Nord Stream 2 et son vrai coût pour l’Europe« . Cette campagne reprend cinq sujets de préoccupation majeurs autour du gazoduc : il est dangereux pour le climat et l’environnement, il crée des fissures dans l’UE, les perspectives commerciales sont mauvaises, il est une menace pour notre sécurité, et c’est le tuyau de la corruption.

    Aux commandes, nous avons Gazprom, une vraie calamité pour le climat. Selon l’ONG britannique CDP, qui se base sur des données collectées entre 1988 et 2015, Gazprom serait le deuxième émetteur mondial de gaz à effet de serre. Ce n’est donc pas Gazprom qui s’inquiétera des conséquences de la diminution de livraisons de gaz à l’Europe centrale et orientale par les gazoducs passant par l’Ukraine, un contrecoup de l’augmentation des livraisons par le Nord Stream. Il est donc probable que ce déficit annoncé aboutisse à une augmentation significative de l’utilisation de charbon lors des pics de consommation hivernale. Comme le souligne Mikhail Korchemkin, expert au East European Gas Analysis, le « plan d’optimisation des capacités » de Gazprom risque de saborder les objectifs de réduction de gaz à effet de serre de l’UE.

    La législation russe modifiée

    Non content de cela, Gazprom s’est arrangé pour modifier la législation russe afin de détruire, sur la côte russe du Golfe de Finlande, une partie significative de la réserve naturelle de Kourgalsky, lieu de départ de la partie marine du gazoduc. Il s’agit d’une réserve abritant une flore et une faune exceptionnelle, y compris des populations importantes de pygargues à queue blanche. La célèbre activiste écologiste russe Evguenia Chirikova tire la sonnette d’alarme à ce sujet depuis son exil forcé en Estonie.

    Sans oublier les risques avérés pour la mer Baltique, y compris sur des sites classés Natura 2000, ainsi que tout au long du tracé terrestre depuis la péninsule de Yamal. Une autre préoccupation majeure est le sort des éleveurs de rennes Nenets et celui de peuplades finno-ougriennes en voie de disparition, telle les Votes, dont le milieu est menacé par les nouvelles infrastructures sur la côte russe de la Baltique.

    Il est stupéfiant que le projet se concrétise alors que 24 sur 28 des pays de l’UE, et 80% des parlementaires européens, s’y opposent dans sa configuration actuelle. Plusieurs pays d’Europe centrale et orientale ont en effet toutes les raisons de croire que leur dépendance croissante envers la Russie les rendra plus vulnérables au chantage ou à des actes de guerres hybrides. La France aimerait voir une Allemagne plus prudente dans ses partenariats avec la Russie, et aussi plus orientée vers une indépendance énergétique de l’UE. Le Danemark, de son côté, semble être le dernier à mettre des freins concrets au gazoduc en ne délivrant pas les autorisations de construction dans ses eaux territoriales autour de l’île de Bornholm.

    Risque de congestions

    Des modélisations réalisées par le REKK, un centre de recherche sur la politique énergétique basé en Hongrie, démontrent que nous risquons de faire face à des congestions dans les approvisionnements en gaz et des divergences de prix importantes entre pays. Au-delà des modèles, l’opposition au projet s’explique surtout par l’expérience traumatisante des crises de 2006 et 2009 lorsque Gazprom a simplement coupé les approvisionnements par l’Ukraine. Plus récemment, entre l’automne 2014 et le printemps 2015, Gazprom a diminué de moitié, sur ordre du Kremlin, les livraisons de gaz par Nord Stream 1 à la Pologne, la Slovaquie, l’Autriche et la Hongrie en représailles aux livraisons de gaz par ces pays à l’Ukraine.

    Un autre paradoxe de Nord Stream 2 est qu’il ne répond pas aux véritables attentes des marchés du Nord-Ouest de l’Europe. Tout d’abord, Gazprom n’apporte pas de nouveaux volumes de gaz. Il ne fait que déplacer les flux vers la mer Baltique tout en gardant une orientation vers le terminal gazier de Baumgarten en Autriche, et ne pourra donc pas compenser le déclin de la production gazière en Europe de l’Ouest, même si des volumes supplémentaires étaient livrés. Et surtout, Nord Stream 1 et 2 ne pourront pas répondre aux pics de consommation car ils sont conçus pour transporter des volumes non ajustables. Une des solutions serait d’investir dans des lieux de stockage, ce qui engendrerait des coûts importants et, donc, une augmentation des tarifs.

    Un coût très cher pour les Européens

    Au-delà de la dépendance croissante envers la Russie, qui crée des dissensions politiques importantes au sein de l’UE, les citoyens européens ne semblent pas conscients que ce nouveau gazoduc va leur couter cher, très cher. Selon l’Institut allemand pour la recherche économique (DIW Berlin), la construction de nouveaux gazoducs pour répartir en Europe le surplus de gaz russe arrivant en Allemagne devrait coûter entre 0,5 et 3 milliards d’euros, avec des répercussions inévitables sur les factures. Le coût prévu concerne les pipelines supplémentaires qui seraient nécessaires pour pomper Nord Stream 2 à travers de nouveaux itinéraires en Allemagne seulement. En Europe centrale et orientale, une capacité supplémentaire de 100 milliards de mètres cubes par an est nécessaire et coûterait des dizaines de milliards d’euros.

    Dans le même temps se pose la question du bienfondé d’une augmentation des livraisons de gaz liquéfié, par exemple depuis les Etats-Unis, du fait de la formidable dépense énergétique que représente le processus même de liquéfaction. L’équation est loin d’être résolue.

    Devrait-il y avoir toujours plus de gaz russe, et par quel itinéraire ? Quelles pourraient être les alternatives ? DIW Berlin affirme qu’il y a déjà beaucoup d’approvisionnements en gaz et que… Nord Stream 2 n’est pas nécessaire.



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