
Taliby Dabo vide son sac : quand le RPG n’a jamais été un parti, mais une cour au service d’un seul roi
C’est un coup de tonnerre dans un ciel que beaucoup croyaient déjà assombri depuis longtemps. Taliby Dabo, ancien député, cadre du RPG-Arc-en-ciel, figure connue du paysage politique guinéen, est sorti du silence. Et ce qu’il dit du parti dont il fut un des piliers sonne comme un réquisitoire sans appel. Derrière les mots mesurés, c’est un aveu d’échec, un cri lucide sur une formation qui, de toute évidence, n’a jamais été un parti politique au sens moderne du terme, mais un instrument au service exclusif d’un seul homme : Alpha Condé.
Dans une sortie publique rare et tranchante, Taliby Dabo accuse. Il raconte un RPG miné de l’intérieur, verrouillé par la paranoïa du pouvoir, vidé de sa substance démocratique, incapable de se renouveler tant que son fondateur, du haut de ses 80 ans passés, continue d’exercer une mainmise glaciale sur tout ce qui bouge.
Un parti cadenassé, une génération étouffée
Ce que révèle Dabo, ce n’est pas un simple désaccord entre anciens camarades. C’est l’aveuglement d’un système. Un système qui, au lieu de se renforcer par la diversité et le débat interne, a préféré l’autocensure, la suspicion, et surtout la fidélité aveugle.
« Le président Alpha Condé n’a pas voulu que le RPG fonctionne normalement », déclare-t-il. Comprenez : chaque fois qu’un cadre tentait d’initier une réforme, de dynamiser les bases, de former les jeunes, il se heurtait à un mur. Pas un mur idéologique. Un mur d’orgueil. D’ego. De peur.
Le RPG a donc été une façade. Une étiquette. Une structure formelle au service d’un pouvoir personnalisé, où le débat était suspect, et la relève perçue comme un danger.
Une formation politique… ou un cercueil doré ?
Avec cette prise de parole, Taliby Dabo ne fait que mettre des mots sur une vérité connue de tous. Depuis la chute d’Alpha Condé en septembre 2021, le RPG-AEC n’a ni stratégie, ni direction claire. Pire encore, il n’a pas su assumer son rôle d’opposant dans un contexte de transition militaire chaotique.
Pas un mot fort contre les enlèvements, les détentions arbitraires, les dérives autoritaires du CNRD. Pas de manifestation nationale. Pas de mobilisation digne de ce nom. Le RPG est devenu l’ombre de lui-même. Incapable d’exister sans son fondateur, absent sans être parti, omniprésent sans être utile.
Alors que l’UFDG – malgré ses propres fractures – prépare un congrès pour renouveler ses instances, le RPG regarde ailleurs, tétanisé par l’attente d’un retour illusoire d’Alpha Condé ou la peur de nommer celui ou celle qui pourrait incarner une autre voie.
Alpha Condé, fossoyeur de son propre héritage ?
On peut reprocher bien des choses à l’ancien président. Mais s’il y a un point sur lequel l’histoire pourrait être encore plus sévère à son égard, c’est celui-là : n’avoir rien bâti de durable. Pas d’école politique. Pas de structure autonome. Pas de relève crédible. Le RPG est à son image : centralisé, autoritaire, vieillissant.
Taliby Dabo évoque une « confiscation de l’intelligence collective ». Il dit ce que beaucoup murmurent depuis des années : Alpha Condé n’a jamais voulu de successeur. Il voulait des subalternes. Pas des héritiers. Et le résultat est là, criant : aucun visage ne s’impose. Aucun projet n’émerge. Seuls restent les rancœurs, les blessures, et une génération de cadres frustrés, laissés au bord de la route.
Pendant ce temps, le CNRD verrouille tout
Et que fait le RPG face à la junte ? Rien. Ou si peu. Pas un mot ferme sur les arrestations arbitraires. Pas de condamnation claire du bâillonnement de la presse, des intimidations, des disparitions. Le silence assourdissant du RPG-AEC sur les dérives du pouvoir militaire en dit long. Peut-être par calcul. Peut-être par peur.
Mais ce silence est coupable. Quand Me Mohamed Traoré est enlevé, quand des journalistes sont séquestrés, quand l’enrôlement électoral devient un outil d’exclusion politique, un grand parti comme le RPG, s’il en était encore un, devrait se lever. Par devoir. Par principe. Par mémoire, même. Mais non. Le mutisme l’emporte.
Et maintenant ?
Que faire d’un parti qui ne parle plus, ne propose plus, ne rassemble plus ? Peut-on encore sauver ce qui reste du RPG-AEC ? Taliby Dabo ne le dit pas, mais tout est dans le ton. S’il a pris la parole, ce n’est pas pour tourner la page. C’est peut-être un dernier appel. Mais qui, au sein de cette formation, a encore le courage d’entendre ?
Il y a fort à parier que cette prise de position ne plaira pas à tout le monde. Les fidèles d’Alpha Condé crieront à la trahison. D’autres tenteront de minimiser l’affaire. Mais le mal est profond. Et il faudra bien, un jour, que le RPG-AEC accepte de regarder dans le miroir. Non pas pour juger Taliby Dabo. Mais pour comprendre pourquoi, en 2025, ce parti n’est plus qu’un vestige.
En creux, cette sortie dit aussi autre chose. Elle interroge la capacité des partis politiques guinéens à se réformer. À produire du nouveau. À rompre avec les logiques de chef unique, de parti-propriété, d’opposition de salon.
Car si l’histoire du RPG est celle d’un étouffement volontaire, elle est aussi celle d’un pays où les idées suffoquent trop souvent dans les mains de ceux qui prétendent les incarner.
Et pendant ce temps, Mamadi Doumbouya, bombardé général par ses propres hommes sans avoir jamais mené le moindre combat militaire, continue d’imposer son tempo, entouré d’une armée de courtisans politiques et de communicants serviles. Dans ce vide créé par l’impuissance des partis traditionnels, le pouvoir s’installe. Lentement. Durable. Et de plus en plus brutal.
— conakrylemag




