Mines en Guinée : le Réseau Environnement Bauxite, entre bilan et nouveaux défis
Le 24 juillet 2025 à Conakry, le Réseau Environnement Bauxite (REB) a tenu son assemblée générale, réunissant autour d’une même table les principales sociétés minières bauxitiques du pays, les ministères de tutelle et plusieurs partenaires techniques et financiers. Derrière cet événement, c’est toute la question du modèle minier guinéen qui s’est invitée : comment concilier la place stratégique de la bauxite dans l’économie nationale avec les impératifs environnementaux et sociaux qui pèsent désormais sur l’industrie extractive ?
Un secteur clé sous pression
La Guinée détient les plus importantes réserves de bauxite au monde et tire l’essentiel de ses recettes d’exportation de cette ressource. La région de Boké, cœur de cette exploitation, vit au rythme des mines depuis des décennies. Mais cette richesse a un revers : dégradation des sols, pression sur les écosystèmes et tensions avec les communautés locales. C’est dans ce contexte qu’a été créé en 2018 le REB, avec l’ambition d’articuler développement économique et durabilité.
Un bilan marqué par des avancées concrètes
À la tête du réseau depuis sept ans, Aïssatou Bobo Diallo a dressé un bilan qu’elle qualifie elle-même de « riche en défis et en apprentissages ». Sous son mandat, plusieurs projets structurants ont vu le jour. Le réseau a participé à l’élaboration d’outils pour la tarification du carbone, à la mise à jour du plan national de gestion des espèces protégées et au programme Mini-Environnement appuyé par la Banque mondiale.
Sur le terrain, des résultats tangibles ont été enregistrés : près de 30 000 m² de zones sensibles restaurés, 26 000 arbres plantés, 20 000 m² aménagés pour des activités maraîchères, avec l’introduction d’espèces fruitières dans et autour des villages. « Ces actions permettent de répondre aux besoins alimentaires des communautés tout en favorisant leur implication dans la préservation de leur environnement », a souligné la présidente sortante.
Un enjeu institutionnel et politique
La présence des ministres de l’Environnement et des Mines à cette assemblée n’avait rien d’anecdotique. Elle traduit l’importance politique du sujet. Depuis la réforme du Code de l’environnement en 2019, les entreprises minières doivent intégrer des obligations strictes en matière d’impact environnemental et de gestion des déchets. Le REB, en fédérant les acteurs privés et en dialoguant avec l’État, s’impose comme un outil de gouvernance partagé.
Le président de la Chambre des Mines, Karifa Condé, a d’ailleurs insisté sur ce changement de paradigme : « Historiquement, les miniers étaient perçus comme des destructeurs de l’environnement. Voir ces mêmes acteurs s’engager à restaurer et protéger la biodiversité marque une évolution profonde. »
Vers un réseau élargi
Au-delà du bilan, l’assemblée a été l’occasion de se projeter. Un projet majeur est sur la table : la création d’un Réseau Environnement Mines (REM), qui reprendrait le modèle du REB mais à l’échelle de tout le secteur extractif, qu’il s’agisse du fer, de l’or ou du diamant. L’objectif est clair : gérer les impacts cumulatifs sur l’ensemble du territoire et harmoniser les pratiques de toutes les filières.
Parallèlement, de nouvelles priorités sont fixées : mettre en place un plan de gestion des déchets dans les zones minières, élaborer une stratégie de décarbonation du secteur et créer une base de données interactive pour renforcer la transparence.
Entre croissance et durabilité, un équilibre à trouver
L’initiative du REB illustre une tendance plus large : la nécessité de faire évoluer le modèle économique guinéen vers une exploitation minière plus responsable. La bauxite restera sans doute pour longtemps le moteur de la croissance et des exportations du pays. Mais les pressions environnementales et sociales imposent désormais un autre rythme, une autre méthode.
En intégrant la réhabilitation, la protection des écosystèmes et l’inclusion des communautés locales au cœur des projets, le secteur cherche à construire un modèle plus résilient. Pour la Guinée, il ne s’agit pas seulement de préserver son capital naturel : il en va aussi de sa stabilité sociale et de sa capacité à attirer des investissements conformes aux standards internationaux de gouvernance et de durabilité.
Une étape, pas un aboutissement
L’assemblée générale du REB ne clôt pas un cycle ; elle en ouvre un autre. Les initiatives annoncées montrent que la prise de conscience est réelle. Reste à transformer ces engagements en politiques pérennes et en pratiques harmonisées sur l’ensemble du secteur minier. Le défi est immense : faire de la bauxite et des autres ressources non pas seulement des leviers de croissance à court terme, mais des piliers d’un développement durable et partagé.
— conakrylemag




