Mohamed Diané joue son va-tout pour annuler sa condamnation
Mohamed Diané joue son va-tout pour annuler sa condamnation
L’ancien ministre de la Défense sous Alpha Condé, Mohamed Diané, tente d’échapper à sa condamnation à cinq ans de prison ferme pour détournement de fonds publics. Ce mardi 20 février, la Cour suprême de Guinée a examiné son recours en annulation, une audience cruciale qui pourrait rebattre les cartes d’un dossier emblématique de la lutte contre la corruption dans le pays.
Un ancien pilier du régime Condé face à la justice
Mohamed Diané, longtemps considéré comme l’un des hommes forts du régime déchu, a été reconnu coupable en 2023 d’avoir détourné plusieurs milliards de francs guinéens destinés au ministère de la Défense. Ce dossier s’inscrit dans le cadre des poursuites engagées par le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD), au pouvoir depuis le coup d’État du 5 septembre 2021.
Diané n’est pas le seul ancien dignitaire inquiété par la justice guinéenne. Plusieurs figures de l’ancien régime, dont l’ex-Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana et les anciens ministres Oyé Guilavogui et Damantang Albert Camara, sont également poursuivies pour des faits présumés de corruption et de détournement de fonds publics. Ces affaires illustrent la volonté affichée de la junte d’éradiquer l’impunité qui gangrénait l’appareil d’État sous Alpha Condé.
Un recours basé sur des vices de procédure
Devant la Cour suprême, les avocats de Mohamed Diané ont axé leur défense sur des irrégularités procédurales. Selon eux, leur client n’aurait pas bénéficié d’un procès équitable, certaines étapes légales n’ayant pas été respectées lors de l’instruction et du jugement. Ils réclament donc l’annulation pure et simple du verdict.
Le parquet général, lui, défend la légitimité de la procédure et insiste sur la solidité des preuves qui ont conduit à la condamnation de l’ancien ministre. Si la Cour suprême rejette le recours, Diané devra purger sa peine, un signal fort pour la lutte contre la corruption en Guinée. En revanche, si la condamnation est annulée, l’affaire pourrait être renvoyée devant une juridiction inférieure pour un nouveau procès.
Un test pour la justice guinéenne
Cette affaire dépasse le seul cas de Mohamed Diané. Elle constitue un véritable test pour l’indépendance de la justice guinéenne, souvent accusée d’être instrumentalisée par le pouvoir en place. La junte dirigée par le colonel Mamadi Doumbouya a promis de rendre la justice plus efficace et impartiale, mais certains observateurs estiment que les poursuites contre les anciens dignitaires sont avant tout un moyen de neutraliser l’opposition politique.
Dans un contexte où la transition politique peine à avancer, avec des tensions croissantes entre le CNRD et la classe politique, la décision de la Cour suprême sera scrutée de près. Un acquittement de Diané pourrait être perçu comme un recul dans la lutte contre la corruption, tandis que le maintien de sa condamnation renforcerait l’image d’une justice intransigeante, au risque d’alimenter les accusations de règlements de comptes politiques.
Verdict attendu dans les prochains jours
Alors que le pays reste suspendu à cette décision, les débats autour du rôle de la justice dans la transition se poursuivent. Le verdict de la Cour suprême pourrait marquer un tournant dans la gestion des affaires judiciaires liées à l’ancien régime.
Qu’il soit confirmé ou annulé, le sort de Mohamed Diané illustrera les équilibres fragiles entre justice, politique et gouvernance en Guinée.
— conakrylemag




