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Pêche en eaux troubles : Ce que cache la gestion opaque des milliards versés à la CONAPEG

Une manne financière, mais pour qui ?

Pêche en eaux troubles : Ce que cache la gestion opaque des milliards versés à la CONAPEG


Enquête – Guinée, juillet 2025
Dans un pays où la transparence budgétaire peine à sortir la tête de l’eau, la filière pêche semble elle aussi prise dans les filets de l’opacité. Depuis plusieurs mois, les regards se tournent vers la CONAPEG (Confédération Nationale des Pêcheurs de Guinée), bénéficiaire présumée des montants issus de la vente des licences de pêche. Des sommes colossales dont la destination réelle suscite désormais interrogations, soupçons et inquiétudes.


Une manne financière, mais pour qui ?

Selon les données obtenues auprès de sources internes au ministère de la Pêche, les revenus générés par la délivrance des licences de pêche industrielle à des navires étrangers s’élèveraient à plusieurs milliards de francs guinéens chaque année. Officiellement, une partie substantielle de ces fonds est reversée à la CONAPEG, en vertu de sa mission de soutien aux pêcheurs artisanaux. Mais une question simple embarrasse : où va réellement cet argent ?

À date, aucun rapport public, aucune reddition de comptes, ni de publication formelle ne permettent aux citoyens encore moins aux pêcheurs eux-mêmes de suivre la trace de ces montants. La Confédération, censée défendre leurs intérêts, se mure dans un silence inquiétant.


Une institution verrouillée

« La CONAPEG est devenue une boîte noire », lâche un ancien cadre de la direction nationale de la pêche sous couvert d’anonymat. Selon lui, l’opacité règne aussi bien sur la gestion interne de la Confédération que sur ses interactions avec les ministères de tutelle.

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Ce mutisme contraste avec la logique de transparence que prônent, en théorie, les autorités de la transition. Pourtant, chaque année, ce sont des dizaines de navires chinois, russes ou coréens qui s’acquittent de montants parfois faramineux pour accéder aux ressources halieutiques guinéennes. Et une part de ces paiements atterrit directement dans les comptes de la CONAPEG – sans audit indépendant, sans supervision parlementaire, sans contrôle citoyen.


Des pêcheurs qui crient famine

Sur le terrain, dans les ports artisanaux de Boulbinet, Kaporo ou encore Dixinn, le constat est sans appel. Les pêcheurs artisanaux ne voient pas la couleur des fonds censés les soutenir. Ni équipements modernes, ni filets subventionnés, ni carburant à prix réduit. Les mêmes difficultés persistent : vétusté des pirogues, insécurité en mer, manque de formation, absence d’accès au crédit.

« C’est une véritable trahison », tonne Sékou, un pêcheur de la zone de Kassa. « On entend parler de milliards pour nous aider, mais ici on n’a même pas de gilets de sauvetage. Ils se partagent l’argent entre eux et nous laissent dans la misère. »


La complicité silencieuse des autorités ?

Le ministère de la Pêche et de l’Économie Maritime, interpellé à plusieurs reprises par des ONG et des syndicats indépendants, n’a toujours pas publié de bilan clair sur l’utilisation de ces fonds. Pire encore, aucune enquête administrative n’a été ouverte pour vérifier la conformité des procédures de reversement.

Comment expliquer une telle passivité ? Est-elle due à une peur de découvrir des malversations ? À une connivence avec les dirigeants de la CONAPEG ? Ou simplement à une absence de volonté politique réelle de faire la lumière sur une affaire qui pourrait éclabousser jusqu’aux plus hauts niveaux de l’appareil d’État ?

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Une responsabilité collective enterrée

À ce jour, aucun organe de contrôle – ni la Cour des comptes, ni l’Inspection générale d’État – ne semble avoir audité la CONAPEG ou tracé l’origine et la destination des fonds en question. Le Parlement de transition, pourtant en droit de demander des comptes, reste désespérément muet.

Les partenaires techniques et financiers de la Guinée, souvent prompts à réclamer la bonne gouvernance, ne semblent pas non plus pressés d’exiger la transparence sur ce dossier précis. L’absence de pression extérieure conforte ainsi une culture de l’impunité bien installée dans les rouages du secteur.


Des recommandations ignorées

Plusieurs rapports antérieurs, notamment ceux de la Banque mondiale ou de la FAO, avaient déjà pointé du doigt la nécessité de renforcer la traçabilité des recettes issues de la pêche et de structurer les filières artisanales. Mais les recommandations, bien que pertinentes, sont restées lettre morte.

Pire encore, l’État guinéen a continué à octroyer des licences à tour de bras, sans qu’aucun mécanisme solide ne vienne encadrer l’utilisation des fonds générés. Une fuite en avant qui pourrait à terme se transformer en scandale d’État, si l’on ne prend pas la mesure de l’urgence.


Le droit à savoir

En démocratie même de transition, il n’est pas acceptable qu’une structure financée par des fonds publics ou semi-publics échappe à toute forme de reddition de comptes. La CONAPEG, en tant qu’organisation bénéficiant de subsides issus de ressources nationales, doit rendre des comptes à ceux qu’elle est censée représenter : les pêcheurs.

Mais il est tout aussi impératif que les médias, les citoyens et la société civile continuent d’exiger des réponses. Car ce qui est en jeu ici, ce ne sont pas seulement des milliards détournés ou dilapidés, mais la survie d’un secteur stratégique, la dignité de milliers de travailleurs, et plus largement, la confiance dans les institutions.

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Un appel à l’action

Il est temps de sortir de la complaisance. La Guinée ne peut plus se permettre de perdre ses ressources, ni de continuer à nourrir des structures parasitaires. Si la CONAPEG ne veut ou ne peut pas justifier sa gestion, elle doit être réformée en profondeur, voire dissoute.

Le gouvernement, de son côté, doit suspendre immédiatement tout reversement futur tant qu’un audit complet n’a pas été réalisé. La Cour des comptes, la société civile, les parlementaires et même les organisations régionales doivent être associés à ce processus.

Le silence ne peut plus durer. L’argent des licences de pêche n’est pas un butin à partager entre initiés. Il appartient à ceux qui, chaque jour, bravent la mer pour nourrir le pays. En ne réagissant pas, en fermant les yeux, les autorités deviennent complices de cette vaste entreprise d’injustice. Et ce silence, comme la mer, finira un jour par tout engloutir.

 

PAR CONAKRYLEMAG.COM

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