A LA UNECulture

RACONTER LE 05 SEPTEMBRE 2021. LE ROMAN S’ÉCRIT LENTEMENT. À BIENTÔT.

Les mitraillettes chantèrent. Une rafale. Deux. Trois. Les tôles au-dessus de ma tête vrombissaient. Elles étaient comme le corps grelottant d’un bébé pris de fièvre. La terre vibrait sous mes pieds, mon cœur frappait des pieds dans ma poitrine. Ce n’était pas la peur, non. Ce n’était pas non plus de l’angoisse. C’était autre chose. Ce machin qui se saisit de vous lorsque l’impossible, enfin ce que vous imaginiez impossible se produit. Le sang se met à remuer, parcourt le corps, se fraie un chemin dans tous les recoins du cerveau. Ça y est ! L’euphorie, c’est cela. L’euphorie. Je ne savais pas si je devais danser ou me remettre au lit pour me déplier en ma femme, me réchauffer d’elle, en elle, par elle. Je ne savais pas si je devais foncer aux Maquis des Cafards pour m’en filer, coup sur coup, quelques bouteilles de la bonne et chaude pisse de notre borgne de serveur. Mieux, sauter peut-être dans le premier bordel que je croiserai dehors pour sauter la première venue. Les choses les plus folles aux pires cochonneries, les plus belles perversités me traversaient la tête.

Ma femme elle, était encore dans un état second. La bouche ouverte, elle marmonnait la même question :
– Qu’est-ce qui se passe ?
– Ça vient du Palais. Je ne sais pas comment cette journée va se terminer, mais elle promet d’être bandante. Quelqu’un se fera tringler et je serai aux premières loges pour jouer les voyeurs.
J’ai instinctivement ouvert l’armoire. J’ai chopé mon gilet estampillé PRESS sur le dos. J’ai ramassé ma caméra sous la table. Je fis un baiser furtif à ma femme et le temps qu’elle me lance son « fais attention à toi », j’étais déjà dehors. Je lui répondis :

  • Chérie, on meurt toujours de quelque chose. Je m’en vais là me vautrer dans la luxure de la mort et on verra si elle est suffisamment mouillée pour me réclamer de me glisser en elle.
    Dehors, le silence s’était installé. Les rats s’étaient terrés. Les chiens s’étaient réfugiés dans les bras des chats. On voyait bien que quelque chose qu’on croyait ce matin complètement impossible se déroulait sous nos yeux. Nos yeux ? Non ! Rien ne se passait sous nos yeux. Nos yeux ne voyaient que désert. Des maisons silencieuses, calmes comme un matin d’harmattan aux sommets des montagnes brumeuses du Fouta Djallon. J’imaginais bien que ça se posait des tas de questions dans les salons et les chambres, que ça glissait discrètement un œil filou à travers les trous des cours.
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C’est un de ces moments que les maris foutent la queue entre les jambes et sont tentées d’arracher les pagnes de leurs épouses et se les attacher autour des hanches. C’est un de ces moments où les femmes voudraient bien avoir un « vrai mec » à la maison, un qui en a dans le calcif. Mais c’est un de ces moments où les questions de pagnes, de caleçons et pantalons deviennent de petits détails, et qu’on ne s’emmerderait même pas d’habits, et que ça nous poserait aucun problème de se balader les fesses à l’air, la teube dans le vent et la techa aux quatre coins de « je m’en tape du qu’en dira-t-on ».

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