Tanatè ? Arabaguidi ? Depuis le début de l’état d’urgence (pour cause de covid-19) et du jeûne musulman, mon maquis préféré est fermé.
Abdoulaye Sankara
Abdoulaye Sankara

Tanatè ? Arabaguidi ? Depuis le début de l’état d’urgence (pour cause de covid-19) et du jeûne musulman, mon maquis préféré est fermé.

Il n’y a personne. Je vais à Lambandji, dans un coin caché où l’état d’urgence n’ose pas s’y aventurer et où je retrouvais mes amis avant les restrictions. Mais là aussi le comptoir est désespérément désert. En dehors de quelques vieux retraités édentés qui y viennent claquer leurs pensions, il n’y a personne.

Aucun ami connu. Je n’ose pas dire que tous mes copains de la bouteille sont musulmans. Je n’ai d’ailleurs jamais cherché à connaître leur religion. Ça m’importe peu d’ailleurs ! L’essentiel c’était qu’ils soient solvables et qu’ils m’offrent de temps en temps un bon nectar bien tapé. Pour le reste, j’en ai rien à foutre. Je voulais de la compagnie, un point c’est tout.

Puisque mes potes se sont évaporés, j’ai décidé d’aller boire ailleurs. En réfléchissant, je me suis dit “pourquoi ne pas aller faire la rupture du jeûne avec un vieux père du quartier ?”. Il ne fallait pas. J’ai pris le soin de prononcer le fameux «Salam aleikoum» en franchissant le portail de la maison. Je pensais voir la famille au grand complet autour d’un bon plat de riz, hélas ! Il n’y avait que le vieux bougnoule qui vociférait dans la cour. Renseignement pris, j’apprends que depuis deux jours, sa femme n’avait plus de gaz butane pour préparer le repas nécessaire pour rompre le jeûne. Quelle galère !

Sans chercher à comprendre pourquoi il n’y avait pas de gaz, je me suis proposé à aller en chercher pour eux, si le vieux n’y voyait pas d’inconvénient. C’était sans compter avec la souffrance que ce service allait me coûter. En plus, je n’avais même pas pris le soin de vérifier si j’avais les moyens d’accomplir cette mission de bienveillance.

J’ai attaché la bouteille vide derrière ma moto et je l’ai enfourché. Chez le boutiquier où j’avais marqué la première halte, j’ai pris le soin de saluer le bougnoule avant de lui demander s’il pouvait me charger du gaz. Il n’a même pas osé lever la tête pour me répondre. Avec son visage triste, on dirait qu’il venait d’avaler une courgette entière. Enervé, j’ai continué ma route sans demander mon reste.

Je pensais trouver le précieux combustible devant. Mais il m’a fallu parcourir toute la ville bredouille. Après deux heures à tourner en rond, j’ai croisé un jeune homme qui m’a indiqué un coin. Lorsque je suis arrivé là-bas, l’enfoiré qui gérait la boutique n’avait qu’une bouteille. Au lieu de 250.000 balles, il l’échangeait à 400.000. Non seulement le vieux m’avait donné la somme qu’il fallait pile poil, mais moi-même, je n’avais même pas un rond pour compléter.

Il fallait retourner sur mes pas. A quelques mètres de la boutique, je sentis ma moto baisser de tension. Mes roubignoles (va chercher la définition) ont commencé à gonfler. C’est là où j’ai réalisé que j’étais tombé en panne sèche. Je n’avais rien gagné à manger et voilà que ma moto avait perdu toute l’essence à la recherche d’un gaz que je n’avais même pas trouvé.

Il ne me restait plus qu’à pousser ma monture et la bouteille vide jusqu’au domicile du zigoto de vieux père qui n’a même pas daigné me dédommager, ne serait-ce que pour la peine que je me suis donné. Aigri, j’ai lavé mes mains, tousser dans mon coude et après, suis allé mettre mon masque. Faut pas fâcher, nous s’amuser.

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