
Bah Oury : six mois de pouvoir, six mois d’échec ?
Dr. Faya Millimouno n’y va pas par quatre chemins : pour lui, Bah Oury a échoué. Le Premier ministre, porté au pouvoir en grande pompe par le CNRD, n’aurait pas su répondre aux attentes des Guinéens. Son bilan serait « très mauvais ». Mais faut-il s’en étonner ? Bah Oury a-t-il jamais eu les moyens de réussir ? Ou était-il condamné dès le départ à servir de fusible dans une transition verrouillée ?
Un Premier ministre sans pouvoir réel
Dès sa nomination, Bah Oury a été perçu comme un homme de compromis, choisi par la junte pour donner un semblant d’ouverture à la transition. Mais dans un régime où toutes les décisions stratégiques sont prises par Mamadi Doumbouya et son cercle rapproché, quelle marge de manœuvre avait-il réellement ?
- Pas de contrôle sur le calendrier électoral
- Aucune autorité sur les questions sécuritaires
- Un champ d’action limité par les ordres du CNRD
Dans ces conditions, parler d’un échec personnel est-il pertinent ? Ou faut-il plutôt voir en lui une victime d’un système où le pouvoir exécutif est une façade, et où les vrais décideurs sont en treillis ?
Un pays qui s’enfonce, un Premier ministre impuissant
Les attentes étaient pourtant claires : stabiliser la transition, améliorer la gouvernance, poser les bases des futures élections. Mais sur tous ces fronts, les résultats sont inexistants :
- Économie en chute libre, avec une inflation galopante et une crise du pouvoir d’achat
- Libertés publiques de plus en plus restreintes, avec des arrestations arbitraires et une répression des voix dissidentes
- Un flou total sur la date des élections, qui semblent de plus en plus hypothétiques
Face à cette situation, Bah Oury a-t-il tenté de s’imposer ? A-t-il dénoncé les dérives du régime ? Non. Il a choisi de jouer le jeu, de rester silencieux et d’accompagner la transition sans faire de vagues.
Le vrai problème : le système CNRD
Si Bah Oury échoue, c’est avant tout parce qu’il est piégé dans une transition militaire qui n’a jamais eu pour objectif de céder le pouvoir rapidement. Il est le fusible idéal, celui qui sera sacrifié quand les critiques deviendront trop fortes, quand le peuple exigera des comptes.
Car au fond, le véritable échec, ce n’est pas celui d’un homme, c’est celui du système mis en place par le CNRD. Un système qui ne gouverne pas, mais qui gère. Qui ne réforme pas, mais qui temporise. Qui ne prépare pas l’avenir, mais qui cherche à se maintenir le plus longtemps possible.
Et après ?
Si Bah Oury venait à être limogé, cela changerait-il quoi que ce soit ? Non. Il serait remplacé par un autre technocrate, un autre « modéré », chargé de jouer le même rôle : donner l’illusion du changement, pendant que Doumbouya et les siens continuent de tirer les ficelles.
Le problème de la Guinée n’est pas le nom du Premier ministre. Le problème, c’est un pouvoir militaire qui refuse de lâcher prise. Tant que ce verrou ne sautera pas, aucun chef de gouvernement ne pourra redresser la situation. Et ceux qui l’acceptent se condamnent eux-mêmes à l’échec.
— conakrylemag
Un Premier ministre sans pouvoir réel



