
Code électoral 2025 : un projet taillé sur mesure pour le CNRD ?
Le gouvernement guinéen vient d’approuver l’avant-projet du code électoral en vue des élections de 2025. Une étape que les autorités présentent comme un jalon important vers le retour à l’ordre constitutionnel, mais qui suscite de nombreuses interrogations. Dans un contexte où la transition est de plus en plus perçue comme un piège politique, ce texte est-il réellement une avancée démocratique, ou un outil conçu pour favoriser le pouvoir en place ?
Un calendrier flou, des intentions douteuses
Depuis le coup d’État de 2021, le CNRD joue la montre. Chaque annonce est un pas en avant… suivi de plusieurs reculs stratégiques. L’adoption d’un code électoral ne garantit en rien que les élections auront bien lieu en 2025, tant la junte a pris l’habitude d’invoquer des « contraintes techniques » pour justifier le prolongement de son règne.
Qui décide des règles du jeu électoral ? Un gouvernement de transition qui ne doit, en théorie, même pas être partie prenante du futur scrutin. C’est tout le paradoxe de cette réforme : un pouvoir non élu fixe les conditions dans lesquelles les Guinéens sont censés choisir leurs futurs dirigeants.
Quels pièges dans ce code électoral ?
Sans accès au texte définitif, difficile de dire avec précision comment le code électoral pourrait être biaisé en faveur du pouvoir actuel. Mais l’histoire récente de la Guinée nous offre plusieurs pistes :
- Des critères d’éligibilité restrictifs pour écarter certains candidats gênants.
- Un découpage électoral sur mesure, favorisant les zones favorables à des candidats pro-CNRD.
- Un contrôle total sur les organes de gestion des élections, avec une CENI remodelée pour garantir un scrutin sous influence.
- Des mécanismes de fraude facilités, notamment par des fichiers électoraux peu transparents et des institutions judiciaires inféodées au régime.
L’opposition muselée, les électeurs pris en otage
Un code électoral, aussi bien rédigé soit-il, ne vaut rien sans un climat politique sain. Or, à ce jour, aucune garantie n’a été donnée quant à la liberté d’organisation des partis d’opposition.
- Les manifestations sont interdites ou sévèrement réprimées.
- Les leaders politiques sont sous pression judiciaire.
- L’espace médiatique est de plus en plus contrôlé.
Dans ces conditions, parler de « préparation des élections » relève de la pure communication politique. Un code électoral ne sert à rien si les partis ne peuvent pas mener campagne librement, si les électeurs votent sous la peur et si les résultats sont décidés d’avance.
Un retour à la démocratie ou une transition sans fin ?
Ce code électoral est-il un premier pas vers des élections crédibles, ou un simple stratagème pour rassurer la communauté internationale tout en consolidant le pouvoir du CNRD ?
Si Mamadi Doumbouya et son gouvernement veulent prouver leur bonne foi, ils doivent aller au-delà des symboles :
- Fixer une date précise et irrévocable pour les élections.
- Garantir une CENI réellement indépendante.
- Restaurer les libertés politiques et médiatiques.
- Permettre à tous les candidats d’opposition de participer sans entrave.
Tant que ces conditions ne seront pas réunies, ce code électoral ne sera qu’un texte de plus destiné à maquiller un processus électoral vicié. La Guinée a trop souvent été le théâtre de mascarades électorales. L’histoire se répétera-t-elle en 2025 ?
— conakrylemag




