
« Le GNF, monnaie la plus forte au monde » : Quand Karamo Kaba tente de réécrire l’économie
Karamo Kaba, gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG), a récemment déclaré que le franc guinéen (GNF) est la monnaie la plus forte au monde contre le dollar. Une affirmation qui, à première vue, pourrait prêter à sourire, tant elle semble déconnectée de la réalité économique du pays.
Dans un contexte où l’inflation galopante, la dépréciation du pouvoir d’achat et la cherté de la vie étranglent les Guinéens, cette sortie ressemble à une opération de communication grossière, destinée à masquer l’incapacité des autorités à stabiliser l’économie nationale.
Une déclaration hors sol
Affirmer que le GNF est « la monnaie la plus forte au monde » contre le dollar mérite d’être clarifié. En économie, la force d’une monnaie ne se mesure pas simplement à l’évolution de son taux de change nominal, mais à sa stabilité, son pouvoir d’achat et sa capacité à garantir la prospérité des citoyens.
Si la Guinée disposait d’une devise aussi puissante, les marchés ne seraient pas aussi instables, le coût des importations ne cesserait pas de grimper, et les ménages ne souffriraient pas autant de la flambée des prix.
Une économie en crise, un peuple en détresse
Sur le terrain, la réalité est tout autre :
- L’inflation ronge le pouvoir d’achat, rendant les produits de base de plus en plus inaccessibles.
- Les prix du carburant, des denrées alimentaires et des matériaux de construction explosent, impactant tous les secteurs de l’économie.
- Les investisseurs étrangers restent frileux face à l’instabilité politique et économique, freinant le développement du pays.
Dans ce contexte, vanter la « puissance » du GNF frôle l’indécence. Quelle est l’utilité d’une monnaie « forte » si elle n’améliore pas les conditions de vie de ceux qui l’utilisent ?
Une manipulation des chiffres ?
Si Karamo Kaba se base sur des indices techniques pour appuyer son propos, il oublie volontairement de mentionner l’essentiel :
- L’évolution d’un taux de change ne reflète pas automatiquement la santé économique d’un pays.
- La « force » d’une monnaie ne signifie rien si elle ne s’accompagne pas d’une stabilité des prix et d’une croissance réelle.
- Les Guinéens n’évaluent pas leur bien-être à des discours de technocrates, mais à la réalité de leur quotidien.
En clair, même si le GNF affiche une appréciation relative sur le marché des changes, cela ne se traduit pas par une amélioration des conditions de vie.
Un écran de fumée pour masquer l’échec des réformes ?
Le gouverneur de la BCRG, au lieu de s’auto-congratuler sur la supposée force du GNF, devrait plutôt expliquer :
- Pourquoi la monnaie locale ne permet pas aux citoyens d’acheter plus de biens et services ?
- Pourquoi les entreprises continuent d’être étranglées par les coûts d’importation ?
- Pourquoi la Guinée reste dépendante des fluctuations des devises étrangères ?
La vérité est simple : cette déclaration n’est rien d’autre qu’un écran de fumée, une tentative maladroite de détourner l’attention d’un échec patent en matière de gestion économique.
Les Guinéens ne veulent pas entendre que leur monnaie est « la plus forte au monde ». Ils veulent voir le prix du riz baisser, le coût des loyers se stabiliser et leurs salaires suffire à nourrir leur famille.
Karamo Kaba peut bien jouer avec les chiffres, mais la rue, elle, ne ment pas.
— conakrylemag




